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Album de Leslie - Futur 80

Sortie le 4 Février 2008




Les années 80 sont la décennie la plus importante de l'histoire de la musique. C'est une vérité absolue et indiscutable. Aucune autre période n'a su capturer les mélanges extrêmes entre tristesse et joie, efficacité et poésie, accessibilité et prise de risque, essentiels pour créer l'étincelle nécessaire à l'existence d'une pure chanson pop.

Malheureusement une masse ténébreuse de gens austères et adeptes de concepts aussi ridicules, embarrassants et dangereux que "réfléchir sur la musique" voudraient qu'il en soit autrement. Ils voudraient faire comme si la puissance et l'émotion qui se dégagent des tubes éphémères (et donc indispensables) des années 80 n'avaient jamais existé. Ils jugent cette période comme "vulgaire", "cheap", lorsqu'ils font semblant de l'aimer c'est avec ironie, second degré et un certain mépris. Pour ces gens là, la décision de Leslie de fournir avec Futur 80 un album entier de reprises de tubes des années 80 s'apparentera à un affront d'une insolence impardonnable, ou tout bonnement à un acte de terrorisme musical, un combat mené par une enfant des eighties bien décidée à redonner à cette page trop injustement mésestimée de l'histoire de la musique française la place qu'elle mérite.

Pour les autres, il s'agira juste d'un pur album à la croisée des chemins entre R&B ravageur, dance futuriste conquérante et une certaine idée moderne de la pop bubble-gum, fine et rusée.

La régression, c'est se protéger des réalités du présent en se recroquevillant dans le confort du passé, et c'est exactement le contraire de ce que Leslie a fait avec Futur 80. Chaque morceau est réinterprété par l'équipe Kore et Bellek, plus en forme que jamais. Les gars s'éclatent et en profitent pour faire partir les morceaux dans des genres musicaux qu'ils n'avaient jusqu'à présent fait qu'effleurer. Ils prennent le R&B de Leslie et l'étirent jusqu'à ce qu'il touche la dance, l'électro et des genres indescriptibles totalement contemporains qu'ils inventent eux mêmes sans le vouloir. C'est comme si Kore écrivait le scenario d'un film dans lequel le dieu de la Trance aurait convoqué Timbaland au Metropolis de Pondorly pour lui demander des droits d'auteur sur les petits synthés du "My love" de Justin Timberlake.

Franchement, tout est permis depuis que Rihanna a repris Soft Cell, et le chemin de Leslie est fascinant: il va de la pop au R&B pour revenir aux années 80 et se propulser vers la dance music la plus actuelle. Mais avant tout, Leslie laisse parler son cœur, son gout sincère et spontané pour la musique de cette époque qu'elle n'a connue que bébé.
Elle explore, elle s'échappe, elle s'amuse.

Et elle peut se le permettre. Ce n’est pas non plus comme si Leslie avait quoi que ce soit à prouver. Après deux albums certifiés disque d’or (« Je suis et je resterai ») et double disque d’or (« Mes couleurs »), plusieurs tubes (« Et j’attends », « Sobri » avec Amine, « On n’sait jamais » avec Magic System…), Leslie avait tenté sur son dernier album une incursion vers des territoires pop électroniques quasi inconnus des français à l'époque. Son titre "A l'envers de la terre" donnait clairement un indice quant à l'orientation "future pop" de la nouvelle Leslie, bien avant l’explosion des midinettes franchouillardes de l'électro bubble-gum post-Fergie d'aujourd'hui. Autre indice de taille: en bonus track sur le précédent album une reprise très Miami Bass de "Comme un ouragan" de Stéphanie de Monaco. L'idée ne demandait qu’à être développée sur un album à la fois osé, impertinent et évident: Futur 80.

Mise au point
Mise au point de Jackie Quartz subit un lifting, un véritable relooking extrême. Si l'originale appartient clairement au fascinant genre musical "spoken word de variété 80", la version de Leslie qui injecte de la mélodie dans les parties parlées des couplets, n'est absolument rien d'autre qu'un morceau parfait de R&B. Le fantôme du tragique "Rock The Boat" d'Aaliyah hante les dernières mesures de ce titre d'une mélancolie rare et touchante.

