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Jean Louis Murat - Taormina

Par Pierre DERENSY




Comme dit le paysan patriarche dans sa grande philosophie : « changement d’herbage réjouit les veaux », Jean-Louis Murat, autre artisan glaneur, après 20 ans de fidélité au même pré labellisé EMI, transmue vers un nouveau pâturage et signe chez V2 qui serait selon les dires de ses proches, une sorte de renaissance artistique et personnelle.

Délaissant sa bande de fidèles (même s’ils sont encore responsables de sévices artistiques sur l’album comme simples musiciens) qui l’entourait du ‘Moujik et sa femme’ à ‘1829’, il revient donc seul aux manettes. Après un laps phénoménal de temps dans sa non-productivité, après un break nécessaire et un bain de jouvence au bord de mer dans une ville de Sicile au pied d’un volcan (encore un, mais un dissemblable à ceux qui lui sont familiers dans ses monts d’Auvergne) l’agile Bergheaud offre à son disque le nom de cette cité régénératrice d’inspiration : « Taormina ». Disque conçu et enregistré à la maison dans une humeur de paladin troubadour, guitare en bandoulière et humeur baladine plus que badine, il confirme ici qu’il n’existe qu’un Murat, n’en déplaise aux généraux de divisions d’un autre siècle.

Ayant laissé le temps faire son ouvrage, ce nouvel album plus blues que rock nous permet de regagner un Jean-Louis reverdi et besognant avec grâce la belle langue française sur des arrangements soignés. Plus question d’inviter de jolies et gracieuses muses connues, ou en passe de l’être, comme Carla Bruni ou Camille avant son fil (excepté une Laure dissimulée dans le disque qui vient prêter parfois son cœur et faire le contrepoint au vieux grigou à la voix d’ange), pas d’empli à toc, plus question d’amuser la galerie pour le fun. Tout est brut comme le « Caillou » qui lance l’album. On parle beaucoup dans ce disque de la mort, beaucoup aussi de l’avarice des sentiments et de la fin d’une aventure. Pour adorer cet album il vous faudra de la patience et beaucoup plus qu’une seule écoute inattentive pour accrocher, mais ensuite lorsque vous serez digne d’entendre avec toutes les subtilités ‘Billy’ ‘Accueille Moi Paysage » ou encore « Le Chemin des Poneys » vous aurez l’occasion d’entrapercevoir en sa compagnie tous les surprenants panoramas qu’il nous offre en toute simplicité. De toute façon, jamais personne n’a dit de Murat qu’il se laissait dompter comme un pauvre canasson de variété. Personne et sûrement pas lui. Un Murat nouveau certes, mais un Murat qui restera toujours Murat.

Vendredi 25 Août 2006 - 20:22
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