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Archive - Lights

« Lights », un titre qui résonne comme une renaissance




Comme un retour à la lumière après les ombres du doute et le spectre d’un split annoncé. Exit les noirceurs de la « dépression » post Craig Walker (l’ancien chanteur), exit aussi les frustrations du mythique quatrième manifeste « Noise » et la colère froide du tubesque « Fuck U »… c’est un Archive aujourd’hui apaisé, enjoué, réinventé et repensé comme un collectif à géométrie éternellement variable, qui revient percuter les bacs et caresser les planches européennes…

« Quand Craig a quitté le groupe, ça a été très difficile à gérer… On a même pensé tout arrêter mais Darius et moi faisions de la musique depuis trop longtemps pour tout abandonner comme ça… Nous avons donc considéré cet album comme le moyen de sauver Archive. De continuer l’aventure à la façon d’une formation ouverte et évolutive, comme c’était le cas à nos débuts… Et la rencontre avec Pollard est arrivée comme une bénédiction ! »

Croisé à Vienne lors d’un concert des londoniens, Pollard Berrier, jeune chanteur américain installé en Autriche et membre du très novateur Bauchklang (littéralement « son du ventre » en allemand), groupe autrichien d’instrumentistes vocaux, devient rapidement l’électron libre qu’il manquait à l’entité Archive… Le timbre sensuel et cristallin le plus à même d’incarner cette nouvelle ère. Cet optimisme retrouvé. Cette pureté recouvrée…

« Avec les deux précédents opus, on est allé au bout de ce qu’on voulait sortir, il était impossible de faire plus sombre… »

Zoom arrière et bref rappel des faits.

South London, début des années 90. Darius Keeler rencontre Danny Griffiths. Au sein de Genaside II, visionnaire projet ragga-breakbeat issu des pavés de Brixton, les deux écorchés vifs de l’electronica down tempo découvrent leurs affinités rythmées… Mêmes univers soniques, mêmes envies mélodiques, les deux producteurs et multi instrumentistes décident alors de fonder, en 1994, Archive, collectif trip-hop sombrement élégant et foncièrement innovant. S’ensuit en 1996 « Londinium », majestueux premier témoignage d’abstract hip-hop, de classique et d’électronique dark et sous Prozac… 1999, « Take My Head » et son ensorcelant « You Make Me Feel » renverse la tendance. Surproduit et donc peu apprécié par le groupe et par les fans de la première heure, ce second manifeste à tendance pop étonne autant qu’il détonne. Qu’à cela ne tienne, Keeler et Griffiths remanient les fondations du groupe, intègre un ex Power Of Dreams au chant (l’irlandais Craig Walker, recruté via une annonce dans le NME), et resurgissent avec « You All look The Same To Me », mix hybride et homicide de trip-rock, d’électro-pop et de psychédélisme technoïde. Pièce maîtresse de ce troisième enregistrement: le très épique et onirique « Again », enivrant périple de 16 minutes 19 secondes.

2003, changement de décor. Invité à réaliser la bande-son du blockbuster « Michel Vaillant », Archive s’aventure, le temps d’une parenthèse filmique produite par Luc Besson, sur les terrains progressifs, synthétiques et atmosphériques. Le défi sera relevé avec habileté. 2004, le quatrième LP « Noise », savant compromis d’électro hypnotique, de pop-rock colérique et d’envolées aussi lysergiques que cyclothymiques, s’impose comme l’une des plus grandes œuvres d’Archive, aux côtés de « Londinium ». La même année, le très épuré « Unplugged » revisite 10 titres du groupe en version acoustique, hautement mélancolique… La boucle est bouclée ou presque... Malgré le départ de Craig Walker et les incertitudes quant au futur d’Archive, Danny et Darius réitèrent l’expérience. Une fois de plus. Avec empressement et talent. Pour le meilleur et pour tout dire.

« On tenait à ce que ce nouvel album ait une aura plus positive, d’où le titre « Lights »… Qu’il incarne un nouveau départ… Pollard l’a très bien compris et il nous a apporté quelque chose de très pur, de sombre mais de très ouvert et de lumineux à la fois… »

« Lights », album de la maturité ?

« C’est vrai qu’à l’inverse de « Noise », dans lequel nous étions tournés sur nos propres frustrations, ce nouvel album symbolise notre ouverture sur le monde qui nous entoure… « Lights » parle de la façon dont les gens se comportent et dont ils évoluent… C’est un peu un regard qui n’est pas cynique sur le cynisme ambiant… Le monde occidental est de plus en fou et du coup, c’est une époque intéressante pour faire de la musique… Il y a tellement d’égoïsme, de consumérisme outrancier et de conflits, religieux, politiques et culturels, que ça en devient très dérangeant… La seule façon d’échapper à tout ça de façon positive, c’est la musique !! »

Enregistré au Southside studio de Clapham, leur QG de Londres, mixé à Paris, leur cité d’adoption, par Jérôme Devoise, « un génie du mix qui cerne parfaitement notre univers», Lights cristallise toutes les humeurs d’Archive.

Entre jungle, trip-hop et pop, divagations psychédéliques et plages cinématographiques, errances baroques et urgences rock (le single « System »), inerties mélancoliques et sursauts épiques, expérimentations progressives (l’incontournable titre « Lights », « emprunté » par Meetic pour sa campagne publicitaire) et ondulations lascives, le tandem godille avec dextérité. Brouille les pistes avec agilité.

« On pourrait presque dire que Lights est un album pop avec ses morceaux de 3 minutes et demi ! Mais ça ne résume pas l’album dans son intégralité puisque l’on alterne des titres « rock’n’roll » façon Archive avec des compositions de 19 minutes, en passant par des interludes très atmosphériques à la John Carpenter ou à la Scarface… » Le cinéma, encore et toujours, source d’inspiration intarissable.

Véritable bande-son d’une époque, la leur, la nôtre, la vôtre, un album aérien, enfin serein, qui magnifie les montagnes russes de nos âpres quotidiens.

« Lights » et que la lumière illumine les tourments de nos éphémères existences !

Site officiel : http://www.archivelights.com/

Jeudi 4 Mai 2006 - 02:01
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