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GENTLEMAN - Diversity

Sortie le 12 Avril 2010




GENTLEMAN - Diversity
2010. L’année du tigre. Gentleman, drôle de coïncidence, est né sous le signe chinois du tigre, dont les natifs sont réputés sensibles, courageux et être des meneurs nés – des qualités qui caractérisent l’artiste de reggae le plus célèbre d’Allemagne. A 35 ans à peine, Gentleman s’est imposé comme un infatigable ambassadeur du reggae. Fort d’albums magistraux tels que “Journey To Jah“ et “Confidence”, il a en effet donné à ce genre un nouveau profil caractéristique et une pertinence que le reggae avait perdu depuis l’époque de Bob Marley. Parallèlement, Gentleman s’est depuis longtemps forgé une réputation internationale et est considéré comme incontournable dans plusieurs pays européens ainsi qu’en Amérique du Sud, en Afrique et même aux Etats-Unis. Où qu’il aille, le public ne résiste pas à son charisme, ni à ses fabuleux hymnes reggae, dédiés à la Conscience, la Droiture et la Tolérance.

Gentleman envisage son cinquième album studio, intitulé “Diversity“, comme un défi musical pour lui-même, mais aussi pour ses fans et les attentes qu’ils peuvent avoir. Rares en effet sont les musiciens allemands aussi imprégnés de roots reggae, pour autant Gentleman peut parfaitement faire un tabac du jour au lendemain sur un riddim dancehall et n’hésite d’ailleurs pas dans cet album à aborder une grande variété de styles et de textures et à se lancer dans des collaborations. “Cette fois, j’étais vraiment sûr de moi, capable tout en travaillant avec d’autres de rester le fil conducteur,” déclare Gentleman, qui s’est engagé dans ce nouveau projet avec tout autant de voracité créative que de courage pour affronter son autocritique. “La flamme, qu’on a au tout début, ne dure pas très longtemps. Après il faut savoir raviver soi-même les braises et c’est encore plus fort. Je sens cette soif en moi, je veux foncer à nouveau.“

Pour ce faire Gentleman s’est bien préparé et mis en condition. Fort d’un nouveau contrat d’enregistrement, il a décidé de faire de ce nouvel opus une œuvre maîtresse. Si le CD normal propose déjà 19 chansons qui explorent toutes les formes et couleurs que le reggae peut offrir, l’édition deluxe renchérit avec 28 titres auxquels Gentleman peut même rajouter quelques surprises à télécharger. Les collectionneurs seront comblés avec un quadruple vinyle et un coffret somptueux. L’entourage de Gentleman a également un peu changé : son nouveau groupe, même s’il est à quelques exceptions près sensiblement identique au Far East Band précédent, se dénomme désormais Evolution et dégage cette force et cette passion dont il a besoin pour assurer un concert inoubliable. Gentleman est là pour mettre le feu, son groupe doit donc être capable à tout moment d’atteindre des températures record.

“Diversity“ (diversité) définit donc une ligne d’approche – ouvrant la porte sur toutes sortes d’options stylistiques, en veillant même à un juste équilibre entre enregistrements analogiques et numériques. D’emblée on est frappé par la multitude de mélodies superbes, un excellent indicateur de grande forme artistique. Le premier single, “It No Pretty“, un bijou mid-tempo réunissant un piano, des cordes et un chœur est aussi une critique social sans détour – un thème que l’on retrouve tout au long de l’album. L’auditeur aura vite fait de repérer d’autres singles potentiels – comme par exemple “Lonely Days“ ou le morceau qui ouvre l’album “The Reason“ (produit par le posse autrichien Irievibration). “Time Like Now“, “Changes“ et “Fast Forward“, tous magistralement produits par Don Corleone dans son studio de Kingston, sont tout aussi épatants. Un tiers des titres ont été produits outre-Rhin, notamment par le Firehouse Crew, tandis que d’autres producteurs chevronnés ont prêté main forte à ce projet comme Benny Blanco et Pow Pow de Cologne, Silly Walks de Hambourg, mais aussi Red Roze, Shane Brown et Xterminator de Jamaïque ainsi que Massive B de New York.

Certaines chansons ne laisseront pas insensibles comme par exemple la ballade acoustique “I Got To Go“, une lettre d’amour à sa famille, ou “Thinking About You“, un captivant duo avec la chanteuse soul Cassandra Steen qui, après avoir démarré avec le groupe soul allemand Glashaus, est désormais devenue une artiste solo à part entière. Cette chanson de R&B quasi parfaite montre jusqu’où Gentleman est capable de pénétrer l’âme humaine. Tanya Stephens, l’une des premières dames de la scène reggae jamaïcaine, que Gentleman considère comme une “parolière extrêmement créative” l’accompagne également sur cet opus. Des années après avoir tourné ensemble en Allemagne avec un sound-system, ils ont enfin trouvé l’occasion d’enregistrer “Another Melody“, un titre qui brille et scintille comme un diamant dans cet écrin de chansons reggae. Enfin, “Everlasting Love“, une déclaration d’amour bouleversante dédiée à sa femme Tamika, clôt l’album en beauté.

