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Album de Alibi Montana - Inspiration guerrière

Sortie le 3 septembre 2007




Alibi Montana n’est pas n’importe quel rappeur. Originaire de la Courneuve, ce jeune rimeur français s’est d’abord s’imposé hors des grandes maisons de disque. Au sein du label Menace Records, ce routard de l’underground a bâti sa notoriété armé d’un rap de rue impulsif et efficace comme en attestent ses albums T’as ma parole (1999), 1260 Jours (2004), Numéro d’écrou (2005) ou encore Rue (2006), signé en collaboration avec LIM.

::: Mate le Clip Street-Fight ICI :::

De fait, Alibi Montana est au cœur d’une nouvelle génération de rappeurs français, un de ceux qui ont insufflé un renouveau artistique dans le rap de la fin des 90’s pris en tenailles par des modes. Le rap vient de la rue et Alibi est de ceux qui l’y ramène, armé de propos sans concessions et de rimes taillées au couteau, trimballant avec lui un portrait sans fard de ce ghetto français qu’on veut nettoyer au Kärcher.

Belle ou pas, la réalité est brute et authentique entre les mots d’Alibi qui s’est forgé un style unique à base d’images saisissantes, de paroles simples et crues mais directes écrasées sur le fil de dictions complexes. Droit au but. Pas de rime pour la rime chez ce « Victor Hugo en Air Force One », comme il s’intitule lui-même. Révéré par ses pairs de Virty à St Denis, ce jeune rappeur de 28 ans représente la rue comme personne.

Controversé pour ses propos à l’encontre de Nicolas Sarkozy ou pour sa prise de bec avec le député François Grosdidier (débouté par la justice), Alibi Montana demeure dix ans après ses premières marques discographiques un témoin inébranlable de la situation sociale dans laquelle vit une partie de la population française. Un discours plus que jamais légitime dans la France moderne. Un discours que la rue a choisi pour la représenter.

Mais après avoir inondé les rues et atteint des scores plus que satisfaisants pour un indépendant, le rappeur se devait de porter son rap de rue vers un auditoire plus large. C’est naturellement qu’il signe en 2007 sur le label Because, qui abrite déjà ses compère Keny Arkana, Mac Tyer (Tandem) ou encore Sefyu, une marque capable de porter son rap vers les sommets.

Le pari est désormais double : représenter la rue tout en la dépassant. Toujours habité par cette rage qui fait tenir sa plume depuis le début, Alibi Montana fait preuve sur Inspiration guerrière d’une ouverture qu’on ne lui connaissait pas. S’il ne renie pas l’illicite dans lequel il a baigné, il célèbre aussi l’honnêteté de ceux qui se lèvent à 7h pour nourrir une famille. Aux phases hardcores du single coup de poing « Street Fight » ou de « Ghetto Rap » répondent ici les rimes claires de « J’ai vu » ou d’un « Hymne du travail » lucide (« Y’a pas de sous métiers / Y’a que des hommes et des femmes qui ont du mérite, en vérité »).

Il regarde toujours le monde depuis sa banlieue mais ne laisse désormais personne de côté, convoque travailleurs et dealers, mecs de quartiers ou bourgeois et chronique la vie, la vraie, telle qu’elle se vit en France et ailleurs. S’il a finalement peu à prouver sur le terrain guerrier qu’il occupe depuis dix ans, le challenge est ici, lorsqu’en face d’un rap martial sa plume se risque sur des terrains sensibles souvent délaissés par le rap français. Sur « Loin des yeux, loin du coeur », une forme d’auto-fiction inspirée de sa vie, il échange avec Diams des rimes poignantes, dressant le portrait complexe d’un couple brisé, séparé par les barreaux d’une cellule. La vie des siens, côté sombre.

C’est ici que le rappeur réussit son pari, amenant le rap de rue au plus haut. Sortant le rap de son ghetto, il reste parfaitement connecté à ses racine. Epaulé par des invités prestigieux comme Diams, Sinik ou Lord Kossity, trois acteurs majeurs du rap français, il ne délaisse d’ailleurs pas ses anciens collègues de Menace Records qu’il invite également. Mise en sons par Synkronik, Track Invaders ou Medeline, la production d’Inspiration guerrière révèle aussi cette ouverture, capable de tailler des brûlots hardcores autant que de glisser sur des pianos souples, à l’image des notes discrètes qui referment l’album sous un slam majestueux (« Ma rue slammée »). De cet alliage tenace de rimes rageuses et de lucidité naît un rap de rue cohérent, alliant égotrips cinglants et introspections touchantes. Un rap qui ne trouvera pas son public que dans la rue. Tant mieux !

Vendredi 1 Juin 2007 - 00:02
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