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Gagnez l'album de Albin de La Simone – Je vais changer


Je vais changer, dit-il, mais vous n’êtes pas obligés de le croire. Pourtant, il s’est passé tant de choses depuis son premier album, tombé de nulle part ou presque en 2003, qu’Albin de la Simone ne pouvait rester de marbre à l’approche du second, inflexiblement drapé dans ses principes et droit dans ses bottes. Changer oui, mais changer quoi ?



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Alors que ses chansons ne ressemblent à rien de connu, n’épousent aucune des lignes officielles de la Chanson Française - nouvelle ou moins nouvelle - un moindre battement d’aile aurait pu en compromettre les délicats équilibres, provoquer une cascade de petits changements méchamment irréparables. Alors qu’on rassure son public – passé, actuel et même futur – Albin a changé mais il a conservé l’essentiel. Il ne porte plus de débardeur en éponge, ne chausse plus du 18 mais il est toujours cet enfant qui s’amuse avec la musique et les mots comme s’il s’agissait d’un Meccano, d’un Lego pour l’ego, accessoirement d’une thérapie (qui chante). Et surtout, changement de taille : il ne se cache plus.

Rappel des faits : Albin de la Simone est l’un des musiciens dont nombre de chanteurs français – nouveaux ou moins nouveaux – aiment à s’attacher depuis quelques années les services. Son premier album, il l’a conçu en passager clandestin, une fois les séances de studio terminées pour les autres, entre chien et loup dont il s’improvisa le dompteur, en organiste onaniste et en parolier soliloquant. Seuls quelques visiteurs du soir, Feist et Souchon pour une paire de duos mémorables, vinrent troubler cette solitude volontaire.

Le miracle eût lieu, on lui proposa de sortir un disque de ces chansons de la 25ème heure, et la critique unanime ne tarda pas à applaudir le style bondissant, l’humour à couleur variable – du jaune au noir – et l’écriture pour le moins cocasse de ce garçon nullement empesé comme tant d’autres par les citations et les lieux communs.

Encore un peu trop bizarre pour toucher le cœur du grand public, Albin aura réussi à constituer autour de ses concerts une petite amicale prometteuse de fans. Il a beaucoup tourné, jamais en rond, rarement en bourrique, parfois en vedette américaine et parfois en vedette tout court, poursuivant néanmoins ses à-côtés toujours plus nombreux : il a joué sur scène avec Murat, accompagné en studio l’éclosion des derniers JP Nataf et Mathieu Boogaerts – dont le style lunaire a inspiré au passage la chanson J’ai changé. Il a même réalisé pour la première fois un disque, celui de Bastien Lallemant, en quatre jours chrono. Il était fin prêt, après tel exercice sans filet, pour attaquer la réalisation du sien.

Il a changé, au moins sa méthode. Pour l’enregistrement du second album, il en a terminé avec les heures volées au sommeil et l’isolation claustrophobe. Albin a rassemblé un groupe autour de ses instruments, filé vers le sud – au studio Véga de Carpentras – et laissé ses airs respirer dans les poumons des autres, les chansons se métamorphoser sous l’impulsion collective. Du coup, une vitalité nouvelle y circule, de grandes bouffées de naturel les soulèvent, les trouvailles jaillies de l’improvisation se font plus nombreuses, tandis qu’il a retrouvé au mixage sa complicité quasi télépathique avec Renaud Letang et Jean-Baptiste Brunhes. Pour un bon aperçu des humeurs les plus solaires, quasi californiennes, de l’album, se reporter à Tu ne peux rien faire ou Je te manque, deux chansons qui attendrissent leur désespoir à grand renfort d’harmonies pop et apaisantes. C’est moins le cas sur le lugubre et magnifique Notre homme, où Albin quitte un instant son petit manège enchanté pour s’en aller sur un terrain pour le moins glissant, dont il ressort non seulement sans fracture mais avec en prime une profondeur de champ (et de chant) nouvelle.

Tout l’art de funambule auquel il nous avait habitué avec le premier album, perché sur un fil entre le rire et l’effroi, devient ici carrément un exercice de haute voltige.

Les souvenirs éparpillés de sa jeunesse, évoqués en deux endroits, prennent ainsi tour à tour l’aspect truculent d’un jerk enragé lorsqu’il évoque de cauchemardesques virées en boîte (Non merci) et ailleurs celui d’une vision nocturne onirique proche de Tim Burton (Il pleut dans ma bouche). À ce surréalisme végétal répond par contraste le réalisme urbain de Elle fréquentait la rue Pigalle, classique du Paname d’avant-guerre (Piaf, 1939) dont Albin détourne la gouaille originelle d’une voix blanche comme une lame de couteau.

Plusieurs invités de marque se bousculent à l’entrée de Je vais changer. À commencer par la piquante Jeanne Cherhal, le temps d’un remake tout en frottements de voix câlines du fameux duo incestueux, Something stupid, jadis roucoulé par Frank et Nancy Sinatra. Autre invitée : la guitare.

À l’époque premier album, l’emmanchée était restée au clou, elle fait ici une entrée particulièrement remarquée. On l’entendra ainsi saucissonner le refrain euphorique de Avril 4000, tournoyer de façon maléfique autour de Notre homme ou emprunter des accents Harrisoniens pour les beaux yeux virtuels de Démonia. Dernière invitée, et pas des moindre : Simone, ou plutôt LA Simone. Cette créature, mi-aquatique, mi-imaginaire, est à la fois la marraine d’Albin et la concierge scrupuleuse de son site internet. Elle est parfois sa mauvaise conscience, certains jours elle est sa muse, d’autres fois Albin s’exclame dans un élan flaubertien : « Simone, c’est moi. » Dans son corps coule du sang arc-en-ciel de Caméléon. À la fin de la miniature effrayante et drolatique qui lui est consacrée, au terme de l’album, vous resterez ainsi en son humide compagnie le temps d’un récital de 20 minutes, entre piano-bar mal barré (ça tangue un peu) et après-midi d’une jeune fille en fleur qui pianote pour tuer l’ennui. Simone existe vraiment, c’est bien elle qui joue, elle a dix ans de conservatoire dans les pattes, mais ça non plus vous n’êtes pas obligé de le croire.

www.albindelasimone.com

Mercredi 18 Mai 2005 - 23:32



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