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Album Les Shades - Le Meurtre de Venus

Sortie le 10 mars 2008




C’est d’abord l’histoire d’un producteur qui leur propose d’enregistrer un album en Amérique. L’objet du voyage : produire du “brut” et du “massif”. Pour un tas de raisons personnelles, les cinq garçons ont poliment décliné l’offre. Bertrand Burgalat leur a alors promis son Amérique à lui. Un studio en fond de cour à Montreuil. Ils ont dit oui. Et c’est bien ainsi.

C’est un mage au chapeau de castor, Yves Adrien, qui a parlé pour la première fois des Shades à Bertrand Burgalat. C'était il y a trois ans. Comme les autres groupes de la jeune génération, ces adolescents se produisent alors aux Rock’n’Roll Friday institués par Philippe Manoeuvre. Comme les autres groupes, ils portent avec orgueil la honte d’être beau. Comme les autres, ils ont le crin léonin en guise de talisman. Comme les autres garçons de cette génération biberonnée au téléchargement, ils ont tout écouté et presque tout digéré. Et chose inouïe dans le nouveau paysage du rock français : leurs fans sont jolies. Avec un tel passif, ils devinaient déjà une chose : les ratés ne les rateront pas.

Mais là n’est pas tout. Les Shades sont aussi uniques et indivisibles. Aujourd’hui, leur premier album, Le Meurtre de Vénus, en est la preuve accablante. Le groupe s’habille de blanc en référence à l’album Blank Generation de Richard Hell. Leurs concerts ressemblent à d’étranges messes païennes. Une voix sur le fil, un clavier chavirant et un emballement minutieux qui fait jaillir les étincelles comme la forge de Vulcain (n’est-il pas le mari officiel de Venus ?). Leur présence opère comme le piège magnétique d’une cage de Faraday.

Désormais, les Shades sont presque tous majeurs. Fraîchement émancipés des influences du passé, ils ont leur autorisation de sortie de territoire. Si l’on vend désormais la musique au détail, les Shades ont opté pour un album “concept”. Le roi de choeur du groupe, Benjamin Kerber, a signé la majorité des titres du Meurtre de Vénus, qu’une fille de sa classe,
“inaccessible et intouchable”, lui a lointainement inspirée. Le premier texte sera la seule tâche de soleil de l’album. Un album au très beau panache littéraire.

Dans ce phrasé pléthorique, on sent le pouls fiévreux de la nuit. La présence d’un être invisible au dessus de l’épaule à l’heure où les reflets des miroirs se dissolvent comme à plaisir. On doit ces palpitants remous et ce climat fantastique aux fortes fièvres nocturnes et aux angines blanches à répétition endurées par Benjamin dans sa prime jeunesse. Il est une sorte de “Horla”. Devant ces affres, on comprend mieux pourquoi il choisira finalement l’ablation des amygdales.

Il est aussi question d’un enfant prodige. “J’ai vu la lumière mais je n’ai pas pu la toucher”. On perçoit les échos d’une maternité où le chanteur aurait préféré ne pas naître. Mais c’est le prix à payer. Quant à cette machination, elle recèle encore un sens caché. On peut y lire les pièges
tendus aux semblables des Shades et la mort de l’industrie du disque. Et enfin, le clou en or de ce tendre calvaire : un hymne intitulé “le temps presse”. Ce texte écrit à l’âge de seize ans et dont l’idée vint en cours de latin. Un subtil labyrinthe qui fait surgir le malaise adolescent avec la fougue d’un discours de Churchill.

Ainsi, les Shades ont déjà bravé les quolibets de leurs copains de classe sur leurs baskets, la fournaise des premiers concerts et les salves anonymes sur MSN. Leur splendide château de sons n’attend plus que les bataillons en marche de la critique. Mathias Debureaux

En concert 2008

12/01 Cognac
02/02 Tours
22/02 Bordeaux
23/02 Toulouse
28/02 Clermont Ferrand
29/02 Lyon
10/03 Paris

Lundi 7 Janvier 2008 - 13:53
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