Connectez-vous S'inscrire

Album de Nessbeal - Roi sans couronne

Sortie le 14 avril 2008




La sortie de cet album 17 titres est prévue pour le 14 avril. SKREAD est à la prod sur la plupart des titres, le reste est assuré par SKUKO et TRAK INVADERS. Le son est lourd et les ambiances prenantes. Au niveau des featurings, on retrouve WALLEN, DADDY MORY, MARC ANTOINE,
CHEBA MARIA et RAICHA.

En gros, après LA MELODIE DES BRIQUES qui, unanimement, n'a pas eu le succès mérité, NESSBEAL s'est senti comme un ROI SANS COURONNE : un talent non reconnu (à l'époque, car avec du recul, tout le monde dit qu'il déchire). Et ce concept de ROI SANS COURONNE s'applique pour lui à tous les talents opprimés (étudiants, sportifs, travailleurs, etc...).

Par ailleurs, si l'expression de son oppression ("La vie des pauvres", "Réalité française", "En temps de crise", etc...) reste très importante cet album révèle déjà une plus grande maturité artistique : son flow est plus relâché, son ouverture est plus grande et le résultat est vraiment
beau ! Un ensemble moins sombre et triste que LA MELODIE DES BRIQUES où l'espoir est cette fois extrêmement présent.

Bref, il s'agit d'un album énorme, un album destiné à devenir un classique...

“La Colombe ne décolle pas” dans les banlieues françaises. Le plan Marshall n’y est même pas encore prévu. Ce pays riche de sa diversité ne semble pas s’assumer en tant que tel. Là, est la véritable Réalité Française présentée sur le premier extrait du second album de Nessbeal, Roi sans couronne. Un artiste charismatique qui surprend par sa “Ghetto Attitude” mêlée à une écriture riche, ouverte et terriblement subtile pour un mec ayant quitté l’école en Troisième !

Nessbeal n’a pas vraiment le pouvoir de faire voler cette colombe avec ses mots, mais il peut mettre en exergue tous les maux de ses frères et sœurs. Témoin privilégié d’une société à deux vitesses, il retranscrit, avec justesse, dureté et non sans espoir, la vie des blocks. Depuis plus de dix ans, cette sincérité et cette souplesse des mots caractérisent la carrière, de ce “poète des HLM’’.


Mise au poing

Après avoir fait ses premières armes au sein du groupe Dicidens, il affûte sa science de la rime et son flow aux côtés de Lunatic et du 92-I, pour enchaîner avec des apparitions fondatrices et très remarquées aux côtés de Booba (Les rues de nos vies ou encore Baby). Puis, N.E.2.S décide de prendre seul son envol.

Il rejoint une autre grande famille du rap, le label Nouvelle Donne. Il y sort en 2006 son premier projet solo, La Mélodie des Briques. Le disque est salué par la critique et remporte un fort succès d’estime auprès du public. Mais le rappeur de Villiers-sur-Marne voit pointer en lui une certaine frustration, même s’il ne vit pas pour autant dans le fantasme et n’est pas obnubilé par le côté “Bling Bling” : “C’est à partir de ce moment-là, après tous les retours sur le premier album, que j’ai constaté que j’étais un Roi Sans couronne et sur le refrain du morceau titre, je rappe même : “Mais qu’est-ce que tu crois, je faisais ça comme ça/Roi sans couronne, c’est la prose, mon chemin de croix/ça marchera pas p’t’être, on s’en remettra t’inquiète/je suis là pour le biff, kicker, viens, si tu crois me teste””.

Plus déterminé que jamais, Nessbeal récidive ainsi avec ce nouvel opus. Pendant deux années de mise au vert, il n’a eu de cesse de peaufiner ses lyrics et son flow, non sans avoir offert aussi à son public, Légende d’Hiver sur Taxi 4. Un titre à l’écriture toujours aussi riche, mais épuré, constituant une charnière parfaite entre ses deux albums. Il a même permis d’offrir une nouvelle relecture de sa Mélodie des Briques.

