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Ecoutez Hurt - Rapture




« Pourquoi le groupe s’appelle-t-il Hurt ? », demande l’homme de devant à J. Loren avec une intensité particulière.

« Avez-vous écouté le CD ? Est-ce que cela vous semble approprié ? »

« J’ai senti que c’était le mot juste, » poursuit-il, « il fallait que ce soit ce nom et pas un autre. »

Et en effet, ce jeune groupe et son ambitieux premier album sont vraiment à la hauteur de ce nom. L’album oscille entre le murmure et le rugissement, la mélodie et la brutalité, la puissance et le fracas des accords et la douceur des envolées acoustiques. Le son de « Hurt » est le produit de la rencontre de ces extrêmes, qui se présente sous une indication de la mesure irrégulière avec orchestration, rien que ça ! Et pourtant, alors que l’album ne semble être que foudre et tonnerre, soudain, à la huitième chanson, le son enjoué de « Danse russe » s’élève, comme une embellie après l’orage, et la mélodie joyeuse alliée à la douceur des guitares acoustiques font apparaître le groupe sous un jour complètement différent.

L’inspiration de Tool, de Nirvana et de la période intermédiaire de Metallica est présente dans tout l’album, mais il faut reconnaître que Hurt a su créer un son remarquablement personnel pour un premier album. Le son est assez traditionnel pour être diffusé sur les radios rock, mais reste cependant assez inhabituel et nerveux pour séduire un public alternatif : la combinaison de ces deux extrêmes reflète la personnalité des deux membres « historiques » du groupe.

Le texte des chansons, le chant et la guitare sont portés au départ par J. Loren, 24 ans, pur produit d’une éducation stricte, originaire d’une Virginie rurale, nourri de musique classique et de gospel, modelé par une éducation religieuse et un enseignement à domicile. Il a étudié le violon classique, est capable de jouer pratiquement de tous les instruments à cordes et, comme il le dit lui-même, « en a joué pas mal lors de fêtes de village ». Seul interdit : le rock. Il n’avait d’ailleurs jamais entendu de rock à proprement parler, jusqu’au jour où, âgé d’une dizaine d’années, il explique « Je me suis retrouvé chez un copain, il y avait un clip de Pearl Jam à la télé, « Jeremy ». Ce jour-là, ça a été comme une révélation : la musique classique, c’était la seule musique qui m’avait emmené aussi loin. » Il cite d’ailleurs Vivaldi comme sa principale influence.
Le yin qui est venu compléter le yang de J., c’est le batteur Evan Johns, un enfant d’Hollywood, élevé dans un milieu on ne peut plus rock : son père est Andy Johns, le producteur de Led Zeppelin, des Stones, de Joni Mitchell, Rod Stewart, Free, Television, Cinderella, Van Halen et bien d’autres, son oncle Glyn Johns a produit quant à lui les Who, les Stones, les Kinks, les Eagles, Clapton, Faces (et on pourrait continuer comme ça encore longtemps) ; enfin, son cousin, Ethan Johns, a rempli les mêmes fonctions auprès de Emmylou Harris, Ryan Adams, Kings of Leon et Rufus Wainwright.

On s’imagine bien le petit Evan faisant ses devoirs au milieu de prises de vues de « Almost Famous » et la réalité n’est pas si éloignée que ça. « Alors que j’étais encore à l’école primaire, je passais beaucoup de temps avec les membres de Cinderella et de Van Halen, ils venaient souvent dîner ou passer des vacances avec nous », se souvient-il. « Et moi, je traînais toujours du côté du studio d’enregistrement. Pour moi, l’instrument le plus cool a toujours été la batterie et j’ai harcelé mon père à tel point que vers mes cinq ans, il nous a acheté, à moi et à mon frère, une batterie pour enfant ».

Pourtant, on ne peut pas dire qu’il ait été encouragé dans ses premiers efforts : « Lorsque j’ai commencé à donner mes premiers coups de baguettes, mon père m’a dit que je n’avais aucun talent et que je ferais mieux d’arrêter. Mais après un certain temps, il a changé d’avis, « T’es pas si mauvais en fait, allez, continue ! ». C’est ce qui m’a poussé à persévérer, tous les jours, je m’entraînais pendant quatre heures après l’école. »

