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J.J. Cale - Roll on

Sortie le 9 mars 2009




Le rock & roll est un métier qui ne fait pas de cadeaux. Le plus difficile est de prendre de l’âge avec grâce tout en restant dans le coup, et JJ Cale pourrait bien être celui qui y arrive le mieux.

« Je me souviens, quand j’ai sorti mon premier album Naturally, en 1972, j’avais 32 ou 33 ans et je me trouvais déjà beaucoup trop vieux », dit Cale en riant. « Quand je me vois faire ça à 70 ans, je fais « Qu’est ce que je fais ? Je devrais être allongé dans un hamac ». »

Pour certains, la musique est un hobby, s’ils ont de la chance c’est un travail ou une passion ; pour JJ Cale ce n’est même pas un choix : la musique c’est tout ce qu’il a jamais connu. Il est dedans à vie. Né John Weldon Cale à Oklahoma City dans l’Oklahoma, ce guitariste, chanteur, auteur, musicien multi instrumentaliste, producteur artistique et ingénieur du son est dedans depuis cinquante ans, et le 24 Février 2009 Rounder Records sortira Roll On, le seizième album de JJ Cale. Composé de 12 morceaux, dont un titre éponyme enregistré avec Eric Clapton et jamais sorti auparavant, Roll On sera le premier projet solo de Cale depuis To Tulsa and Back en 2004, et arrive juste après The Road to Escondido, sa collaboration avec Eric Clapton, disque d’or en Angleterre et disque de platine à l’étranger, qui lui a aussi valu son premier Grammy Award.

En plus de l’excitation qui précède chaque nouvel opus de Cale, ce qui fait de Roll On un disque spécial c’est qu’il explore de nouveaux territoires. Une partie de cet album sonne comme du Cale classique et aurait pu sortir il y a une trentaine d’années, et d’autres morceaux partent dans de nouvelles directions. Le pincement du banjo et l’atmosphère terreuse de Strange Days, ou la pedal steel de Leaving in the Morning, sonnent comme s’ils sortaient des séances d’enregistrement de Naturally, alors que la guitare envahissante de Where the Sun Don’t Shine est dans la veine de Cocaine, et le funk gitan de Fonda-Lina pourrait être le cousin sophistiqué de Travelin’ Light sur Troubadour en 1976.

Vous voulez la preuve que Cale a encore quelques tours dans son sac ? Introduisez son nouvel album dans un lecteur, appuyez sur play et tout à coup vous avez Who Knew, le premier scat de jazz de JJ Cale, et plus loin il fait rebondir sa voix derrière un piano au jazz contenu sur Former Me. Alors, d’où vient cette nouvelle inspiration ? « Quand je chante dans mon bain, je fais souvent ça le scat », dit Cale. Quand j’ai fini Who Knew ça m’a fait rire, donc j’ai fait ‘Ben c’est bon’. Moi faisant du scat c’est plutôt marrant ».

Le processus d’enregistrement de Roll On était le même que Cale suit depuis le début de sa carrière. Il commence par réveiller de vieux morceaux de séances précédentes, en écrit des nouveaux, et se retrouve avec beaucoup plus de matière qu’il ne pourrait en publier. Puis il réduit tout aux morceaux essentiels. Les albums sont généralement enregistrés de manière spontanée, avec peu de souci de concept, d’ambiance ou de narration. Trois des morceaux ont été faits à Tulsa, dans les Natural Digital Recording Studios de son vieil ami David Teegarden, et le reste (mis à part Roll On) dans son home studio, où il ramène généralement ses morceaux pour y appliquer ses touches de magie, fabriquant délicatement ce “Son Classique de JJ Cale“.

Mais ce qui est vraiment remarquable et souvent ignoré, c’est que Cale fait le plus gros de son travail seul. Quelques chansons, particulièrement celles enregistrées à Tulsa, ont été enregistrées avec l’aide des vieux amis de Cale, mais la majorité de l’album a été réalisée par Cale tout seul, « bidouillant des trucs électroniques ». Sur ce nouveau CD, Cale joue de la guitare, de la pedal steel, de la basse, de la batterie, des claviers, il chante, fait des choeurs, harmonisant sa propre voix, la production artistique et l’ingénieur du son. Après toutes ces années, Cale adore toujours fabriquer de la musique, créant avec passion de futures classiques qu’il casera un jour dans un chapitre portant son nom dans le Grand Songbook de la musique Américaine.

