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Album de Bernard Lavilliers - Samedi soir à Beyrouth

Sortie le 21 janvier 2007




Très attendu, après les Carnets de bord (ancre levée, encre fertile) et une série de concerts consacrés au grand frère Ferré, voilà le nouvel album de Lavilliers. Fidèle à ses convictions, à ses clairvoyances – nouvelles, parce que renouvelées. Comme la voix : graves sûrs, subtiles douceurs. Comme les musiques : en tête de ces partitions inédites, un reggae revisité. Comme les mots, pour chanter les amours et les rêves des hommes – et leurs guerres annoncées : Samedi soir à Beyrouth danse sur un volcan. Aux portes du désert où le vent hurle en Rafales, « le fauve d’Amazone fait patte de velours », mais ses griffes s’aiguisent pour dépecer l’ordre contemporain, débusquer le Killer gardien du désordre, dénoncer le travail séquestré – Bosse, et crève. Le voyageur « du monde entier au cœur du monde » (signé Cendrars, auteur-phare de Lavilliers) voit cet ordre implacable qui s’étend ; il voit aussi « des foules indociles » - comme elles rebelle, il ne renonce ni au « pamphlet planétaire » dérisoire peut-être, ni aux évasions (Distingué ) ; il voit en Beyrouth une femme « drôle et désespérée », « céleste » et « foudroyée ». Une autre femme, sur un autre rivage, danse : c’est Maria Bonita, « la Bahiana de la Joliette »… Le Solitaire est cependant « plus seul qu’avant ». Cendrars, encore : « il n’y a que la Patagonie, la Patagonie qui convienne à mon immense tristesse ». Mais la tristesse, tangible sur ces plages qui regardent en face le « néant qui nous hante » (Attendu), n’a rien chez Lavilliers d’une immensité désolée ; le reggae lui donne son énergique mélancolie – et son énergique mémoire.


On le sait, Bernard Lavilliers a la passion du reggae. Sylvain Taillet, qui a réalisé la plupart des chansons de cet album avec Georges Baux (complice de longue date de Lavilliers), partage cette passion. Tous deux se sont souvenus que beaucoup de standards jamaïcains étaient, à l’origine, des standards de soul : entre la fin des années 60 et le début des années 70, les tubes des Supremes et de Marvin Gaye entre autres se sont vus « reggaeisés » par les musiciens de l’île (pour des raisons d’abord économiques : produire la musique sur place revenait moins cher que de l’importer). D’où ces mêmes principes d’orchestration, cette commune instrumentation des deux genres musicaux : guitare wah wah, orgue Hammond, cuivres… En préparant cet album, Bernard Lavilliers a l’idée de faire la démarche inverse, de redonner au reggae ses accents soul. Willie Mitchell, l’orfèvre de la « Memphis soul », (boss du label Hi records et arrangeur des albums de Al Green, Syl Johnson, Ann Peebles…) entre alors en scène. Et apprend à l’artiste que Bob Marley l’avait également contacté par le passé pour un projet resté sans suite… Mitchell le met en oeuvre aujourd’hui avec le chanteur français, en lui écrivant des arrangements de cordes et de cuivres – auxquels il donne ce son poudré, velouté, typique du « Memphis sound ». Deux titres de l’album sont d’ailleurs des chansons « soul » à part entière (Ma Belle et Je te reconnaîtrai ), enregistrées dans le mythique Hi Recording Studio.

A Memphis, et à Kingston où l’équipe est revenue en habituée des lieux, le reggae résonne dans tous ses états. « Classique » sur Ordre nouveau, dub pour Rafales et Samedi soir à Beyrouth (où il s’épice d’Orient, avec un oud qui prend des résonances blues), quasi ska sur Solitaire… Maria Bonita quant à elle danse un calypso reggae, écho de la Jamaïque portuaire et du mento, l’aïeul du reggae - clins d’œil au côté country du mento, la pedal-steel et le banjo. Et tandis qu’une contrebasse jazze en douceur sur Attendu, Killer clôt l’album par un funk crade. La guitare de Jehro complète la palette de ces nouveaux carnets de voyage, offre sur Bosse et sur Distingué (titres que Jehro a composés et co-réalisés) une alternative acoustique, aérienne, aux guitares électriques et aux sons chauds de l’ensemble de l’album… Kingston, Memphis, Toulouse, Paris : autant d’ancrages pour ces musiques voyageuses du monde, ces sensuels ailleurs.

Lavilliers, qui aime manier le paradoxe, chante « la fin de l’ailleurs » - mais l’une de ces figures féminines qui hantent ses chansons et ses escales apparaît ici comme une « complice du soleil », l’alliée d’une destinée encore énigmatique, la conjureuse d’un sort qui semblait scellé. Et le solitaire renaît à la vie. Au souffle de Cendrars :« Tu es plus belle que le ciel et la mer » fait écho cet amour plus immense que la tristesse : « Je te reconnaîtrai aux algues de la mer », « Je te reconnaîtrai aux mouvements du vent »… Lavilliers renouvelle le pacte des possibles. Du nouveau sous le soleil amoureux : ce voyage-là est un éternel recommencement.

- En tournée dans toute la France à partir du 26 février 2008

Paris - Zénith les 13, 14 et 15 mars 2008


www. bernardlavilliers.com

Vendredi 14 Décembre 2007 - 17:47
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