La bataille s’annonce rude dans l’arène du rap et les places chères. Mais, plus motivé que jamais et prêt à livrer combat, le Franco-Marocain est fermement décidé à gagner une place sur le trône avec Roi sans couronne. Avec comme autre bagage, un charisme certain, ayant déjà explosé sur le premier album, via le clip L’œil du mensonge. Cet atout assaille toute personne croisant ce MC au gabarit impressionnant, doté d’une vraie gueule et d’une fougue rappelant par moment Joey Starr à ses débuts !

L’impact des mots…
Muni de son éternel “Verbal Brolik”, Ness’ assaille ses adversaires de douilles lyricales. Et très jeune, Nessbeal comprend, à ses dépends, l’importance et le pouvoir des mots. «J’ai saisi cela le jour où, dans le bureau du juge d’instruction, je me suis fait enchaîné par ses mots. Il employait des termes tellement forts, qu’il t’assassinait. De là j’ai décidé d’utiliser à mon tour cette arme puissante», se remémore-t-il.

Ce n’était pourtant pas couru d’avance. Car très tôt en classe de 3e, le jeune Nabil délaisse les chemins des études pour rejoindre la dure école de la rue. Mais, fasciné par les mots, ce “poète analphabète’’ décide d’écumer, pendant un an et demi, les pages du dictionnaire, afin de maîtriser les nuances de la langue française.

Sur ce deuxième album, cet amoureux du rap rempli de métaphores et de punchlines continue donc à faire exceller cette plume, à cultiver son art de la rhétorique et ce en ne cédant pas à la facilité et aux sirènes du “musique business”. “Dans ce biz, on ne change pas, quitte à foncer dans le mur” clame-t-il sur le titre éponyme, Roi sans couronne.

… Le choc des morceaux
Nessbeal distille son rap de paria pour sa génération au faciès balafré. Il rappe pour tous ces souverains et souveraines sans diadème mais au cœur d’or. Le temps d’un album il souhaite les faire planer vers des contrées lointaines tel le titre Au-delà de l’horizon. Loin des clichés redondants de la vie de tess, le MC du 94 rappelle à ces anges au visage sale sur Dernière Chance que la vie de quartier est un gouffre. « Elle nique des vies, des couples et pousse même à la psychiatrie. Le quartier est une véritable prison mentale », analyse-t-il.
Sombre, amer et mélancolique, cet écorché vif l’est dans doute, mais les paroles de ce second album, sont davantage ponctuées d’espoir, comparés à celles de La mélodie des Briques, très noires et oppressantes. Le titre fédérateur et ouvert sur le monde, Au delà de l’horizon, le prouve : “Au delà de l’horizon, la prison, là, au delà des saisons/C’est comme le poison qui t’ronge, rohya/Voit plus loin qu’ ton pilon… J’rêve de guérison…”.

Nessbeal poursuit, par ailleurs, l’introspection qu’il avait entamé sur son précédent disque (Clown Triste, Décroche la Lune). Il met son cœur à nu et couche ses doutes, ses peurs et ses coups de gueule sur des instrus mélodieuses, principalement concoctées par Trak Invaders, Medeline, Shuko, mais surtout son compère Skread (Booba, Salif, Diam’s…). Celui que Nessbeal aime à appeler son ‘’Dr Dre’’ a su parfaitement créer des ambiances propices à mettre en valeur ses textes. Rien ne serre d’aller frapper à toutes les portes quand on a trouvé son alter ego musical, permettant par ailleurs d’offrir un disque d’une rare cohérence

Tels certains philosophes, certains écrivains, Nessbeal est persuadé que du moment où vous créez, vous êtes le roi de ce que vous créez. Et le rappeur s’est saigné aux quatre veines pour apporter son propre univers.

Avec ou sans couronne, et en bravant l’éternel ostracisme envers les mecs balafrés du faciès comme lui, Nessbeal offre un album envoûtant, dérangeant, décisif et détonnant.

Vendredi 1 Février 2008 - 20:19
sur cette page