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DE LA RECONSTRUCTION DU CHATEAU DE BERLIN A LA RECONSTRUCTION DES TUILERIES


En Sorbonne mardi 23 septembre 2008 à 18h15 Amphithéâtre Descartes, 17 rue de la Sorbonne, Paris 5ème Inauguration par le Professeur Georges Molinié, Président de l’Université Paris Sorbonne (Paris IV)



DE LA RECONSTRUCTION DU CHATEAU DE BERLIN  A LA RECONSTRUCTION DES TUILERIES
Après un premier cycle de conférences consacrées au contenu proprement dit de son projet, le Comité National pour la reconstruction des Tuileries, présidé par Alain Boumier, a choisi par une sorte d’effet de « zoom arrière » de nous en proposer une lecture à la fois plus mondialiste et plus philosophique. Ce choix a été couronné par le succès retentissant de la conférence du 18 juin dernier, il se poursuit avec une nouvelle conférence le 23 septembre prochain en l’amphithéâtre Descartes de la Sorbonne.

C’est l’occasion d’associer dans une même réunion trois approches subtilement complémentaires : les leçons d’une opération similaire : la reconstruction du château de Berlin ; une réflexion de fond sur la pertinence des reconstructions et une ponctuation très concrète sur l’expérience dont pourrait bénéficier le projet des Tuileries…

Cet enchaînement est captivant par la réflexion « en boucle » qu’il propose partant de l’exemple concret d’un cas d’espèce, puis dérivant vers la généralisation d’un débat d’idée pour revenir in fine vers le témoignage très concret d’un artisan de l’exécution.

Les acteurs qui illustrent avec talent ces différentes interventions sont : le professeur Michel Carmona, directeur de l’Institut d’urbanisme et d’aménagement de la Sorbonne, Wilhelm von Boddien directeur de la reconstruction du château de Berlin, Pierre-André Lablaude, inspecteur général des monuments historiques sur le thème de la restitution, Frédéric Didier, Architecte en chef des monuments historiques, puis Jean-Louis Bouvier en tant que sculpteur statuaire en monuments historiques et Juan Pablo Molyneux.

D’entrée de jeu, le professeur Carmona place la reconstruction des Tuileries dans le projet d’un Grand Paris actuellement en débat. Dans le cadre d’une réflexion globale sur la restructuration du centre historique de la capitale, les Tuileries retrouveront leur place essentielle dans l’équilibre de la cité et point de départ de la grande perspective autour de laquelle se développe tout l’ouest de Paris.

Mr Wilhelm von Boddien intervient ensuite pour tirer les enseignements de la saga de la reconstruction du palais royal de Berlin, qui pourront être utiles à la cause des Tuileries. Témoignage édifiant puisqu’il réunit la plus large panoplie de similitudes avec le projet de reconstruction des Tuileries : Situation centrale dans la capitale historique d’une nation, Caractère patrimonial majeur de l’œuvre architecturale en cause, rôle structurant essentiel joué par elle comme ordonnateur de la ville et de son urbanisme, ancienneté de sa destruction, engagement d’un effort populaire en faveur de sa reconstruction.

Le conférencier insiste sur la persévérance, voire l’entêtement, nécessaires pour mener à bien un projet aussi ambitieux face aux tenants du statu quo. Il souligne également avec beaucoup de pertinence l’importance prise dans l’argumentaire en faveur de la reconstruction par la valeur symbolique d’une telle restitution où le bâtiment dépasse la dimension simplement patrimoniale pour accéder au statut de représentation identitaire de la nation. Il y atteint par sa permanence, par sa position de pôle référent au delà de toutes les péripéties conjoncturelles des contextes politiques.

Cet exposé abondamment illustré des vues figurant l’état antérieur, l’état actuel ainsi que les simulations mises en place sur le site est suivi par les interventions complémentaires de MM. Lablaude et Didier, intervenant en particulier sur le site majeur du château de Versailles tant au niveau du bâti que des aménagements intérieurs ou du mobilier. Particulièrement brillantes, leurs interventions visent à clarifier au fond le débat sur la notion même de reconstruction ou restitution.

