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Battiato et la douceur de l'Italie


Un bouquet de chansons graves et radieuses, un bouquet de chansons aux couleurs soutenues et profondes. Le classique It’s Five O’Clock d’Aphrodite’s Child, une interprétation troublante d’Et maintenant de Gilbert Bécaud, un duo en italien avec Antony Hegarty d’Antony & the Johnsons, la version italienne de Plus je t’entends d’Alain Barrière… Fleurs 2 est un bouquet de chansons que Franco Battiato offre avec le sourire en coin de l’amant fidèle sachant la valeur du cadeau qu’il apporte.



Battiato et la douceur de l'Italie
Un bouquet de chansons graves et radieuses, un bouquet de chansons aux couleurs soutenues et profondes. Le classique It’s Five O’Clock d’Aphrodite’s Child, une interprétation troublante d’Et maintenant de Gilbert Bécaud, un duo en italien avec Antony Hegarty d’Antony & the Johnsons, la version italienne de Plus je t’entends d’Alain Barrière… Fleurs 2 est un bouquet de chansons que Franco Battiato offre avec le sourire en coin de l’amant fidèle sachant la valeur du cadeau qu’il apporte.
Après des lustres de carrière presque exclusivement italienne, Franco Battiato revient se présenter au public français avec cet album, autoportrait en dix reprises et deux chansons personnelles. Avant de parler de lui, demandons-nous ce que les Italiens peuvent bien savoir de Laurent Voulzy ou d’Alain Bashung. Eh oui ! Nous sommes tous européens, mais diablement français, indécrottablement italiens ou éternellement allemands. Donc, Battiato serait une sorte de Voulzy ou de Bashung en Italie et il est loin d’être un débutant, puisqu’il a débuté à l’âge de vingt ans en 1965 et publié une quarantaine d’albums. Mais on ne le connait pas encore, tant nos frontières sont tenaces.
Pourtant, sa carrière révèle combien la France et l’Italie ont des histoires culturelles parallèles et jumelles. A ses débuts, le Sicilien Franco Battiato est une sorte de chanteur « rive gauche » que tente toutes les expériences du moment. En 1972, son premier album, Fetus, mêle la chanson « normale » à des effets électroniques spectaculaires, parents des Jerks électroniques de Pierre Henry et Michel Colombier dont le succès a été énorme en France. Il ne vend que 7000 exemplaires de son 33 tours, mais ce disque entre dans la légende de la musique italienne, un peu à la manière de La Mort d’Orion de Gérard Manset pour les Français.
Battiato fonde un prog-rock à l’italienne avec des albums comme Pollution, Sulle corde di Aries, Clic, Melle le Gladiator, Juxe Box, L’Egitto prima delle sabbie… On parle de lui comme d’un Peter Gabriel italien, il assure les premières parties de Brian Eno en tournée européenne, il compte parmi les révolutionnaires d’une musique qui, partout sur le continent bouillonne de fièvres et d’engagements. Ses textes, d’une haute ambition littéraire, entrent rapidement dans les lycées et les universités italiennes, tandis qu’il se fait passeur de philosophies et de spiritualités asiatiques – un passeur qui garde toujours un petit sourire en coin…
Depuis les années 80, sa stature est incontestable et incontestée. Après les années d’exploration, il approfondit son langage – ses langages. Il expérimente avec des musiciens irakiens, célèbre sa Sicile natale dans des commandes publiques, travaille avec Jim Kerr de Simple Minds ou Natacha Atlas, écrit des opéras, se lance dans la réalisation de longs métrages de fiction…
S’il fallait lui trouver un équivalent français, il faudrait un kaléidoscope de références : la palette musicale d’un William Sheller, l’exigence poétique d’un Alain Souchon, la grâce mélodique d’un Julien Clerc… L’avant-gardiste rock et électro Jim O’Rourke parle de lui avec admiration tandis que les disquaires se frottent les mains à chaque nouvelle sortie d’album (en Italie, depuis les années 80, il a vendu des millions d’albums et Fleurs 2 y est déjà double platine depuis sa sortie en novembre 2008)…
Avant Fleurs 2, il y a eu Fleurs, en 1999. Une première promenade parmi ses chansons préférées, qui révèle l’ampleur de son univers personnel avec, notamment des versions italiennes de La Chanson des vieux amants de Jacques Brel, Et moi dans mon coin de Charles Aznavour et Que reste-t-il de nos amours de Charles Trenet, mais aussi Ruby Tuesday des Rolling Stones et J’entends siffler le train de Richard Anthony en versions originales. L’album est couronné du prix Tenco du meilleur interprète – l’équivalent italien d’une victoire de la musique. En 2002, Battiato sort Fleurs 3 (oui, il dynamite aussi l’ordre des nombres), avec notamment une version italienne d’Avec le temps de Léo Ferré et le lied de Richard Strauss Beim Schlafengehen.
Fleurs 2 est donc une nouvelle récidive, semée de surprises et d’audaces. Il reprend en français Il venait d’avoir dix-huit ans de Dalida et se lance dans un duo extraordinairement soul avec Anne Ducros, chanteuse de jazz française, sur Sitting On The Dock Of The Bay d’Otis Redding… Chanson italienne ? Pop internationale ? Il y a là, à la fois, l’inimitable classe d’un des plus grands interprètes européens et ce petit quelque chose d’universel qui transcende toute barrière de langue. Une force et une présence comme on rencontre toujours trop peu. Damnées frontières…




Vendredi 17 Avril 2009 - 00:00



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