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A contre-jour, le nouvel album de Guillaume CORPARD


Ce qui caractérise l'album " à contre jour " de Guillaume CORPARD, c'est l'instrumentation riche, variée et travaillée, ou l'artiste fait montre de toute l'étendue de son talent de multi instrumentiste dans des compositions superbes.



Cela fait plus de 2 mois que je tente de chroniquer cet artiste inclassable mais au combien attachant qu'est Guillaume CORPARD. 2 mois que je sèche, croyant le cataloguer, puis me rendant compte finalement que, si il y a une chose à ne pas essayer de faire avec Guillaume, c'est justement de tenter de lui mettre une étiquette.

Il faut simplement écouter son album comme quelque chose de nouveau, une détente totale dans un univers ou il est de bon ton d'être soit Rock'n roll pur et dur, soit variété, soit star académie. Guillaume n'entre dans aucun de ces schémas, et c'est sans doute ce qui m'a dérouté. Alors, balayons tous ces a priori, ces étiquettes et ces moules, et laissons nous transporter sur ce nuage de félicités qu'est " à contre jour ", un CD indispensable, je n'ai pas peur de le clamer haut et fort, tant on a du mal à s'en séparer.

Mon obstination en est la meilleure preuve, n'ayant pas réussi à me résoudre à le ranger sur l'étagère, de peur de ne pas l'avoir près de moi dans un de ces états de manque qui ne m'ont pas quittés depuis ces 2 derniers mois, depuis la première écoute ou, subjugué, je suis tombé accro. Les morceaux jazzy, à l'instar de la fin de " Mais le crépuscule " ou de l'instrumental " Heureux " sont sublimes. Mais le Rock n'est pas à la traîne, et explose dans " Etrange nuit " ou " Héros d'un jour, tous les jours " avec une guitare qui y atteint un niveau extraordinaire de maîtrise. Un régal ! Enfin, d'autres titres comme " Letter from China " , " Définitivement deux " , " L'écrin ", ponctuent sciemment cet album de récréations sentimentales et douces, aux textes parfois sombres (" Ta dernière compagne "). Guillaume CORPARD, un GRAND de la musique et de la chanson, distribué par Socadisc.

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Chronique album A contre-jour

Comme Alain Bashung, Guillaume Corpard met des paroles françaises sur une musique anglo-saxonne mais il ne se limite pas à ça : le classique et le jazz constituent pour lui d’autres sources d’inspiration.

Quelques noms ? Pink Floyd, Sting, David Bowie, Steely Dan, Jacques Brel, Khalil Chahine, Laurent Dewilde, Michel Petrucciani, Rachmaninov et Debussy figurent parmi les musiciens qu’il admire. Que du beau monde.

Guillaume Corpard, chant, guitare, piano, est entouré de Paul Lyonnaz, claviers, Servane Regnault, chant, Mykka Grytviken, guitare, Fabien Lo Cicero, basse, et Julien Bonamy, batterie. Philippe Figueira, guitare, (il a aussi mixé l’album) et Martial Henzelin, piano, viennent parfois leur prêter main forte. Guillaume Corpard a obtenu carte blanche pour réaliser un album ambitieux.

« Etrange nuit (introduction) » est un texte en anglais qui annonce le début de la guerre en Irak, mais celle de 1991, suite à l’envahissement du Koweit. Les petites phrases sont répétées plusieurs fois de suite et on entend en arrière-plan des tirs et des bombardements. « Etrange nuit » s’inscrit dans la suite logique du titre précédent mais en musique, cette fois. On entend : « Les alliés ont largué leurs idées ». « Quelle étrange brume sur nos pensées » semble être la réponse.

Les orchestrations de « Rêves de Mai » changent le ton du morceau et le rendent un peu pompeux. Le rêve, le bonheur, sont les thèmes de ce titre. Mais qu’en avons-nous fait ? Les cordes ont la part belle et enveloppent le tout dans un emballage de musique classique. « L’écrin » débute aussi sur le même ton emphatique, mais la voix de Servane Regnault apporte une fraîcheur bienvenue. Le dialogue des voix qui s’ensuit est de très bonne facture. C’est aussi une réflexion sur le sens à donner à la vie et à l’amour. La musique d’accompagnement est de toute beauté.

André Ceccarelli (Michel Jonasz, Dee Dee Bridgewater, Tina Turner) joue de la batterie sur « Encore ça qui m’amuse », qui parle d’une fuite du temps qui ne laisse que l’amour comme souvenir. Il faut dire ce qu’on a sur le cœur, même si c’est en pure perte. La voix et les improvisations de « Pourtant on l’aime » rappellent un peu Michel Jonasz. C’est du jazz moderne qui ne dit pas son nom. Les paroles sont assez sombres mais le climat se veut pourtant résolument optimiste. « Définitivement deux » est une chanson très lente avec un piano très présent. L’atmosphère de la séparation est lourde et les mots parviennent à peine à voiler la mélancolie ambiante.

« Malheureux », joué à la guitare acoustique au début, voit réapparaître Servane Regnault. La batterie est très efficace et c’est de nouveau le côté jazz qui émerge, mais ce n’est pas joyeux joyeux … C’est une histoire de plus qui finit mal. Tout à la fin, le piano est remarquablement joué. « Mais le crépuscule » est un morceau jazzy qui nous parle de « … toute une vie fébrile au-dessus du vide … », « … à chercher une clé dans les gorges étroites … ». Mais « … la vieillesse a surgi … », sournoise. Les improvisations de la guitare, de la basse et de la batterie sur un rythme soutenu sont tout simplement remarquables et la voix de Servane Regnault semble émerger de nulle part.

Beaucoup plus rock dans l’ensemble au début, « Héros d’un jour, tous les jours » met pourtant du temps à démarrer. Cela devient même plutôt du jazz rock que ne désavouerait pas Carlos Santana. « Letter from China » évoque le très bon David Sylvian dans ses meilleurs jours. L’exotisme est au rendez-vous et apporte une touche orientale qui étoffe encore la variété des sources. « East Sun » est encore plus bizarre dans sa conception et plus difficile à cerner dans son exécution. Là aussi, le côté oriental est prépondérant.

Très jazz, « A contre-jour » est une suite d’improvisations. La voix de Corpard se prête à tous les caprices de la musique. « La vérité doit être noire / La vérité n’arrive que le soir » revient comme un leitmotiv. « Ta dernière compagne » débute, oh horreur, par de la musique militaire. C’est la mort, le justicier ultime, le plus juste, qui fait son œuvre. « Je ne peux plus rien pour vous » est son message. Super gai. Et génial dans cette façon de représenter la grande faucheuse, sujet tabou par excellence. Cela se termine au son du glas. Après ça, « Heureux (épilogue) » comporte son lot d’ironie. C’est sans doute le bonheur d’avoir échappé à la mort. En tout cas, cette musique de jazz feutrée, enveloppée dans des arrangements très riches, vaut son pesant d’or. Le côté plus musclé généré par la basse de Fabien Lo Cicero et le piano nous conduisent jusqu’à la fin dans une débauche de notes débridées. La mort serait-elle vaincue ?

Lundi 11 Octobre 2004 - 00:00



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