Boule de flipper

Pour définir les morceaux à la fois dansants et tristes qui te font pleurer sur la piste, nous emploierons dorénavant le terme "Cry dance". Et bien Leslie transforme le "Boule de flipper" de Corynne Charby, chanson "parfaite pour la douleur et la défaite", en pur moment de cry dance. On dirait un épisode de Desperate Housewives mis en musique. Le synthé qui apparait au beau milieu de la chanson nous renvoie à Talk Talk, groupe repris par No Doubt il y a quelques années pour un morceau qui préfigurera un premier album solo de Gwen Stefani pas si éloigné de "Futur 80". Leslie qui fait de la new wave sans le savoir, c'est tellement "cry dance".

Tes états d'âme Eric
Probablement l'un des plus beaux textes de la pop française, « Tes états d'âme Eric » de Luna Parker chanté en duo par Leslie et Teki Latex sonne comme un fantasme de nerd devenu réalité, un cadeau de Noël pour ceux qui ont toujours rêvé de voir s'unir les extrêmes musicaux. La voix cristalline de Leslie trouve en celle de Teki, écorchée et animale, un complément qui semble instantanément évident. La production, qui s'apparente à un genre de Rihanna sous perfusion de Daft punk, option auto tamponneuses qui seraient passées dans "Pimp my ride", transforme le tout en futur tube implacable pour les clubs. Le genre de truc tellement bien qu'il te force à parler à la troisième personne.

Eve lève toi
La reprise du « Eve lève toi » de Julie Pietri est absolument massive. La sensation que procure la scansion sans ponctuation de ce refrain new wave légèrement auto-tuné est absolument onirique. Comme un robot sans merci qui avance sur la ville en écrasant les restes d'un monde dévasté, pour faire renaitre une nouvelle Eve générée par ordinateur: Leslie. Osera- t'on reconnaitre que les cordes synthétiques rappellent la « Girl Boy Song » d'Aphex Twin? Un morceau d'une puissance exemplaire.

La fièvre dans le sang
Le morceau commence, quelques vocalises de Leslie, des arrangements pop modernes, et soudain une voix familière qui raisonne: c'est la voix rassurante d'Alain Chamfort, faisant basculer automatiquement tout l'album en plein dans la grande tradition de la pop française exigeante. Leslie féminise le texte, lui donnant un sens légèrement différent, collant encore plus au reflet 2007 de la complexité des rapports de séduction entre les hommes et les femmes.

Johnny Johnny
Jeanne Mas est la marraine de toutes les petites filles Emo d'aujourd'hui. Leslie transforme le morceau en douceur, s'imprégnant de sa mélancolie mais replaçant le trip "rockeur blessé" dans un contexte plus urbain. C'est du Jeanne Mas, mais dansable dans une soirée hip hop.

Les Bêtises
Leslie s'empare complètement des bêtises et fait ce qu'elle veut avec. Le morceau, devenu tube R&B ultra dansant, gagne encore en espièglerie, mais prend une tournure plus dramatique. En gros, là où sabine Paturel jouait la fausse innocente, on a l'impression que Leslie sait très bien ce qu'elle fait. Un morceau qui aurait pu sonner comme un gadget naïf mais qui se dévoile être en réalité plutôt du genre fort et classe.

Les parfums de sa vie (je l’ai tant aimée)
Le tempo redescend avec les parfums de sa vie d'Art Mengo. La fragilité de Leslie se mêle à merveille à la scène toulousaine épicée des eighties. Art Mengo et son héritage "Nougaroesque" est déjà ce que la variété 80 avait de plus proche de la soul et du jazz enfumé. Leslie fait ressortir l'émotion de ce morceau, probablement le plus adulte de Futur 80.

Africa
Africa de Rose Laurens fait un peu écho à "On n'sait jamais", le tube de Leslie et Magic System sorti en 2002. Le thème de l'amour d'une étrangère pour l'Afrique, c'est exactement ce qu'il fallait pour tisser le lien entre la Leslie d'avant et celle d'aujourd'hui. Le beat, complètement dans l'air du temps, marie le meilleur des productions pop urbaines à un certain feeling synthétique européen.

Canoë rose
Leslie s'attaque au « Canoë rose » de Viktor Laszlo et le résultat est l'un des grands moments de douceur de Futur 80. Bruits de craquements de vinyle, nappes cinématographiques, couplets parlés, arrangements "Electronica"... cet attachant slow pop a tous les ingrédients nécessaires pour transporter l'auditeur dans une ambiance sombre et brumeuse digne d'un grand générique de fin.

Lundi 17 Décembre 2007 - 19:48
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