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Baloji en concert - La Boule Noire de Paris

Mardi 18 Mai 2010




L’histoire débute en octobre 2004 quand Baloji Tshiani reçoit, du Congo, une lettre d’une dame se disant sa mère naturelle. « Après une première réaction de méfiance, je l’ai appelée début 2005. En lui parlant, mes doutes ont été levés.

Elle m’a dit : “Et toi, raconte-moi ta vie !” C’est pour lui répondre que j’ai fait ce disque, que je lui ai remis lors de mon premier retour au Congo. » Il y raconte sa naissance en 1978 à Lumumbashi. Quatre ans après, quand son père, homme d’affaires congolais, le ramène en Belgique où il vit, Baloji a du mal à intégrer sa nouvelle famille. Suivront l’incompréhension, le mutisme, la révolte, la délinquance puis la rédemption dans le rap. Thierry Coljon.

BALOJI - en concert - Mardi 18 Mai
Première partie : SMOD
La Boule Noire 118 Bd Rochechouard 75018 Paris
19H30 - 14,80 euros - actuellement en vente.


Baloji en concert - La Boule Noire de Paris
« I’m Goin Home…nakuenda », c’est ainsi que Baloji mettait un point final à « Hotel Impala », une conclusion, qui sonnait plutôt comme une ouverture vers le futur pour ce Congolais né en 1978 à Lu-bumbashi, grandi dans la Wallonie en crise. « Là-bas, tu ne te sens pas tout à fait congolais. Ici, tu ne te sens pas vraiment belge. » Voilà ce dont parlait ce disque, d’une quête d’identité à l’heure de la trentaine. Entre soul spirituelle et tambour de bouche, il y jetait l’encre noircie au fil de ces années, sur tous les épisodes de sa vie. « Je répondais à ma mère naturelle qui m’avait demandé, lors de notre unique conversation au téléphone en avril 2005 : « Qu’as-tu fait pendant vingt-cinq ans ? »

« I’m Goin Home », tels étaient donc les premiers mots de « Nakuenda », « rentrer » en swahili, une adaptation d’un thème de Marvin Gaye, figure tutélaire de cet album, exilé comme Baloji à Ostende, le port où le gamin débarqua la même année, en 1981, et surtout héros de son père, reparti au pays. « Je me verrai bien vivre là-bas, plus tard. De toute façon, il faut que j’y retourne. Je n’ai pas le choix. », confiait en décembre 2007 ce grand gaillard à propos de sa terre natale, tout comme il avouait être de plus en plus curieux des sons d’Afrique, de Dollar Brand au balafon, « un instrument qui a un potentiel pour se mêler aux programmations ».

Moins d’un an plus tard, fin octobre 2008, Baloji est passé des mots à l’acte, du souhait à la réalité. « Une institution belge m’a proposé d’animer atelier d’écriture, avec à la clef un concert. Moi, j’ai préféré commencer par enregistrer un disque, avant tout. Je suis donc venu une semaine en repérages, au mois d’avril. Sept mois plus tard, on est reparti avec nos ordis, des cartes son, quelques micros et une lunchbox… » Et deux complices dans les bagages : un ingénieur du son, Cyril Harrison, aux manettes et le bassiste Didier Likeng, aux arrangements dans la grande tradition chorale camerounaise. Leurs missions : enregistrer un disque qui soit comme une version in situ à « Hôtel Impala ». « Tout était préparé, rien n’était écrit, tout s’est improvisé ! »

Une semaine durant, les musiciens du chaudron congolais vont donc défiler : un trio de balafons, des voix de toutes couleurs, conteur de mots ou tombeur de maux, toaster ou soul sister, le groupe Zaïko Langa-Langa au grand complet, tout comme le Konono No 1 et ses likembés, l’ensemble la Grâce, une chorale au nom tout aussi prédestiné que celui de la fanfare La Confiance… La plupart soufflent sur des binious bricolés, retapés, scarifiés par l’usure du temps. « C’est ce qui donne la patine au son, sans équivalent. Pas une mesure à l’identique, pas de métronome. Pas besoin d’effets, tout est acoustique. Même les distorsions des guitares sont naturelles. Même quand ils sont désaccordés, ils jouent juste. » A l’instinct, sur l’instant, dans le vif du sujet. A commencer par l’orchestre de La Katuba, un combo du nom de l’immense ghetto de Lubumbashi où vit la mère de Baloji. En fait un groupe d’afro-soul-jazz constitué sur place, qui va s’imposer tel le poteau mitan autour duquel les autres sont invités à tourner, retourner et détourner les bases rythmiques et lignes mélodiques.

Au final, ce retour à la case départ sonne comme un retour vers le futur pour Baloji. L’hôtel Impala y est repeint aux couleurs locales, rythmiques félines et guitares toutes en feeling, celles héritées du précieux Dr Nico et du tout puissant Franco, deux bornes de la musique congolaise qu’admire Baloji. « J’ai toujours eu ce fantasme de guitares dans les musiques urbaines. » Au final, il reconstruit de fond en comble le réper-toire, change les paroles et modifie les musiques. En clair, Baloji bâtit un univers singulièrement composite, le sien. Une bande-son originale qui s’inscrit sur le fertile terreau de ses origines et s’écrit aujourd’hui « Kinshasa Succursale », au présent de son subjectif. Celui d’un enfant grandi dans l’exil économique, d’un panafricain né sur les cendres de Lumumba, une conscience vive qui vise à réconcilier et réveiller les esprits.

Voilà sans doute pourquoi quand il chante en swahili, la langue proscrite du temps de Mobutu, eux lui répondent en lingala, en tshiluba. Comme un symbole d’une diversité d’horizons assumés, à l’image des multiples registres abordés dans ce nouvel opus : la traditionnelle rumba, le rétro-futuriste style tradi-moderne, le chaloupé mutuashi, le plus per-cutant sébéné, l’engrainant soukous, mais aussi la folk tout acoustique, le ska roots ou le reggae lover, à la sauce locale, l’afro-funk dans le style nigerian… Dans cette dense variété de styles, Baloji trace entre les lignes sa voix, unique. Plus question de se retourner, il s’agit désormais d’avancer. « Ce disque devait être une réponse à « Hôtel Impala ». Et puis finalement, c’est tout autre chose. »

C’est toujours la même histoire, c’est une toute autre histoire. Voilà ce qu’est « Kinshasa Succursale ». Bien plus qu’une simple adap-tation, bien mieux qu’un effet réplique. Comme il le dit dans l’emblématique « Nazongi ndako / Nakuenda » : « Des fois je me dis qu’il vaut mieux ne pas savoir, même s’il y a deux versions à chaque histoire, la mienne est pleine de bribes cassées comme mon timbre. Un long courrier nous sépare de la zone libre, ce qui différencie l’innocent de la victime, le moment opportun de l’opportunisme, mais avant ça je n’aurais jamais été prêt à rencontrer mes frères vingt-cinq après. » Avant de tirer un trait sur ce récent passé et de virer en une frénésie de sons sensuels et de sens spirituels.

Vendredi 9 Avril 2010 - 17:28



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