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Jena Lee - Emo r&b




Jena Lee - Emo r&b
On commence à avoir une idée assez précise de l’idéal féminin tel qu’il est représenté par les jeunes nubiles du r&b français. Un peu trop précise même, au point que ces chanteuses d’ici avec Beyoncé comme modèle ne récoltent que des comparaisons avec les chanteuses de variétés. Jena Lee, elle, est là pour bouleverser tous les clichés qui commencent à scléroser le jeune genre du r&b français.

Jena fait du « émo r&b ».
Voilà, le mot est dit, le concept est lancé, et cette fois il repose sur une base solide : la musique. Cette musique que Jena Lee, jeune fille d’origine chilienne, a toujours vénérée, amenant ses parents à lui faire étudier le solfège, puis le violon, dès l’âge de 4 ans. Adoptée, Jena a grandi dans une petite ville des Pyrénées-Atlantiques. C’est là qu’elle est passée de Céline Dion à la pop moderne de Justin, Britney et autres hit makers du 21ème siècle.

Toute petite déjà, Jena s’enregistrait sur K7 en fredonnant quelques airs. Elle passe à la vitesse supérieure. Elle sait désormais quel sera son métier : la musique, d’une façon ou d’une autre. La scène d’Oloron-Sainte-Marie, 11740 habitants, étant assez limitée, Jena vise la capitale. Pas évident pour une fille de province qui ne dispose pas de réseau, surtout dans une musique comme le r&b, qui a ses places fortes à Paris et Marseille. Elle fait tourner un de ses premiers titres écrit en anglais, « The Boy I Wait », à une amie qui le passe à un DJ de Pau « qui connaît un producteur », comme on dit en mythomanie. « Ce gars est devenu mon pseudo manager, sauf qu’il cherchait plutôt des mannequins, donc je suis montée à Paris un peu pour rien. Mais c’est là que mes parents ont réalisé que je voulais vraiment faire ça. Ils ne comprenaient pas quand je m’enfermais dans ma chambre tous les soirs à l’époque du collège. Moi je savais depuis l’âge de douze ans que je voulais être artiste, mais personne ne me croyait ! »

Jena continue à écrire, en français désormais. Une de ses chansons de jeunesse, « Banalité », attire l’attention d’une petite maison d’édition, Vital Songs, qui souhaite la signer. Les parents sont d’accord, avec en bémol le rituel « Passe ton bac d’abord ».

Jena l’obtient en 2005 et déménage définitivement à Paris en 2006. Elle continue à prendre des cours de chant et de danse, mais rien ne se passe pendant un an. Elle rencontre le producteur Sulee B. Wax par l’intermédiaire de son éditeur, qui souhaite développer son répertoire. Impressionné par la détermination de Jena, Sulee travaille sur « Banalité » et produit une version de « Rock r&b ». N’importe quelle chanteuse aurait accepté les yeux fermés, mais Jena a les yeux grand ouverts, et déjà une grosse exigence artistique. « Ça n’était pas moi, il n’avait pas capté le délire, c’était trop hip hop r&b. Du coup on s’est écarté de lui mais il m’a gardé en tête puisque c’est moi qu’il a contacté pour écrire des textes quand il a commencé à travailler sur l’album de Popstars en 2007. On ne savait pas encore que c’était Sheryfa Luna qui allait gagner, je ne savais même pas si j’écrivais pour une fille ou un garçon ! » Au feeling, Jena Lee propose comme premier texte « Quelque part ». « La prod’ a fait “OK, c’est le premier single“. J’étais trop contente. Et je me suis retrouvée avec cinq chansons sur l’album » résume Jena, qui veut aller plus loin que « Quelque part » et révéler son côté obscur. Car Jena n’est pas une bimbo du r&b.

« Je suis un peu noire dans mes pensées. Je suis fascinée par la mort, mais pas suicidaire pour autant. Je suis optimiste, mais avec un côté nihiliste. Je n’arrive à écrire que quand je ne me sens pas bien. Il y a toujours quelque chose qui me ronge le cœur ». Ce mal-être post adolescent, l’équipe de Jena l’a bien compris, est celui d’une artiste complète, pas juste d’une auteur de chansons. Jena : « “Quelque part“, je l’ai écrit parce que je sortais d’une histoire amoureuse et du coup j’y ai mis tout ce que je ressentais. Les chansons écrites pour Sheryfa auraient pu être des chansons pour moi. Ça faisait mal de voir des gens qui lui disaient “Tes textes sont trop biens“ Ce que j’écris je le ressens, et j’ai envie de le faire ressentir avec ma voix aussi. ».

Inscrite au concours Urban Music Nation en 2008, Jena se retrouve dans les finalistes et passe à Planète Rap sur Skyrock, où elle chante en live. Durant l’été 2008, elle gagne le concours Oxford Music Tour devant 30 artistes européens, et gagne ainsi un concert à la Boule Noire le 25 octobre 2008. Mercury, qui hésitait, la signe peu après.

