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Forest National: 40 ans de vibrations




Forest e 8 octobre 1970, en étant les premiers à monter sur la scène de Forest National, les danseurs du Ballet du XXe siècle, de Maurice Béjart, ignoraient sans doute ce soir-là qu’avec la Neuvième de Beethoven, ils allaient marquer l’histoire d’une salle qui fête cette année son quarantième anniversaire. Maurice n’est plus là pour nous en parler, pas plus qu’Ella Fitzgerald qui, le 3 décembre 1970, était la première chanteuse à se produire sur la scène forestoise.

Paul Ambach, qui, jusque dans les années 2000, fut celui qui, au sein de la société Make It Happen puis Live Nation, y a organisé le plus de concerts anglo-saxons, s’en souvient bien : « Le concert d’Ella était organisé par Jacques Nellens, du Casino de Knokke, avec l’Américain Norman Granz. Comme j’étais fan de James Brown, j’ai contacté Granz pour lui proposer de l’inviter à Forest. Ce fut mon premier concert organisé là (NDLR : le 28 février 1971). Le Cirque de Moscou venait de s’y produire. Avant ça, j’avais invité John Lee Hooker et Muddy Waters à l’Université d’Anvers où j’étais toujours étudiant en linguistique. J’ai été le pionnier, le Lindbergh du rock’n’roll. J’ai amené à Forest tous les grands groupes. Les Stones en 73 mais aussi Sinatra en 75. Mon meilleur souvenir ? Bob Marley (NDLR : 22 juin 1980). Il m’a sidéré par sa présence. Il était comme un demi-dieu descendu sur scène. En quelques jours, ce mois-là, j’ai fait Led Zep, Roxy Music, Santana, Fleetwood Mac et Marley. Cinq parmi les plus grands. »

Le succès de Forest National ne s’est pas fait attendre. La plus grande salle de Bruxelles comblait un manque. Le Cirque royal, l’Ancienne Belgique, les Beaux-Arts ou de plus petites salles comme le Théâtre 140, le Classic ou le Beursschouwburg étaient devenus trop étroits.

Avec sa forme ovale et son effet de baignoire, de cuve, comme on a souvent dit, la salle offre une ambiance très particulière, tant pour l’artiste que pour le public.

Et puis les temps ont évolué : la musique est devenue un produit de consommation courante. Forest National est devenu trop petit. En 1995, la capacité de 8.000 (debout) ou 5.500 (assis) est passée, avec le balcon, à 10.000 (debout) ou 8.000 (assis).

Qu’à cela ne tienne : le Sportpaleis d’Anvers et sa capacité d’accueil de 16.000 personnes, ainsi que les « plein air » (stade Roi Baudouin, Werchter, les festivals…), sont toujours de rudes concurrents. Tout comme les 8.000 places du Lotto Arena.

« Les tournées passent par de plus en plus de pays et les artistes prennent les dates les plus payantes, celles qui réunissent le plus grand nombre, rappelle Paul Ambach. Ils ne peuvent plus faire trois fois Forest. Moi, je crois encore dans cette salle. J’en suis d’ailleurs toujours le proprio à 25 %. La salle est devenue polyvalente. On peut y organiser des concerts de 3-4.000 personnes. Elle est bien située. Le projet de salle au Bemt, près du ring est une belle idée mais ça n’avance pas. »

Forest National traîne depuis toujours une réputation exécrable d’un point de vue acoustique. Alors, info ou intox ? « C’est faux. Cela dépend des paramètres techniques, de la production et de l’ingénieur du son. Plus le son va fort, plus il est difficile de faire du bon boulot. Cette salle a une acoustique parfaite quand on veut. Ce que j’aime, c’est le côté rond de la salle. L’artiste est dans le public et les gens se sentent ensemble. »

Philippe Kopp, au sein de la société Sound & Vision, puis Live Nation, a également organisé à Forest de nombreux concerts importants : « Notre premier était celui de Talking Heads et B-52’s (NDLR : le 10/12/80). Ça reste aussi mon plus grand souvenir car on ne s’attendait pas à voir débarquer 5.000 personnes. Je n’oublierai jamais non plus Fela Kuti. On s’y était mis à quatre pour l’organiser. Et puis, bien sûr, il y a la série des dix concerts de Jean-Jacques Goldman. C’était formidable. Il ne voulait pas faire une plus grande salle, ni Bercy d’ailleurs. »

Philippe Kopp rejoint Paul Ambach tant sur l’avenir de la salle que sur son acoustique : « Pour l’acoustique, c’est n’importe quoi. Les concerts peuvent avoir un très bon son comme un très mauvais, cela n’a rien à voir avec la salle. Une fois que les gens ont un préjugé en tête, c’est très difficile de le leur ôter. L’acoustique du Sportpaleis est peut-être meilleure ? Forest National a, selon moi, un bel avenir, surtout pour les artistes français. Mais cette salle doit s’adapter. Le problème le plus important est le parking. Il faut aussi réfléchir à un plan mobilité qui ne se fasse pas sur le dos du public. Puis, il faudrait aussi une vraie collaboration avec la commune et aussi réfléchir à un meilleur accueil des artistes, l’aménagement des loges notamment. »

Comme les artistes, on a tous laissé à Forest National des souvenirs. Bons ou mauvais. On ne retient que les meilleurs, ceux qui nous ont éblouis, émus, fait pleurer… Et ce n’est pas près de se terminer !

Dimanche 3 Octobre 2010 - 09:23



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