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Album de Brisa Roché - Takes

Sortie le 5 novembre 2007




Une jeune femme, grande, le cheveu noir emporte en scooter dans un filet à provisions la tarte qu’elle a faite. Comme la soupe, pour les amis du soir. À Paris où elle vit essentiellement, elle les apprécie et les cajole comme sa solitude, ce qui ne va pas sans les soucier. Dans cette dualité, une jeunesse qui tremperait l’acier. Elle se dit sauvage d’esprit et manuelle dans sa façon de faire la musique.

Ses parents étaient hippies. Elle dit avoir été adulte très jeune et n’avoir pas pu explorer le temps béni et maudit de l’insouciance enfantine. Elle cherche la règle et le repère quand ils entendent vivre une totale liberté. Elle y trouve pourtant son caractère, toute la musique de l’époque et une première guitare. Comme un refuge ou une garantie ! Papa part en voyages d’affaires quand elle a cinq ans. Plus tard, elle le retrouve dans ses petits trafics et le suit dans ses errances. Il meurt. Elle est seule. De nouveau chez sa mère, un saxophoniste la nourrit au jazz dont elle chante les standards. Un passage dans le sud de la France et c’est un apprentissage de la langue et l’enveloppe d’une autre culture… À Paris, le bouche à oreille suit ses apparitions dans les clubs de Saint Germain et en murmure le devenir : Un premier album que la critique arrose de qualificatifs. Je retiens « sensuel » et « furieux ».

Elle boit son thé. L’œil brille d’une force tranquille et bleue. De fait, elle est née à Arcata, en Californie du Nord en 1974. On y compte 16 000 âmes. L’été y est doux et pluvieux. L’humidité squatte l’hiver.

De l’Amérique de son enfance solitaire, elle garde le souvenir naturel mais cinématographique, grandiose mais effrayant, de cette maison posée sur le sable et cernée par une forêt d’eucalyptus. Le vent fait de ce cercle d’arbres une bouche goulue qui voudrait mettre fin à tout. Elle aime ce mugissement entendu bien en haut de San Francisco. Même registre, autres bruits : le chant désespéré des pélicans qu’on y trouve et dont Musset a dit le « pur sanglot » ; le rugissement d’un moteur automobile emballé au démarrage ; et la voix des parents…

Lui viennent d’autres références. Elle cite St John Perse à qui j’emprunte « l’étalon rouge » le titre de ce portrait et un vers qui lui va comme une guitare Destroyer ; Edna St Vincent Millay ou Italo Calvino. Elle écrit et elle compose. Aujourd’hui, elle se sent plus juste que la première fois. « The Chase » -la poursuite- était produit par Blue Note. Label prestigieux et coup d’éclat jazzistique ! Mais elle l’a vécu comme un rêve qui l’a laissée épuisée et inaccomplie dans son désir métis.

Aujourd’hui, ce nouvel album a une version vinyle parce que le LP est un objet qui a du sens et fait mémoire. Il a été pensé, materné et suivi comme une ourse californienne têtue surveille l’ourson intrépide. À fond et la griffe est leste. « I bite off more than I can chew ». La tête plus grosse que le ventre ! Oui, mais le résultat ! Les autoportraits de la pochette -son côté touche à tout décomplexé et américain- ajoutent à une sensibilité maîtrisée mais à fleur de peau. « Pendant six mois, je n’ai pas respiré. Ma vie a disparu. » De quoi somatiser mais façon de tout faire, de saisir son envie à bras le corps, de suer sang et eau, de prendre les choses en mains, comme on dit ici. Plus simplement , elle signe : « Brisa Roché takes ».

Mardi 23 Octobre 2007 - 00:36
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