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Arman Melies - Les tortures volontaires




Même les avalanches connaissent le vertige. C’est Arman Méliès qui le chante. Mais, avant lui, Jan l’a manifestement pensé très fort ; dès l’origine pour ainsi dire. Peut-être parce qu’il faut du temps pour oser s’inventer un univers à soi et se trouver : en 2003, Jan devient donc Arman Méliès au terme d’un trajet d’autodidacte atypique, un peu à l’image de son nouvel album, « Les Tortures Volontaires » : à la croisée de plusieurs chemins, métissé, pluriel.

Quand il évoque ses premières armes (la guitare, en l’occurrence), Arman Méliès dit lui-même qu’il revient de loin, entendons : de très loin de lui. Du hardcore de la Bay Area au Floyd, de Sonic Youth à Neil Young, Jan tâtonne comme il se doit, avance au gré de projets collectifs métissant avec plus ou moins de bonheur ce bouillon de culture hétéro-clite. Entre temps, il tombe sur lui et sa famille élective : l’indie-pop. C’est, pour le meil-leur, une famille nombreuse : Blonde Redhead, Low, Yo La Tengo, Mark Hollis, Shannon Wright, Robert Wyatt , Cat Power ou, plus récemment, Animal Collective ou Sufjan Ste-vens. Ce faisant, il leur invente des cousins littéraires : Lobo Antunes, Echenoz, Nicolas Bouvier… L’hétérogénéité est là, comme un salutaire réflexe pavlovien : toujours aller chercher ailleurs, s’emparer d’influences aussi diverses entre elles que possible.

Seul avant d’être en solo, la singularité de ses aspirations artistiques (faites d’épure et d’introspection) le rattrape. Après une première aventure discographique sans suite, l’entrée en scène d’Arman Méliès se voit brusquement justifiée. C’est ainsi que naissent en 2003 un premier EP, « Le Long Train Lent & les Beaux Imbéciles » puis, en 2004, l’album « Néons Blancs & Asphaltine » (tous deux sur le label Bizarrre K7). S’en suit une tournée de plus de 60 dates et nombre de premières parties (Dominique A, Idaho, Tom Mc Rae, Benjamin Biolay, Sebastien Schuller, An Pierlé, Françoiz Breut, Arthur H…).

Conforté par l’accueil enthousiaste réservé à Méliès, Arman creuse aujourd’hui son sil-lon avec « Les Tortures Volontaires », western langoureux dans lequel il enrichit son folk et sa « mélancolie joyeuse » d’arrangements inattendus : banjo, claviers dévolus d’ordinaire à des répertoires mainstream (on pense aux explorations d’un Dominique A sur « La fossette »), souvenirs de Morricone, de Nino Rota et de maintes bandes originales du cinéma italien des années 60. Au final : un affront audacieux et sans fard de notre part d’ombre, de nos contradictions ; une écriture dont la force poétique nous rappelle les sen-sations ressenties à la découverte d’un Manset ou d’un Murat. Le tout dans un folk lumi-neux et contrasté qui n’hésite pas à jouer des clichés, investir des décors de carton-pâte pour y injecter sa propre poésie.

Dire qu’ils ont failli connaître le fin mot de l’histoire / C’est mieux comme ça, dis-tu. Le mystère est une torture volontaire qui nous laisse plus vivants, semble nous dire Arman Méliès. Le mystère est cet orphelin moderne qui aspire à n’être plus craint pour s’inviter chez nous…

Site officiel :
http://www.armanmelies.com/

Mercredi 19 Avril 2006 - 00:12
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