Il n’était pas encore un adolescent qu’il commençait à faire de petits concerts. « J’ai joué dans des groupes avec des musiciens de 30 et 40 ans, j’attendais à l’extérieur jusqu’à ce que vienne le moment de jouer, parce que j’étais mineur. Puis, je rentrais à la maison avec maman, parce que j’avais école le lendemain. » Pendant ses années de lycée, il a essentiellement joué du jazz pour développer son vocabulaire, mais il a replongé dans le rock après l’obtention de son diplôme de fin d’études secondaires, s’est mis à jouer dans plusieurs groupes, « essentiellement de hard rock », jusqu’à ce qu’un jour…

« Un jour, un ami de mon père m’a fait écouter quelques chansons de J. ; il m’a dit « Andy, c’est génial, tu vas voir, fais pas attention à la batterie, écoute juste le chanteur » ; et puis mon père lui a glissé : « Si tu cherches un batteur, tu devrais jeter un œil à ce que mon fils sait faire. »

Pendant ce temps, J. enchaînait les concerts et voyait défiler les musiciens, toujours sous le nom de Hurt et sa frustration ne faisait qu’enfler.

« J’ai failli tout plaquer », se souvient-il, « à l’époque, j’étais consultant dans une boîte de technologie, je m’occupais des contrats, j’étais fiancé et très, très triste à l’idée de laisser tomber la musique. C’est à cette époque que j’ai décidé de me laisser une dernière chance… »


Quelques mois plus tard, à Los Angeles, l’ami du père d’Evan, suivant le conseil de ce dernier, s’est arrangé pour mettre J. Loren dans un avion, direction L.A., afin qu’il rencontre Evan et fasse un essai d’enregistrement avec lui. « Quand je suis entré dans le studio avec J., j’ai tout de suite senti que j’avais un truc à faire avec lui », se souvient Evan. « On a commencé à enregistrer en août 2004, dans l’idée de faire un test, du genre « OK, on va enregistrer ces versions démo et puis on verra bien ce que ça donne ». Et vous savez quoi, j’ai adoré ça ! »

Bien sûr, ça ne s’est pas fait comme ça. « La première fois que j’ai rencontré J., c’était franchement bizarre, parce qu’on avait juste parlé au téléphone, on essayait de trouver un feeling à des milliers de kilomètres de distance… Et quand il est arrivé ici, j’ai tout d’abord pensé, mais qu’est-ce que c’est que ce type ? On ne va pas pouvoir se comprendre, il est tellement bizarre et sombre… Et puis, quand on s’est mis à jouer tous les deux, je me suis dit « Ok, cool, maintenant, je sais ce que j’ai à faire ici et je me sens à l’aise pour ça ». Et pour couronner le tout, avec le temps, je me suis rendu compte qu’il avait un cœur en or. » Pendant quelques mois, J. et Evan ont mis au point pas mal de morceaux avant d’entrer en studio pour travailler sur deux albums, dont le premier, « Vol. I ». Au départ, ils ont été rejoints par l’ex-bassiste de Beck, Justin Meldal Johnson, suivi par deux musiciens du New Jersey, Paul Spatola, guitariste, et Josh Ansley, bassiste.

Amener J. à parler des émotions et de l’inspiration qui transparaissent dans ses chansons n’est pas une mince affaire. Dans la chanson « Rapture », on peut lire « Elle jurait qu’elle avait entendu la voix de Jésus / Qui lui disait « Tu n’aurais pas du le garder » / Et tu sais quoi ? Il me ressemblait. ». Dans « Falls Apart », il chante « Notre peau se déchire à mesure que nos souvenirs s’évanouissent avec le temps / Et nous ne le réalisons qu’une fois qu’ils ont disparu… Pauvre de moi. »

« Je cherche plus à faire passer des principes qu’à raconter ma propre histoire, pour que les gens puissent trouver une résonance dans leur propre vie », explique J. Il admet que « Rapture » parle du « danger qu’il y a à vouloir se poser en dieu », que « Danse russe » s’inspire de l’œuvre du poète William Carlos Williams et « de deux jours passés avec une personne adorable », et qu’il a écrit « Losing » après avoir vu ce dont Evan était capable à la batterie. « Je lui ai fait comme ça [il ricane sinistrement], « Hé, mon pote, j’ai un truc pour toi ! » »

Et quant à l’intensité qui emplit tout ce que à quoi touche son groupe, J. Loren conclut simplement : « Si ce n’est pas pour toucher le public d’une manière ou d’une autre, autant ne rien faire du tout. »

VOL.1
SORTIE LE 19 JUIN EN DIGITAL
SORTIE LE 11 SEPTEMBRE EN CD

Jeudi 6 Juillet 2006 - 04:39
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