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Album de Danielle De Niese




Une jolie poupée, un soprano glamour au jeu de jambes ensorcelant ? Ceux qui attendaient la trop belle Danielle de Niese au tournant, persuadés que sans l’image le son perdrait tout impact, en seront pour leurs frais : ce disque est une bénédiction, une formidable bouffée de fraîcheur dans la morosité où nous ont plongé tant de récitals tièdes et dispensables (Fleming, Riccarda Wesseling, Kirchschlager, Bostridge, Mijanovic…). Et pourtant, comme il serait facile de détailler les imperfections objectives d’une technique encore instable. Il y a trois ans, après un concert où elle remplaçait au pied levé Patricia Petibon, Benoît Berger évoquait un diamant brut, à peine sorti de sa gangue, mais soulignait aussi l’engagement exceptionnel d’une toute jeune musicienne. Au-delà de l’opulence du timbre, capiteux et sensuel, c’est la générosité de l’artiste qui nous frappe et balaie les réserves qu’inspirent d’abord les inégalités du chant. Danielle de Niese possède un don rare entre tous : le don de soi, entier et sans calcul. Aussi éloigné de l’élégance raffinée de Padmore (récital « As steals the morn ») que de la théâtralité brûlante de Kozena (récital « Ah ! mio cor ! », son Haendel respire la joie de vivre, un bonheur de chanter irrésistible, contagieux et vivifiant.

J’entends déjà les ricanements : non, elle ne chante pas avec un sourire béat dans la voix, mais quel que soit le registre ou l’affect développé, sa candeur désarme et attendrit. Pour ses débuts au disque, Danielle de Niese aurait pu se limiter à un programme qui flatte habilement la juvénilité rayonnante de son instrument à l’image du délicieux « Felicissima quest’alma » tiré de la cantate Apollo e Dafne, or, à côté de tubes porteurs (« Tornami a vagheggiar », « Lascia ch’io pianga », « Endless pleasure, endless love », « Piangerò la sorte mia »), elle ose se lancer dans des pages nettement moins familières, extraites d’Amadigi, comme « Ah, spietato », « un morceau absolument sublime et tellement déchirant » confie-t-elle, ou de Teseo avec le superbe portrait, en deux volets, de Médée . Toutes sont servies par une sensibilité à fleur de lèvres, frémissante et juste, sans outrance ni afféterie. Le naturel n’exclut pas la finesse, mais celle du cœur, non des broderies. Le grand lamento de Ginevra, un rôle qu’elle abordait cette saison à Paris, est bouleversant de vérité. Et cette sincérité n’a pas de prix, elle appelle l’indulgence face à des choix discutables : sans surprise, Danielle De Niese peine à incarner Armide et demeure en retrait face au clavecin volubile et jouisseur de Béatrice Martin (« Vo’far guerra »). De même, s’il a gagné en souplesse, son soprano reste bien lourd pour les cocottes narcissiques de Sémélé (« Myself I shall adore »). Mais ce sont là des déceptions mineures qui n’entament guère notre plaisir ni, de toute évidence, celui du chef ! William Christie couve amoureusement son orchidée et le moelleux incomparable des Arts Florissants lui offre un écrin idéal, un soutien discret mais efficace. Bernard SCHREUDERS

TRACK LISTING :

1 Da tempeste (Giulio Cesare in Egitto))
2 Lascia ch'io pianga (Rinaldo)
3 Tornami a vagheggiar (Alcina)
4 Dolce riposo, ed innocente pace (Teseo)
5 Ira, sdegni, e furore… O stringero nel sen (Teseo)
6 Felicissima quest'alma (Apollo e Dafne)
7 Il moi crudel martoro (Ariodante)
8 Vo'far guerra (Rinaldo)
9 Ah, spietato (Amadigi di Gaula)
10 Myself I shall adore (Semele)
11 Piangero la sorte mia (Giulio Cesare in Egitto)
12 Endless pleasure, endless love (Semele)

Samedi 26 Janvier 2008 - 01:23
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