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Enchères - Collection YSL, c'est déjà la vente du siècle !


La collection Yves Saint Laurent-Pierre Bergé a déjà battu le record mondial de vente d'une collection privée, juste après son ouverture lundi soir sous la nef du Grand Palais à Paris.
Parmi les objets mis en vente, des Picasso, des Matisse, des Mondrian et des pièces antiques chinoises.



Avant son ouverture, on la surnommait déjà la vente du siècle. Prédiction justifiée : en une seule soirée, elle a battu six records, dont celui de la plus grosse vente de collection privée jamais effectuée ! Pendant trois jours, de lundi 19h à mercredi, 733 œuvres d'art, toutes appartenant à la collection Yves Saint Laurent-Pierre Bergé, l'une des plus grandes collections privées, sont vendues à Paris. Le produit de la vente, qui promet de réunir les collectionneurs du monde entier, était estimé à entre 200 et 300 millions d'euros. Mais, vers 21h30 lundi soir, la collection YSL-Bergé battait le record mondial de vente d'une collection privée, avec 206 millions d'euros d'oeuvres cédées ! La précédente plus grosse vente d'une collection privée avait recueilli l'équivalent de 163 millions d'euros en 1997 à New York, pour la collection Victor et Sally Ganz.

Déjà, une heure après le début de la vente, une sculpture de Constantin Brancusi battait un record. "Madame L.R", une des pièces majeures de la collection, a été adjugé à plus de 29 millions d'euros, un record pour cet artiste français d'origine roumaine du XXe siècle. L'oeuvre, estimée entre 15 et 20 millions d'euros hors frais, a été vendue à un acheteur par téléphone. Puis un tableau de Matisse, "Les coucous, tapis bleu et rose", a été vendu 32 millions d'euros, soit un record mondial pour ce peintre français. Records également pour une oeuvre de Marcel Duchamp, un flacon de parfum dans sa boîte en carton détourné par l'artiste (Belle haleine - Eau de voilette) est parti à 7,9 milliojns, un Piet Mondrian ("Composition avec bleu, rouge, jaune et noir") à 19,2 millions EUR, et un James Ensor ("Le désespoir de Pierrot") à 4,4 millions. Un Picasso, pourtant présenté comme le clou de la collection, n'a en revanche pas trouvé acquéreur, la meilleure offre à 21 millions d'euros n'ayant pas atteint le prix minimum demandé par le vendeur. "Je suis très heureux parce que je vais le garder", a réagi Pierre Bergé. "Non seulement ma vente a atteint une somme inestimable, mais en plus j'ai gagné un Picasso", a-t-il plaisanté.

"Coups de foudre"

Déjà ce week-end, des milliers de visiteurs se sont pressés au Grand Palais pour admirer les œuvres exceptionnelles mises en vente. Parmi elles, des Picasso, des Matisse, des Mondrian mais aussi des meubles Art Déco, des bronzes, des tapisseries... Une collection abritée dans les diverses demeures d'Yves Saint-Laurent, décédé le 1er juin dernier, et de son compagnon Pierre Berger, et assemblée par "coups de foudre" communs, explique Pierre Bergé dans le préambule du catalogue de la vente. Après la mort du couturier, cette collection a "perdu une grande partie de sa signification", ajoute l'homme d'affaires qui se sépare de ces objets "sans regret et sans nostalgie", souhaitant "que tout ce que nous avons aimé avec tant de passion trouve place chez d'autres collectionneurs". L'argent récolté ira à la Fondation Bergé-Saint Laurent, où est rassemblée l'œuvre du couturier, ainsi qu'à la recherche médicale, notamment sur le sida.

Pour François de Ricqlès, vice-président de Christie's France qui organise la vente, la collection est "extraordinaire à tous les points de vue", par la personnalité de ceux qui l'ont réunie, véritables "princes de la Renaissance", ou la rareté de nombreuses pièces, conjuguée à leur état impeccable de conservation. A leur provenance s'ajoutent la "provenance de la provenance" - les œuvres sont passées par les mains de Jacques Doucet, Hubert de Givenchy ou Fernand Léger - et la "transversalité" d'une collection qui réunit tableaux modernes, mobilier Art Déco, bronzes baroques, argenterie ancienne, statues antiques, émaux, camées, minéraux...

100 lignes de téléphone, 1.200 chaises

Parmi les pièces incontournables, la sculpture Madame L.R de Brancusi, estimée à entre 15 et 20 millions d'euros, jamais apparue sur le marché, deux banquettes signées Miklos (2-3 millions d'euros), le "fauteuil aux dragons" d'Eileen Gray (2-3 millions) ou encore le flacon "La belle haleine, Eau de voilette" de Marcel Duchamp (1-1,5 millions). Et c'est sans compter le clou de la vente : un Picasso cubiste estimé à entre 25 et 30 millions d'euros. La première vacation du lundi soir, dédiée aux tableaux modernes, pèse à elle seule pour plus de la moitié du chiffre global d'estimation. Un montant resté "grosso modo le même qu'avant la crise. Il était déjà raisonnable", estime François de Ricqlès, qui concède que quelques prix ont été baissés, comme celui du Picasso.

A vente exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Le catalogue de l'exposition comprend cinq volumes, 1.800 pages, pèse 10 kg et coûte 200 euros. Huit commissaires-priseurs - six de Christie's et deux Bergé vont être mobilisés sur la vente. Pour l'occasion, 100 lignes de téléphone et 1200 chaises pour les collectionneurs présents ont également été installé. "Tous les collectionneurs et les marchands du monde sont à l'affût", résume un habitué du marché de l'art. Seul accroc vite balayé, un contentieux autour de deux pièces antiques chinoises, estimées chacune 10 millions d'euros. Finalement, un juge du tribunal de Paris a rejeté lundi soir, juste avant l'ouverture de la vente, le référé déposé par l'association française qui réclamait la suspension de la vente de ces deux bronzes chinois. Et une petite frayeur samedi pour la maison Christie's quand une statue estimée à plusieurs dizaines de milliers d'euros a perdu un bras après avoir été renversée par un manutentionnaire. Mais promis, la statuette sera réparée à temps pour être vendue.

Mardi 24 Février 2009 - 05:01



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