Connectez-vous S'inscrire

Darkel - 1er album solo de la moitié de AIR

Sortie le 18 septembre




Surtout, ne pas se fier aux premières notes glaçantes, à ce gimmick légèrement traumatisant, comme échappé d’une B.O. d’épouvante, mais qui introduit au plus pacifique des messages : Be my friend. Bienvenue au contraire à bord de Darkel, projet solitaire en forme de voyage sonore signé Jean-Benoît Dunckel, connu pour d’autre trips fameux depuis dix ans à bord d’un engin à deux places nommé Air. Déminons d’emblée la question que toute la galaxie se posera à voyant arriver seul un de ses membres : le duo ne s’est pas désintégré en vol.

Il est au contraire en pleine activité puisque, après avoir terminé un album pour Charlotte Gainsbourg il est déjà en studio pour mettre en boîte avant la fin de l’été son quatrième opus. Pourtant, Darkel n’est en rien un side-project dilettant conçu à ses heures perdues par Dunckel, et encore moins un disque hémiplégique destiné à satisfaire quelque ego capricieux. Il s’agit d’un premier album, avec l’innocence et la spontanéité émerveillée qui caractérisent les premières fois, et c’est en même temps le réceptacle ambitieux et érudit d’un musicien aux idées longues qui cherchait à donner corps à plus de dix ans de recherches sonores. Darkel est également la première référence d’un jeune label, Source etc., qui n’est autre que le phénix ressorti des cendres d’une officine bien connue, qui fut jadis la maison mère de son groupe. Un retour aux sources symbolique s’il en est, même si Darkel s’inscrit résolument dans le monde d’aujourd’hui, anticipant même souvent quelques paysages vierges, ce qui ne lui interdit pas des rappels non dissimulés aux musiques qui ont marqué durablement sa mémoire. Entre l’envie de table rase – à l’image du virulent TV Destroy qui s’amuse des aliénations domestiques – et ce naturel besoin de racines (Bowie, Kraftwerk…), Darkel parvient à un juste et subtil équilibre sur lequel repose l’édifice fragile de ses chansons.

Jean-Benoît Dunckel a beau être l’un des hémisphères de Air, ce n’est pas la moitié d’un compositeur. Parmi les mélodies, les thèmes, les illusions sonores qu’il accumule de son côté depuis des années, certaines iront naturellement irriguer le tronc commun du groupe. Et puis il y a les autres, trop personnelles, bizarres, ou trop achevées aussi pour s’en trouver bouleversées à quatre mains. Celles-ci, selon un tri intuitif, iront à Darkel. A propos, n’allons pas chercher de significations ésotériques à ce nom, qui relève juste d’une petite équation de noms propres : Dunckel = Dark en Allemand. Dark + la moitié de Dunckel = Darkel. Vous suivez ? Bon, reprenons aux origines discrètes et nullement préméditées de ce projet. Tout a commencé en réalité du jour où Jean-Benoît a entrepris de construire son propre studio, qu’il baptisera Prototyp recording studio : « le chantier du disque a démarré dès le câblage», précise-t-il, comme pour appuyer ce sentiment, que chacun éprouvera en écoutant l’album, qu’il s’agit bien d’une œuvre faisant autant appel à l’imaginaire qu’au rationnel, parfaite symbiose d’un homme et de son outil, de l’affect et du geste, comme la matérialisation sonore d’une longue rêverie dont le studio, façon chambre noire, serait en quelque sorte le révélateur. On est ici chez un artisan du futur qui aime pourtant les sons analogiques, les prises (de son, mais aussi de risque) à l’ancienne, la patine infiniment vallonnée et profonde de ces instruments qui évoquent un temps où la pop-music était encore un art naïf, une belle et noble utopie racontée avec des notes, des harmonies, des mots, des filtres et des effets. Perpétuellement en quête de l’accord parfait, c'est-à-dire celui qui procure sans prévenir une sorte de convulsion extatique hors du commun, Darkel est avant tout un laboratoire dédié à la recherche émotionnelle. Il a aussi pour ambition d’être parfaitement étanche aux ondes extérieures, telle une bulle hors du temps, un mini-monde clos et pourtant terriblement accueillant. Il est ainsi beaucoup question de boucle, de cercle, de rondeur, tout au long de ces dix plages aux températures et aux éclairages contrastés. Le cercle des amis de Be my friend (morceau d’ouverture qui ne déroutera pas trop les candidats aux trips rétro-psychédéliques de 10 000 Hz Legend), le cercle du soleil (My own sun) de la terre (Earth, parti pour être un boléro, et qui a tourné au dub futuriste), de cette Pearl aux reflets surnaturels, l’arrondi toujours trompeur de ces mélodies amniotiques qui sont en réalité le produit d’une grande maîtrise dissimulée derrière un voile de fausse candeur : cette voix mi-homme mi-enfant, ou mi-androïde mi-androgyne. Ce disque est à l’évidence celui des petits miracles, comme celui qui a présidé à l’écriture de At the end of the sky, charmant et scintillant premier single aux accents de perfect pop-song qui est pourtant né d’un demi-sommeil au cours d’un voyage en train, lorsque Jean-Benoît entendit cette mélodie colorée… à travers le bourdonnement répétitif des machines filant à vive allure sur les rails.

Composé, écrit, enregistré majoritairement en solitaire, le premier album de Darkel a toutefois reçu la visite de quelques musiciens additionnels pour des ajouts de couleurs ça et là. Il s’agit à la fois d’un disque simple, léger et pop, souvent up tempo (TV Destroy, Beautiful woman), mais dont s’échappe au fil des écoutes des émanations de plus en plus enivrantes, déroutantes, notamment en raison de sa richesse instrumentale qui rappelle au souvenir de certains grands sorciers de studio. Il a enfin bénéficié des conseils précieux d’un certain Kevin Leadbetter qui a peaufiné la tournure anglaise des textes, puis il a reçu à l’étape finale du mixage la touche inimitable de Stéphane « Alf » Briat, l’un des plus anciens membres de la nébuleuse Air puisqu’il mixa à l’époque l’un de leurs premiers singles ainsi que le fameux Moon safari qui correspondit à leur mise en orbite internationale. On souhaite désormais au satellite Darkel d’aussi glorieuses destinées.

Vendredi 15 Septembre 2006 - 21:44
sur cette page