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Brasilia fête ses 50 ans




Brasilia fête ses 50 ans
La futuriste capitale du Brésil, conçue notamment par l'architecte Oscar Niemeyer, fête son 50e anniversaire
Patrimoine de l'humanité depuis 1987, Brasilia, en fait une oeuvre conjointe imaginée par l'urbaniste Lucio Costa, le paysagiste Roberto Burle Marx et l'architecte Niemeyer, a été inaugurée le 21 avril 1960.

La nouvelle capitale du Brésil, censée symboliser l'union nationale au centre du pays, a été rendue célèbre par les bâtiments de Niemeyer.

"J'ai l'impression de débarquer sur une planète différente, pas sur la  terre", avait déclaré le cosmonaute soviétique Youri Gagarine en arrivant à Brasilia en 1961.

Le Parlement brésilien, avec ses deux demies-sphères inversées, ainsi que la cathédrale sont devenus immédiatement des symboles du géant sud-américain. Tout comme le palais du Planalto (siège de la présidence) et ses arcades en marbre, qui donnent l'impression d'être à peine posées sur le sol, ou encore le palais de l'Itamaraty (ministère des Affaires étrangères) semblant flotter sur un étang.
Autant de constructions, qui paraissent défier la gravité,  caractéristiques de Niemeyer.




                  Le Congrès national à Brasilia, oeuvre d'Oscar Niemeyer (AFP - Antonio SCORZA)


Située sur un haut plateau aride, à plus de 1000 mètres au-dessus du niveau de la mer, Brasilia  a été imaginée dès le XIXe siècle quand a surgi l'idée de rééquilibrer au profit de l'intérieur cet immense pays au littoral surpeuplé. C'est en 1955 que le président Juscelino Kubitschek donnera finalement le coup d'envoi à la construction de la nouvelle capitale. Cinq ans après, la ville est inaugurée.

Planifiée pour compter 600.000 habitants en l'an 2000, Brasilia en a aujourd'hui cinq fois plus. Et le rêve a parfois tourné au cauchemar car la ville symbolise également les problèmes sociaux du Brésil et sa discrimination criante. Tandis la cité abrite essentiellement une population de Le palais de Planalto, siège  de la présidence brésilienne, à Brasilia (AFP - Evaristo SA )fonctionnaires, les classes populaires qui y travaillent s'entassent dans des bidonvilles alentour de la ville. "Les profondes disparités sociales de la nouvelle capitale m'attristent  énormément", confie Oscar Niemeyer.

Ses détracteurs critiquent le "tout-voiture" - une obligation dans cette ville sans trottoirs où personne ne marche - et ses embouteillages. Ils s'élèvent également contre le cloisonnement des activités (le quartier des bureaux, des hôtels, des loisirs, des commerces...), ses immenses espaces vides et ses mornes fins de semaine que fuient tous ceux qui le peuvent.

Le palais de Planalto, siège de la présidence brésilienne(AFP - Evaristo SA )

Néanmoins, nombreux sont ceux qui apprécient sa tranquillité et sa  sécurité. Et, souvent, les jeunes qui y sont nés n'imaginent pas vivre ailleurs.

Comment Niemeyer voit Brasilia en 2010

Oscar Niemeyer le 4 avril  2007 (AFP - VANDERLEI ALMEIDA )
Oscar Niemeyer le 4 avril 2007 (AFP - VANDERLEI ALMEIDA)

L'immense architecte brésilien, âgé aujourd'hui de 102 ans, ne peut pas se déplacer pour les festivités marquant le demi-siècle de Brasilia. Motif: il souffre d'un problème de vertèbre. Détestant prendre l'avion, il préfère ne pas se rendre en voiture "si loin" de Rio, où il réside, à 1200 km de la capitale du Brésil. Il a accordé un entretien par écrit à l'AFP.

Qu'est-ce que Brasilia a représenté dans votre travail ? 

Cela a été un moment important dans le prolongement de ma recherche d'une architecture rénovée, libre et créatrice, que je défends depuis mes  travaux qui composent le 'Complexe de la Pampulha' à Belo Horizonte (1).

Aujourd'hui, auriez-vous des critiques à formuler sur la conception de la ville ? 

Je dis toujours que le plan pilote (en forme d'oiseau aux ailes  déployées) de Lucio Costa, le principal responsable de l'urbanisme de Brasilia , a été très bien conçu. Mais Brasilia a beaucoup changé. Les villes satellites, par exemple, se sont trop développées et sont trop proches du plan pilote.

Les profondes disparités sociales que la nouvelle capitale présente  m'attristent énormément. Il est évident que je comprends les problèmes qui découlent de la croissance de la métropole et qui représentent malheureusement le régime capitaliste, avec tous ses vices et ses injustices.