Il est temps de bosser sur le premier album, enfin. Jena n’a que 22 ans, mais elle est prête. Les Track Invaders, avec qui elle a travaillé sur l’album de Sheryfa, lui font confiance et lui donnent plusieurs instrus originaux. Elle rencontre également Bustafunk, qui va réaliser l’album, et le guitariste de Silmarils Jimmy, qui amène ses six cordes hurlantes, le signe distinctif de ce émo r&b qu’elle a conçu.
Jena écrit, beaucoup. Elle se raconte, sans se la raconter. « Des fois j’invente ou je romance, des fois je dis vraiment la vérité. “Je rêve en enfer“, c’est du vécu : je suis attirée par un gars qui n’est pas l’homme idéal, il n’a même que des défauts et pourtant il m’attire. Et je ne sais pas pourquoi. C’est bien une histoire de meuf, mais que je traite différemment. Je ne chante pas “Pourquoi tu ne veux pas m’aimer ?“ avec des trémolos, c’est plutôt “Je rêve en enfer/Plus j’ai mal et plus j’espère/Plus tu parles, moins j’y vois clair/Je t’aime sans repères/Pars, tu me perds“. Le mec est encore plus que moi attiré par le côté obscur ».

L’ambiance des morceaux est souvent sombre, jamais désespérée. Jena : « Dans beaucoup de textes il y a des allusions à la mort, mais à chaque fois il y a une touche d’espoir. Ça ne se finit jamais mal. Dans “Je me perds“, la fille essaie de se suicider et dit “J’ai besoin de rien/Je ne veux pas qu’on m’aide, je ne veux pas qu’on m’aide“. Elle rejette tout et à la fin, quand elle est sur le point de partir, elle dit “J’ai menti, j’aimerais qu’on m’aide/Que quelqu’un me tende la main/Même si je suis déjà loin“. Il y a un suspense ».

Dans « Dépendance », Jena personnifie la drogue. « Du style » manie l’ironie avec finesse (« Si c’est une blague, montrez-moi juste les caméras »). « 13 ans » dresse un portrait de l’« adulescence » qui sonne juste et « Je suis » est un subtil autoportrait de Jena Lee. Comme un clin d’œil à ses 15 ans, une version réarrangée de « Banalité » trouve sa place sur le disque.

Le premier single, « J’aimerais tellement », a connu dix versions avant de trouver sa forme définitive. Et pour l’illustrer, Jena a craqué sur Benjamin, un Chinois dont les mangas ressemblent à des aquarelles photographiques. Les innovations sonores du émo r&b de Jena Lee trouvent un écho graphique dans les animations de Benjamin, faisant du clip de « J’aimerais tellement » une carte de visite idéale pour cette nouvelle artiste… À part ? Pas vraiment : « Je ne veux pas être à part, c’est ça le truc. Je veux que les gens se reconnaissent dans ce que je fais. Ce que je vis, beaucoup de gens le vivent aussi ».

Une jeune fille comme les autres, une chanteuse qui ne ressemble à personne : Jena Lee débarque, amenant avec elle une nouvelle vision du r&b, marquée au fer rouge des guitares et de l’émotion.

Les bimbos du r&b peuvent trembler. Olivier Cachin

Emo r&b
La soul tendance dark


Jena Lee explique le concept émo r&b : « Ça vient de “emotional hardcore“, un genre musical extrême qui n’a rien à voir avec ce que je fais, mais avec comme point commun les guitares, que j’adoucis. C’est surtout dans l’état d’esprit émo que je me reconnais : c’est plus noir, plus mal-être. Je me cherche, j’ai encore l’impression d’être en pleine crise d’adolescence ! Et au niveau du look c’est coupe de cheveux sauvage, mèches violettes, codes couleur violet et noir. Le côté r&b urbain, c’est plus au niveau du beat et des influences. Musicalement, c’est un mix entre le métal et le r&b, entre Timbaland et Linkin Park. Avec un soupçon de Britney ! J’ai essayé de mixer deux styles que je kiffais. Je ne me retrouve pas complètement dans l’urbain car je ne suis pas strass et paillettes comme dans le r&b, ni fascinée par le bruit comme dans le métal vu que je ne suis pas tout le temps en train de gueuler avec ma guitare. Donc j’ai essayé de mixer la musique et l’état d’esprit de tout ça. Si tu tapes “émo r&b“ sur internet, tu ne trouves rien. Ah si, Jena Lee ! Mais je pense qu’il y a beaucoup de gens qui sont émo r&b sans le savoir. Tous ceux qui disent qu’ils écoutent de tout mais ne se retrouvent pas dans un genre défini ».

Vendredi 2 Octobre 2009 - 22:31



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