Cale faisait du ‘do it yourself’ avant que le terme ne soit même inventé et utilisait des boîtes à rythmes bien avant qu’elles ne soient mise au goût du jour par les producteurs de hip-hop. Juste à côté de la longue liste de crédits et de remerciements à JJ Cale devrait figurer une section sur son travail de pionnier en matière de technologie musicale, qui a eu un impact majeur sur le son de son oeuvre. C’est un exemple typique du caractère de JJ Cale que de constater qu’il est sans doute plus fier de son Grammy Award pour son travail sur The Road to Escondido en tant qu’ingénieur et co-producteur qu’en tant qu’artiste.

« Je pense que ça vient du fait que je suis ingénieur du son et mixeur à l’origine. Grâce à toute la technologie d’aujourd’hui, on peut tout faire soi-même, et beaucoup de gens le font », dit Cale. « J’ai commencé à faire ça il y a longtemps et j’ai trouvé que je produisais un son inédit. »

Ce son est né lorsque Cale créa Naturally. « [En plus des voix et de la guitare] je joue du piano et de la basse sur Cocaine. Sur Crazy Mama et Call Me The Breeze, c’était des drum machines, et c’était mon premier album en 1971. Au départ, j’ai fait ça pour des questions économiques ; je n’avais pas assez d’argent pour payer un groupe. Maintenant que j’ai assez d’argent pour payer un groupe, j’aime toujours ça ; c’est comme une forme d’art en soi. »

Tout cela : les drum machines, les claviers, les disques faits à la maison, le fait de tout faire tout seul, tout cela participe à l’image de JJ Cale comme le type qui traîne sur le vieux porche de sa maison. Souvent appelé le “Tulsa Sound“, la musique de Cale a un aspect enchanteur ; le rythme boogie de la guitare par-dessus les voix douces et hypnotiques nourries des influences du blues, de la country, du rockabbilly et du jazz. Malgré l’aspect relax de la musique de Cale, il est étonnant de constater la somme de travail impliquée dans la création de quelque chose de si cool et décontracté. Il y a une véritable dualité chez Cale. Il se présente comme un simple guitariste ou ingénieur du son, alors qu’il a pondu quelques-unes des chansons les plus mémorables des 40 dernières années. Ses morceaux sont simples, bien construits et fabriqués main, mais pour obtenir cette esthétique naturelle, il prend les pistes dans son studio et, en utilisant toutes sortes de technologies, il les bidouille jusqu’à l’obsession pour obtenir ce son qui lui est si personnel. Il est comme cela lorsqu’il s’exprime aussi. Il est poli et aimable, généreux, même. Mais il semble toujours y avoir la lueur d’un mystère plus profond derrière son apparente simplicité. Il refuse toujours d’attribuer son succès à une chose en particulier (mis à part la chance), et se dévoile rarement dans ses chansons. Si vous arrivez même à entendre ses voix enfouies dans le mix, exactement là où il les aime.

« Je fais ça exprès. Mais j’ai remonté les voix depuis quelques années. Au début elles étaient vraiment basses », dit Cale. « Je ne me suis jamais considéré comme un chanteur. Je me suis toujours vu comme un auteur-compositeur, donc mon chant avait tendance à m’agacer et je le mettais très bas. Dans les derniers dix ou quinze ans, j’ai mis les voix un peu plus fort, mais que jusqu’où j’étais à l’aise. »

Quand on considère l’influence que Cale a eu en développant un style de musique original, c’est ironique qu’il refuse de se reconnaître comme l’architecte de tout un sous-genre. « Je suis juste un guitariste qui s’est rendu compte qu’il ne gagnerait jamais sa croûte en jouant de la guitare, donc je me suis mis à écrire des chansons, ça rapporte un peu plus », dit Cale, avec sa modestie habituelle.