Il est fascinant de voir comment Gentleman parvient une fois encore à réunir des générations entières de reggae. Ainsi pour enregistrer “No Turning Back“, il s’est entouré de Christopher Martin, une jeune star en puissance dont le falsetto rappelle celui de Michael Jackson, âgé de 22 ans, gagnant de “Jamaica’s Rising Star“ et protégé de Shaggy, concoctant l’un des titres les plus modernes de ce projet avec un beat Euro dance terriblement accrocheur. D’autre part, on retrouve également un certain Sugar Minott, l’un des vétérans de Studio-1 âgé de 53 ans et pionnier du dancehall, sur “Good Old Days“, le titre de l’album qui s’inscrit le plus dans la tradition roots et confère à l’ensemble de cet opus une certaine patine empreinte de sagesse.

Dans un registre plus dancehall, avec des morceaux comme “The Finish Line“ et “The Sealing“ produits par Xterminator, Gentleman utilise des beats Hip Hop ou l’auto-tune, qui séduiront tout particulièrement un jeune public, et signe avec le pêchu “No Time To Play“ sa première collaboration avec le sound-system new-yorkais Massive B. “Tempolution“ permet une fois de plus d’apprécier la précision irréprochable et les expérimentations du très talentueux batteur Sly Dunbar. Brillamment produite par Red Roze, cette version revisitée de “Tempo“, un tube dancehall qui a été déterminant dans la carrière de ce dernier, prend ici une nouvelle dimension.

En Jamaïque, bien des choses surviennent par hasard, à l’instar de l’enregistrement de “Shut Eye Country“ fruit d’une session spontanée réunissant Jack Radics, Gentleman et Luciano – un trio pour le moins créatif. De même, “Along The Way“ enregistré avec Patrice, un autre allemand célèbre pratiquant le métissage musical, résulte d’une rencontre imprévue en Jamaïque. Par ailleurs Million Stylez de Suède, qui a contribué à “Help“, un titre pétri d’ondes positives produit par Pow Pow, s’est en revanche rendu à Cologne pour y rejoindre Gentleman. Une preuve supplémentaire – tout comme la chanson “Intensions“ avec Rebellion The Recaller de Gambie – qui montre à quel point les nombreux et incessants voyages de Gentleman, toujours ouvert et curieux, sont féconds.

Au fil du temps, Gentleman a tissé un réseau vraiment unique associant l’Europe et la Jamaïque, qu’il considère comme sa deuxième maison. Alors qu’il y a quelques années encore, sa présence physique était absolument essentielle, le dialogue créatif entre Cologne et Kingston s’inscrit désormais dans une continuité fructueuse. Deux musiciens et amis de longue date, Daddy Rings et Jack Radics, ont ainsi signé certains des meilleurs textes de Gentleman. Il en est de même de la collaboration avec le producteur Don Corleone, qui reste en contact permanent au travers de la toile, même si Gentleman reste plutôt sceptique par rapport à l’euphorie du Web-2.0 et d’autres phénomènes divers liés à la globalisation.

Ses paroles sont donc le reflet de la situation désastreuse de ce 21ème siècle, elles évoquent un monde déchiré par des conflits religieux qui semble de plus en plus condamné, un environnement dangereusement dévasté par l’humanité et malheureusement sans véritable issue en vue, des millions de personnes souffrant de la faim ou cherchant refuge dans la fuite, tandis que d’autres se réfugient dans des mondes artificiels. Face à ces phénomènes, Gentleman invoque plus de tolérance, de solidarité et de respect mutuel. C’est en effet un idéaliste infatigable, qui croit en la bonté de l’humanité, et dont la première source d’inspiration demeure la spiritualité et l’amour. Il espère ainsi que les paroles de ses chansons suffiront à ce que les gens tendent l’oreille, à les stimuler pour faire changer les choses. Pour Gentleman le principal problème à l’origine des conflits est le manque de tolérance envers les autres cultures et conceptions de vie. Lui en revanche incarne la gentillesse et la douceur – qui sont à la fois ses armes les plus puissantes et ses points faibles.

“Diversity“ déploie les multiples possibilités que le reggae peut offrir et semble bien loin des clichés de ce style musical ensoleillé. Gentleman n’a pas vraiment changé grand chose à son approche basique de son travail, qui a pour spécificité d’embrasser plusieurs continents. Aujourd’hui comme hier la base de toutes ses chansons sont les riddims, certains pré-produits en numérique dans son propre studio, d’autres sélectionnés dans le cadre de séances d’écoute dans des studios jamaïcains, qui peuvent parfois durer des heures. Il adapte ensuite ces derniers avec son instinct infaillible pour les belles mélodies sophistiquées. Malgré l’extrême gaieté qui se dégage des chansons de “Diversity“, l’album reste néanmoins marqué par une certaine forme de sobriété, comme en témoigne sa pochette illustrée par une photographie d’Olaf Heine. On y voit un portrait de Gentleman sur lequel se dessinent des arbres aux couleurs de l’automne symbolisant les vastes ramifications et les racines profondes de son art, un art qui est en changement perpétuel. Gentleman mise sur le changement, le progrès et le pluralisme. Vive la diversité (Diversity) !

Vendredi 26 Mars 2010 - 17:35



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