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Album de Quidam - En eaux profondes

Sortie le 25 mars 2008




A Clermont Ferrand, comme dans toutes les terres volcaniques, on s’habitue aux secousses telluriques, à l’air caverneux des espaces vierges et froids, au désoeuvrement précurseur du travail à la mine ou à l’usine. On y répond, comme dans le nord de l’Angleterre, par le sport ou la musique. De fil en aiguille, la musique s’insinue dans les vies, les corps et les nuits. Alors on crée un groupe.

A une recherche sur le nom quidam, le dictionnaire donne ‘individu quelconque’. On ne nomme pas un groupe ainsi par hasard. Modestie, contre-emploi, détachement ? Le groupe ne répondra pas, ce n’est pas son affaire.

Ce qui le concerne, en revanche, c’est la musique qui l’habite. A l’écoute, on serait tenté de dire : qui le hante. Yannick Demaison (chant / guitare), Pierre Bogros (basse) et Romain Carrier (batterie) montent un groupe. La belle affaire ? A la différence près que Quidam ne se contentera pas de l’à-peu-près, du quotidien. Il leur faut se lancer à corps perdus dans cette aventure, pratiquer une politique de la terre brulée, attitude qui se traduira dans les textes secs et nerveux d’un groupe déterminé.

Quidam sera forcément un trio, il n’y a pas de place ici pour la surcharge, la rature, la lourdeur. Personne d’autre ne pourra intégrer ce clan rageur et passionné. Les trois membres n’en ont pas besoin. Leur son s’affirme très tôt, et peu après leurs débuts, on les retrouve sur scène, via le passage obligé à la Coopérative de Mai. Il se passe manifestement quelque chose, puisque l’on retrouve rapidement un titre dans la sélection CQFD 2005 des Inrockuptibles. « Nos souvenirs » ouvre des portes, et c’est par la grâce de cette chanson que le groupe rencontre son label.

Le plus facile est fait… puisque le groupe décide alors d’attendre, de tourner, créer des chansons, travailler, en bref : leur premier album sortira le moment venu. L’essentiel n’est pas d’enregistrer à la va-vite, de composer quelques titres pour se jeter dans le cirque rock habituel. Les ambitions du groupe sont bien au-delà : écrire un album dont il puisse être fier.

Des premières parties de Nada Surf, the Rakes, The Subways, Hollywood Porn Stars, les Découvertes du Printemps de Bourges leur permettent de tirer la sève de leurs chansons.

Ensuite Quidam enregistre un premier EP, quatre chansons racées d’où sourd une sombre inquiétude. Le groupe impose dès l’abord un son particulier, fait à la fois de rage et de mélancolie.

En juin 2007 Quidam entre en studio avec la même équipe que pour son EP, soit Niek Meul (réalisateur, membre de Das Pop) et Christine Verschorren (ingénieur du son) au studio Caraïbes à Bruxelles.

« En Eaux Profondes » est enregistré et mixé en quinze jours très intenses. Le résultat de cet enregistrement est un album impressionnant, fort d’une maturité (mot qu’on emploie faute de mieux) rare pour un premier album, mais qui n’est que le reflet de quatre années d’écriture, de concerts, d’expériences, d’essais. Un album qu’on n’osera qualifier de rock français, même si c’est du rock chanté en français.

« En eaux profondes » impose sa force brute, sans fard mais sans lourdeur, pleine de cette inquiétante étrangeté qui singularise le groupe. Rage froide, intensité, mais aussi apaisement qualifient cet album à travers des chansons aussi étonnantes que Sarah, En hiver ou Mes Crimes. Quidam s’impose comme une force évidente, avec un disque à sa mesure. La patience est décidément une vertu.

Mercredi 12 Mars 2008 - 21:08
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