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Album de Little - Little

Sortie le 7 avril 2008




Elle porte une étoile discrètement tatouée à l’intérieur du poignet. En sa bonne étoile, au tracé fluide et régulier de sa ligne de chance, Little est forcée de croire, car elle publie à 21 ans un premier album sans avoir rien prémédité, presque sans en avoir l’air. Quand certains se lèvent aux aurores pour aller grossir la file d’attente d’un casting avec l’espoir très hypothétique de devenir une star de la pop, elle qui ne demandait rien ou pas grand chose sera la lauréate insolente d’un joli concours de circonstances.

A l’adresse des obsessionnels du passe-droit et des irrités du piston, précisons au passage qu’elle n’est la fille de personne, sinon de ses parents. C’est dans ce nid familial sans particularisme, sinon ses origines vietnamiennes, que débute logiquement sa drôle d’aventure. Elle qui est née Aurélie NGuyen, à la tombée des années 80, s’est toujours entendue appelée Little, en raison de sa taille (1m58 sous la toise) et peut-être aussi de l’univers confiné qu’elle est parvenue à bâtir autour d’elle, ce charmant petit monde qu’elle s’apprête maintenant à dévoiler au grand. Son intérêt pour la musique, durant l’adolescence, ne ressemblera jamais à une passion dévorante. Elle préférait le dessin, était plus volontiers du genre à papillonner sur les ondes pour y butiner les tubes du moment.


C’est d’ailleurs en découvrant un jour cet essaim de filles à peine plus âgées qu’elle, les Jewel, Lene Marlin et surtout Avril Lavigne, qu’elle se piqua d’en faire autant, par amusement et sans ambitions clairement affichées. Une guitare appartenant à son père traînait dans les parages, elle avait quelques textes griffonnés sur des cahiers, l’alliage des deux provoquera des chansons et suffisamment d’étonnement sur son entourage pour qu’elle ose finalement les mettre en ligne. Sur sa page Myspace, très vite, les connexions s’embrasent et les compliments pleuvent sur ce qui n’est encore qu’une petite entreprise rudimentaire, d’obédience folk par manque de moyen plus que par conviction. Sa Chanson de filles, où elle joue stratégiquement les fausse modeste (« je ne suis pas le genre de fille dont on est fou amoureux »), résonne comme son Tous les garçons et les filles à elle et provoque logiquement l’effet craquant escompté.

Parmi les visiteurs, un producteur se présente et aide Little, sans brûler les étapes, à confectionner un ep 7 titres rose bonbon de ses premières démos, si charmantes et vibrantes qu’il n’y a rien à rajouter. Un concours de remix est lancé en parallèle sur Internet, couronné par plus de 200 propositions qui vont des plus farfelues aux plus réussies. Un incroyable succès qui prouve à Little ce qu’elle soupçonne depuis le début : sa musique n’est pas forcément destinée à stagner dans les vapeurs mélancoliques d’un folk acoustique trois fois plus âgé qu’elle. Elle rêve d’un disque au diapason de ses goûts, plus pop et canaille, aux humeurs élastiques, enlevé et euphorisant, capable comme elle de passer musicalement du coq à l’âne, de se révéler tour à tour espiègle et émouvant, intimiste et pétulant, superficiel et subtil. Sa rencontre avec l’arrangeur et réalisateur Ludovic Bource, connu notamment pour son travail de reconstitution minutieux pour la B.O. de OSS 117, va littéralement transformer ces vœux flous en une nette et belle évidence.

Véritable orfèvre en matière d’orchestrations, comme en témoigne le groovy premier single Je veux des violons, Ludovic Bource apporte aux mélodies ingénues et aux textes à multiples lectures de Little un supplément de chair et de substance tout en préservant leur petit cœur palpitant. Grâce à lui, elle s’éloigne du feu de camp des folkeuses pour un véritable feu d’artifice pop, aux réminiscences sixties et seventies discrètes – on songe parfois à France Gall période Poupée de cire, à la mutine Kate Bush également - mais avant tout parfaitement contemporain. L’acidulé naturel de la voix de Little, son velouté encore enfantin, reste évidemment l’atout maître de ces chansons où elle se met en scène alternativement en fille sensée ou en peste, en confidente lucide comme en tête de linotte impatiente. Car cette fan de Britney Spears, en dépit d’une timidité qu’elle soigne par un humour assez désarmant, possède un sens inné du spectacle. Aujourd’hui qu’elle s’apprête à entrer en scène, toujours guidée par sa bonne étoile, Little est peut-être déjà grande.

Samedi 2 Février 2008 - 04:33
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