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Album de Gabriela Montero - Baroque


De toute évidence, cet album n'est pas pour les mélomanes soucieux d'exactitude: il ravira ceux que l'humeur personnel, les caprices d'une interprète qui ne manque pas de tempérament, ni de caractère, pourront bercer sans entrave.



"Liberté", "désincarnation", "vide blanc": selon ses propres mots, Gabriela Montero improvise dans un jaillissement et une immersion totale dans l'instant. La pianiste vénézuélienne qui joue avec Gautier Capuçon, est l'invitée régulière de Martha Argerich en son festival de Lugano, semble dépoussiérer les vieux modes du classique, en plaçant le jeu improvisé au centre d'une démarche interactive et vivante, voire iconoclaste qui la rapproche de son public.

On sait que l' artiste, parmi les plus engagées du net, qui offre à ses admirateurs déjà nombreux, ses séances d'improvisation selon les thèmes qu'on lui transmet, sur son site, aime surfer au travers de jungles métissées où le rythme et les cadences ont de furieux relans de sambas, de bossa nova, de rythmes latins (pétillante Sonata de Scarlatti, plage 12) que l'interprète volubile associe avec un léger parfum jazzy.

Son toucher onirique confère à chaque tableau musical, la précision et l'élégance d'une miniature, le trait vif argent d'une bambochade, la fluidité aérienne d'une esquisse de Fragonard (nervosité "espagnole" du Printemps et de l'Hiver de Vivaldi... Les plus conservateurs crieront au blasphème et au détournement insolent: or, il faut bien reconnaître à Gabriela Montero son aisance compositionnelle, libre, imaginatif, sensitif, d'une frénésie jubilante, exploitant tous les possibles de l'instant, à partir d'une culture musicale assez époustouflante que l'artiste réagence (le recyclage, le réemploi sont bien des fonctionnements baroques, voire en cela Bach, Vivladi ou Haendel...), avec une intuition ciselée, et disons-le purement féminine. De toute évidence, cet album n'est pas pour les mélomanes soucieux d'exactitude: il ravira ceux que l'humeur personnel, les caprices d'une interprète qui ne manque pas de tempérament, ni de caractère, pourront bercer sans entrave.

Les canarios de Sanz sont délicieusement chaloupés, ces quatre saisons vivaldiennes habilement recomposées, le Canon de Pachelbel, murmuré, et la pianiste nous gratifie de deux compositions totalement personnelles, Baroque and me, et Continuum, deux épisodes d'une sensibilité pour laquelle le Baroque parle indiscutablement. Car lorsqu'elle doit se dévoiler, l'artiste préfère visiblement l'élipse plutôt que la sensualité exacerbée: une musicienne qui semble bercer et chanter comme le ferait une mère à ses enfants. C'est d'ailleurs à ses deux filles que cet album admirablement abouti, est dédié. Le classique a besoin d'esprits libres autant que doués. En Gabriela Montero nous tenons une ambassadrice à part, dont l'audace et l'inititative savent marquer la singularité d'une nature pianistique.

Gabriela Montero: "Baroque". Improvisations d'après Vivaldi, Haendel, J.S. Bach, D. Scarlatti, compositions personnelles (Baroque and me, Continuum).

La pianiste vénézuélienne annonce des séances d'improvisations en direct pour son public, depuis son salon, sur son site (www.gabrielamontero.com), sur une base bihebdomadaire. Les mélodies sont transmises par les internautes. Et les séances pourront être téléchargées pendant une période de trois jours.

Tracklist :

1 Sanz - Canarios
2 Vivaldi - Autumn
3 Pachelbel - Canon
4 Haendel - Sarabande
5 Montero - Baroque and me
6 Haendel - Hallelujah
7 Albinoni - Adagio
8 Haendel - Largo
9 J.S. Bach - Prelude
10 Vivaldi - Winter
11 Haendel - Hornpipe
12 D. Scarlatti - Sonata
13 Vivaldi - Spring
14 Vivaldi - Summer and winter
15 Montero - Continuum

Mardi 5 Février 2008 - 22:46
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