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Disiz, le grand retour avec son single MOISE




Disiz, le grand retour avec son single MOISE
Autant commencer par les choses qui fâchent : oui, Disiz avait tiré sa révérence et lâché le milieu du rap, le majeur en l'air et le dégoût aux lèvres. Voilà qu'il revient. Et alors ? Alors tant mieux. Parce que franchement, La Peste nous avait manqué.

Oh, Disiz n'était pas très loin, à peine dissimulé sous l'alias Peter Punk, son alter ego nourri de références rock. L'occasion d'explorer de nouveaux territoires, de partir à l'assaut de scènes inexplorées, de jammer avec des musiciens venus d'ailleurs que des cités autodidactes. « J'étais vraiment convaincu quand j'ai dit que j'arrêtais.

J'étais focalisé sur les gens qui n'aimaient pas ma musique, je négligeais ceux qui m'appréciaient. À travers le sample, j'ai eu un coup de foudre pour le rock. Et en fait, je me suis rendu compte que j'avais ma place dans le rap game ». La réponse aux haineux ? Un titre explicite en forme d'explication, « Un Frigo, Un Coeur, Des Couilles ».

« J'ai besoin de dire pourquoi je suis de retour. Je sais rapper, j'aime ça, et je ne devrais plus le faire pas parce que j'ai juré à moi-même que j'arrêtais ? Ben non ! Je reviens. Un frigo parce que j'ai quatre enfants et besoin de sous. Un coeur parce que je fais ça sincèrement. Et des couilles parce que je m'en bas les reins de ce qu'on va dire.

Avant ça m'affectait, maintenant je m'en fous. Je suis un adulte, j'ai 33 ans, et j'accorde plus d'importance aux gens qui m'aiment qu'à ceux qui prétendent que j'ai trahi ». Il faudra s'y faire, jamais Sérigne, alias Disiz, ne jouera la carte de la démagogie ou du mensonge. Il apprécie les valeurs à l'ancienne et les flows à la pointe de la modernité, et il a fait un détour par la littérature pour donner à ses rimes un second souffle.

Après Les Derniers De La Rue Ponty, son premier roman paru en 2009, Disiz récidive : son second livre René sort début mars, peu de temps avant Lucide, un EP qui est lui-même le prélude à un grand album prévu pour la rentrée 2012, Extralucide. « J'ai d'abord voulu faire une mixtape. Et puis on m'a suggéré de sortir un EP six titres, avec trois titres rap forts et trois autres qui amènent sur l'album ».

Décomplexé, Disiz multiplie les phases parfumées à la nitroglycérine sur « Toussa Toussa » (« MC enlève ton masque, ton rap se maquille »), « J'Ai La Haine » (« J'ai la rage d'Aimé Césaire et de Franz Fanon, la solution, tout niquer, je ne dis pas non. Parfois je suis Martin, parfois je suis Malcolm, un jour je suis Ghandi, le lendemain Newton, j'ai l'amour comme Marley, la haine comme Gil Scott-Heron, je suis en paix sur Michael, j'ai le blues sur Simone ») et le très attendu « Bête De Bombe 5 », avec un featuring inattendu, celui de sa fille pour un ego trip familial (« Ma mère elle fait les meilleurs gâteaux du monde, alors casse-toi ! »).

Les trois autres chansons annoncent la suite. En partie conçues au Labomatic avec l'équipe de Dominique Blanc-Francard, elles ont des arrangements plus complexes, tout en restant clairement en territoire hip-hop.



Une dichotomie qui a été la source de quelques frictions en studio. « DBF a eu un coup de foudre artistique sur deux titres. J'étais enchanté, sur le papier c'était trop bien. Mais juste avant d'entrer en studio, j'ai bien expliqué que je voulais garder mon côté rap. Il a dit d'accord, mais quand il a fallu faire certains choix, il a voulu gommer le côté hip-hop, pas moi ».

Reste que les titres enregistrés avec Marc Chouarain aux claviers, Jan à la guitare, Manu Dyens à la batterie et Le Pil à la basse donnent une bonne idée de ce que sera Extralucide : « Moïse » et « Mon Amour » sont des chansons épiques, ambitieuses sans être prétentieuses, l'alliance d'une volonté d'ouverture et d'une base farouchement authentique. « L'authenticité, pour moi ça veut dire quelque chose.

Ça n'est pas pareil que "street crédibilité", ça je n'en ai rien à foutre. Mais parler de ses forces et de ses faiblesses, j'aime. Pour moi, un artiste, c'est ça ». Lucide, six titres pas politisés pour faire rêver, pour faire rigoler, pour faire pleurer. Parfois pour se vanter.

Six titres d'un rappeur qui reprend son rôle, change les règles et se fait plaisir. « Je suis content de revenir dans mes baskets. Le côté taquin, "Vous êtes nuls, je suis fort", c'est un des fondamentaux du rap. Il faut prouver qu'on sait encore jongler, qu'on est fort en foot... C'est dans le cahier des charges ! Il faut kicker, sinon ça n'est pas vraiment du rap. Je sais le faire, je sais que les gens aiment bien. Et il y a un petit message derrière ». Disiz, only the beginning.

Olivier Cachin

Vendredi 9 Mars 2012 - 03:26



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