M. Lablaude s’y emploie tout d’abord en détaillant successivement l’ambigüité de ces notions par rapport à la culture internationale, leur réalité par rapport aux pratiques françaises puis en évoquant nombre d’exemples contredisant la doctrine du maintien en l’état final de ruine.

Il évoque à cet effet avec brio les temples classiques extrême-orientaux périodiquement rebâtis sans perdre pour autant une once de leur aura et de la valeur patrimoniale, poursuit avec notre propre pratique nationale qui voit la plus part de nos chefs d’œuvres architecturaux pierre à pierre rebâtis par le seul biais des campagnes de conservation successives sans qu’il n’y subsiste plus aucun composant authentique, puis conclut en rappelant les nombreux exemples de reconstruction réalisés ici ou là après des durées variables et sans qu’aucune règle de causalité n’y préside : dommages de guerres, incendies accidentels, catastrophes naturelles…

Ce parcours spectral permet non seulement de réduire à néant les argumentaires sur l’authenticité des matériaux utilisés pour les reconstructions mais également de relativiser la notion de décalage entre le temps de la destruction et celui de la restitution comptabilisés à l’aulne intemporelle des chefs d’œuvres de l’humanité.

Dans sa suite, Frédéric Didier apporte un témoignage très concret sur le site du château de Versailles illustrant parfaitement les observations de Pierre-André Lablaude : Si l’on prend au pied de la lettre les critiques des tenants de l’authenticité des ouvrages, alors le château de Versailles est un faux ; et qui plus est un faux à double titre : au motif du remplacement des matériaux d’origine et à celui de la restitution de configurations architecturales et décoratives originelles qui ont été altérées au cours du temps. Cette constatation est à son tour illustrée par nombre d’exemples sur l’architecture des façades, sur les architectures intérieures avec le cas exemplaire de la réfection du théâtre et sur les aménagements extérieurs, jardins, fontaines et jusqu’à la ferme de Marie-Antoinette pratiquement intégralement reconstruite.

Pour compléter ces démonstrations successives, il ne manque que la présence d’un artisan-artiste pour apporter la preuve et la garantie que la reconstruction des Tuileries demeure un objectif faisable en termes de savoir-faire et de compétences artisanales.

Non seulement Jean-Loup Bouvier apporte pleinement cette caution, mais il le fait avec une forme de rudesse pragmatique propre à l’artisan, alliée à une intraitable exigence d’artiste. Il insiste sur l’urgence qu’il y a à promouvoir des chantiers nationaux sur notre patrimoine bâti dans le moment où le soutient financier de l’Etat se fait moins présent. La sauvegarde du savoir artisanal en de nombreux secteurs est à ce prix.

Le célèbre architecte décorateur Juan-Pablo Molyneux apporte la conclusion à cette série d’exposés passionnants par une proposition de simulation partielle de l’ancien Palais à l’instar de ce qui a été réalisé à Berlin par une toile peinte. Mais en l’occurrence son projet va plus loin et comprend la simulation des deux façades, côté cour et coté jardin, avec dans le volume ainsi créé un espace temporaire d’expositions.

Enfin Alain Boumier rappelle les bases fondamentales du projet proposé en PIG (projet d’intérêt général) : pas de contribution financière de l’Etat ni de la ville de Paris, bail à construction du même type que ceux concédés par l’Etat pour la galerie commerciale du Carrousel (80 ans) et le parking souterrain (70 ans), pendant la durée desquels l’Etat propriétaire du terrain n’a aucun frais à sa charge. Au terme du bail emphytéotique le tout est remis gratuitement à l’Etat.

Jean-François Legaret, Mairie du 1er - l’arrondissement des Tuileries – approuve le projet et en appelle au Chef de l’Etat.

Jeudi 18 Septembre 2008 - 15:36



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