Guitariste, auteur-compositeur, ingénieur du son, technicien, légende, icône, appelez-le ce que vous voulez, mais Eric Clapton, qui l’a peut-être sauvé de l’obscurité en lui mettant le pied à l’étrier, l’appelle un “maître“. Quand Clapton a enregistré le After Midnight de Cale en 1970, un morceau que Cale avait écrit au milieu des années ’60, tout a changé. « J’avais déjà abandonné le côté business de la musique et j’étais rentré à Tulsa où je jouais avec des amis », se souvient Cale. « Quand Eric a enregistré ce morceau, ça m’a ouvert un tas de portes et je suis descendu à Nashville où on a fait Naturally ».

Depuis, ça a été une lente et régulière ascension jusqu’au sommet. En plus d’After Midnight, Clapton a ensuite enregistré Cocaine et I’ll Make Love to You Anytime, écrits par Cale. Lynyrd Skynyrd a fait un standard de Call Me The Breeze, et des artistes aussi divers que Santana, The Allman Brothers, Johnny Cash, The Band, Chet Atkins, Freddie King, Maria Muldaur et Captain Beefheart, ont repris ses chansons. Cale a aussi trouvé le moyen de faire le lien avec les jeunes générations de fans de rock avec le groupe Widespread Panic, et en jouant des versions longues de bijoux tels que Ride Me High, Cajun Moon, et Travelin’ Light. En plus des artistes qui ont repris ses morceaux, certains artistes de référence tels que Neil Young, Mark Knopfler et Bryan Ferry le citent comme une influence majeure. En outre, l’Etat d’Oklahoma a nominé After Midnight pour être le Morceau de Rock Officiel de l’Etat.

Des gens tels que Cale, Young, Clapton et Cash savent quelque chose que le reste du monde ignore. Ils se sont connectés au cosmos et ont trouvé cet interrupteur universel en chacun de nous, nous allumant, créant la bande-son de notre vie. Alors, est-ce que cela embête JJ Cale que ses contemporains et les critiques le classent parmi les légendes, et que les fans aiment ses chansons sans connaître son nom ?

« Non, ça ne me gêne pas », dit Cale en riant. « Ce qui est vraiment sympa c’est quand tu trouves un chèque dans ta boîte aux lettres ».

La longévité de Cale et son sens du style sont sans doute liés à sa modestie. En se tenant à distance du panier de crabes de l’industrie du disque, la carrière de Cale a été régulière, forte et gratifiante pour l’artiste comme pour ses fans. Il n’a jamais recherché la lumière des projecteurs et a su garder son équilibre, restant concentré sur le plus important : la musique.

« [La notoriété] te gonfle l’ego au point que tu commences à croire à tes propres conneries », dit-il. « Donc j’ai dit à Audie [Aschworth – feu le producteur et ami de Cale], « Je veux bien la fortune, mais j’ai peu d’intérêt pour la gloire ». Donc ce qu’on a fait c’est qu’on n’a mis de photos sur aucun de mes albums. Ce n’était pas vraiment calculé, je ne suis pas vraiment un reclus, mais ça s’est trouvé comme ça et c’est devenu un bon moyen de communication, quelque chose pour véhiculer une image. C’est un reclus. Mais en fait c’est faux. »

Tout en suggérant que ceci pourrait être son dernier album, Cale avoue tout de même avoir de plus en plus envie de reprendre la route pour jouer devant le noyau dur de ses fans, et, si l’inspiration pointe le bout de son nez, pourquoi pas refaire un album. Il n’y a pas de règles, Cale fait les choses comme elles lui viennent, et à 70 ans il les fait encore, et bien. Il écrit des chansons, joue de la guitare, il fait de la production artistique, l’ingénieur du son, bidouille avec du matos, démantibule des instruments et sort des albums. On ne changera pas JJ Cale : c’est un véritable original à l’Américaine. Et, comme le dit l’album, il continue sur sa lancée, Roll On.

Lundi 2 Février 2009 - 20:14



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