Quels sont vos principaux projets en cours ? Ceux que vous préférez ?

Parmi les projets brésiliens, il y a la tour digitale que j'ai dessinée pour Brasilia et l'Université latino-américaine à Foz do Iguaçu (sud). A l'étranger, j'aimerais attirer l'attention sur le port de la Musique à Rosario, en Argentine, et surtout sur le centre culturel que j'ai conçu à Aviles, en Espagne.

J'évite de répondre aux questions sur mes projets préférés. Je les ai tous réalisés avec enthousiasme et tendresse. L'oeuvre que j'aimerais le plus réaliser maintenant est peut-être le stade de football que j'ai dessiné très récemment et qui a une forme assez  surprenante.
(1) ville du sud-est du Brésil; projet achevé en 1943


L'"architecte de la sensualité"

Oscar Niemeyer le 17 février 1977 au  Havre, ville dont il a construit la maison de la Culture (AFP)A 102 ans, Oscar Niemeyer, qui a révolutionné l'architecture moderne, entend continuer à "surprendre". "Ce n'est pas l'angle qui m'attire. Ni la ligne droite, dure, inflexible. Ce qui
                                                      Oscar Niemeyer en 1977 au Havre
m'attire, c'est la courbe sensuelle que l'on trouve dans le corps de la femme", aime-t-il répéter.


                                                                                                                                                         
                                   C'est en 1940 qu'il fait la connaissance du futur président Juscelino Kubitschek, qui lui donnera la "joie", explique-t-il, de participer à la construction de Brasilia. "On voulait faire une architecture différente, qui crée la surprise, qui suscite un plus grand intérêt. On voulait faire des immeubles qui créent une 
certaine stupeur parce qu'ils étaient différents", a déclaré ce pionnier de l'utilisation du béton à l'AFP.

Grâce à ses bâtiments phares de Brasilia, il a remporté d'innombrables prix dont le Pritzker, considéré comme le Nobel  d'architecture, en 1988. Avec plus de 600 oeuvres à son palmarès et de nombreux projets en cours au Brésil et à l'étranger, ce petit homme frêle au regard vif est reconnu comme l'un des grands rénovateurs de l'architecture du XXe siècle. Surnommé "l'architecte de la sensualité", il est aussi un ardent militant communiste dans un pays marqué par les inégalités sociales.



Dans la cathédrale de Brasilia, dessinée par  Oscar Niemeyer (AFP - Evaristo SA )

                 Dans la cathédrale de Brasilia, dessinée par Oscar Niemeyer (AFP - Evaristo SA )

"Avoir 102 ans est une merde et il n'y a rien à commémorer", dit-il. Sauf le fait que le Brésil est devenu plus "égalitaire depuis l'arrivée au pouvoir d'un ancien ouvrier", le président Luiz Inacio Lula da Silva. Il a affirmé à la presse brésilienne "ne pas craindre la mort" et que, en dépit de toutes les campagnes anti-tabac, il ne pensait pas arrêter de fumer. "Mes petits cigares sont une vieille habitude que je cultive avec plaisir", explique-t-il.

Oscar Ribeiro de Almeida de Niemeyer Soares, né le 15 décembre 1907 à Rio, a fait la rencontre décisive du Français Le Corbusier en 1936 dans sa ville natale. Son premier grand travail sera le "complexe de la Pampulha" (à Belo Horizonte), achevé en 1943. 

L'architecte brésilien a participé notamment à la conception du siège des Nations unies (1952), à New York. Il a aussi dessiné le musée d'art contemporain de Niteroi (1996), près de Rio, célèbre pour sa forme de soucoupe volante.

La France, qui l'a accueilli pendant ses années d'exil alors qu'il fuyait la dictature militaire au Brésil, compte près d'une vingtaine de ses oeuvres. Parmi elles: le siège du Parti communiste à Paris (1965) et la Maison de la culture du Havre (1972).

Tous les jours, l'architecte continue à travailler avec son équipe dans son atelier aux grandes baies vitrées, situé face à la plage de Copacabana. "J'ai le même intérêt pour la vie que lorsque j'étais jeune. Ma recette, ne pas accepter la vieillesse, penser qu'on a 40 ans et agir comme si", expliquait-il à la veille des ses 100 ans aux côtés de sa nouvelle épouse de 38 ans sa cadette. Sa première union avec Annita Bildo, dont il a eu une fille, avait duré 76 ans.





Le ministère des Affaires étrangères à Brasilia (AFP - MICHAEL KAPPELER)


Mercredi 21 Avril 2010 - 00:49



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