Artiste incontournable de la chanson française, précurseur d'une certaine pop francophone, Alain Chamfort marque nos mémoires depuis les années 70. Ce chanteur bien sous tous rapports, qui aime les arrangements classiques et les paroles sophistiquées, a heureusement croisé la route de Claude François puis de Serge Gainsbourg. Revivez sur Charts in France l'aventure musicale d'Alain Chamfort, un peu trop enclin ces derniers temps à préférer l'ombre à la lumière !
Avant de signer avec les disques Flèche (l'écurie de Claude François) en 1971, Alain a eu l'occasion de participer à plusieurs formations musicales : les Shaker's, les Murator's et puis finalement les Mods avant d'accompagner Jacques Dutronc à l'orgue. Le petit pianiste prodige d'Enghien-les-Bains a suivi les évolutions musicales de son enfance en reprenant successivement chacun des styles qui ont marqué son époque en passant du jazz et du rock au rythm'n'blues.
Le succès, Alain Chamfort en a fait l'apprentissage chez Claude François avec une série de tubes: «Un signe de vie, un signe d'amour», «L'Amour en France» ou encore « Adieu bébé chanteur». Toute cette époque a vu se construire certaines des bases du style Chamfort qui est, pour ceux qui ne le savent pas encore, un nom d'emprunt: le jeune Le Govic s'étant fait appeler Chamfort sur les recommandations du seigneur Cloclo François et l'aide du bottin téléphonique (en cherchant bien, vous trouverez même une rue Chamfort dans le XVIè arrondissement de Paris, tout près des anciens locaux des disques Flèche !).
En 1976, alors en conflit avec Cloclo qui supporte mal le fait de voir son poulain recevoir plus de courrier de fans que lui, Alain Chamfort se voit offrir par CBS une opportunité de choix: la réalisation d'un véritable album. Celui-ci n'est pas vraiment un succès. Pas démoralisé, Alain en profite pour sortir du cercle vicieux des musiciens de studio français et s'adjoindre les services de pointures musicales internationales. L'album Rock and Rose est enregistré à L.A avec des textes de Serge Gainsbourg. Dès lors, Alain ne collabore plus qu'avec les meilleures plumes francophones.
Dans la foulée, il compose Poses(1979), un album qui aligne des tubes comme «Manureva», «Géant» ou encore «Palais Royal» sur des textes de Serge Gainsbourg et Jay Alanski, entre autres. Avec Amour Année Zéro sorti deux ans plus tard, Alain Chamfort propose un disque très abouti ou la richesse des mélodies, l'élégance de la production et la sophistication des arrangements servent à merveille les textes de Serge Gainsbourg et de Jacques Duvall. Accompagné d'un clip de Jean-Baptiste Mondino sur «Rendez-vous au paradis», l'album est reconnu par les professionnels comme le fruit de l'un des plus fins compositeurs français.
En 1983, entre son quatrième Secrets Glacés dont sera extrait notamment le hit «Bons baisers d'ici» et son cinquième album Tendres fièvres qui sera disque d'or, Alain Chamfort prend le temps de produire un 45t pour Lio «Les brunes comptent pas pour des prunes». 45 t prophétique, il tombe amoureux de la belgo-portugaise qui le lui rend bien !
Désormais Chamfort travaille avec une riche palette d'auteurs (Jacques Duvall ou Boris Bergman) associés au musicien polyvalent et efficace Marc Moulin (membre fondateur du groupe belge Telex, homme de radio, animateur télé…. A l'image du reste de l'album «Traces de toi», le premier extrait, parle d'amour dans un langage accessible et direct.
En 1988, sort un double live enregistré pendant les concerts au casino de Paris qui précédera l'album Troubles. Ce dernier, perçu à tort comme un album de dance music, est le résultat d'une participation fructueuse entre le duo Marc Moulin et Jacques Duvall. Il a donné naissance à des titres qui présentent aujourd'hui encore un intérêt certain, comme on a pu s'en rendre compte lors des concerts donnés avec Steve Nieve (pianiste fou et arrangeur d'Elvis Costello) à l'Opéra Comique en avril 1993.
Avec Neuf, son neuvième album évidemment, toutes les qualités qui caractérisent l'artiste sont réunies dans un cadre presque intimiste ou Alain enchaîne avec un élégance et un humour discret, une suite de chansons qui démontre ses talents de mélodiste. Le clip qui accompagne le premier single extrait, «L'ennemi dans la glace», réalisé par l'indémodable Jean-Baptiste Mondino, illustre parfaitement la tonalité générale de l'opus où la sobriété et l'efficacité mettent en avant des textes superbes écrits notamment par Jacques Duvall. La réalisation de cet album confiée à Marc Moulin – on ne change pas une paire qui gagne !- sert d'écrin à une interprétation fort réussie.