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Juan Diego Florez - Bel canto spectacular


Nouvel opus d'un des meilleur ténor au monde aux aigüs faciles. Ce CD en est la preuve.



Juan Diego Florez - Bel canto spectacular
Un album regroupant les plus belles pages du bel canto italien (Donizetti, Bellini et Rossini). De nombreux invités de marque se joignent à Juan Diego Flórez pour cet album de l’extrême, véritable feu d’artifice vocal : Anna Netrebko, Patrizia Ciofi et en bonus, Placido Domingo !

Le Pérou nous aurait-il donné le prochain Pavarotti ?", demande un critique britannique après avoir entendu le ténor péruvien Juan Diego Florez lors de son premier récital londonien. Le charme naturel et la fluidité technique de la voix de Florez rendent la comparaison avec Pavarotti inévitable - bien que plutôt intimidante pour un jeune ténor qui vient tout juste de franchir le seuil de sa carrière internationale.

Mais il est peu probable qu'à vingt-huit ans Florez se laisse tourner la tête par ceux qui le voient déjà entrer au panthéon des "trois ténors". Bien que capable d'éblouir le public avec des arias comme le redoutable "Ah, mes amis" de La Fille du régiment - célèbre pour ses neuf contre-ut -, il aime également interpréter des mélodies plus proches de lui, au sens propre comme au figuré, tels les chants péruviens de Rosa Mercedes Ayarza de Morales dont il agrémente ses récitals.

Né à Lima en 1973, Juan Diego Florez a grandi dans une famille de musiciens. Il apprend la guitare à l'âge de onze ans et, suivant l'exemple de son père, le chanteur péruvien Ruben Florez, se met à composer et à chanter ses propres chansons. A dix-sept ans, il s'inscrit au Conservatoire national de Lima, et pendant ses trois ans d'études se produit comme soliste avec le Chœur national du Pérou, dont le répertoire inclut des messes de Rossini et de Mozart.

En 1993, il obtient une bourse d'études pour Curtis Institute de Philadelphie. "Pour pouvoir partir, j'ai économisé, j'ai vendu la voiture de la mère", dit-il. "C'était la première fois que je quittais mon pays." A Philadelphie, Florez se trouve brusquement propulsé dans le monde de l'opéra. "Avant, je n'avais jamais chanté dans un opéra, de grands arias. Rien", explique-t-il. "Ils m'ont tout fait chanter."

Florez trouve bientôt un mentor en la personne d'Ernesto Palacio, ténor péruvien spécialiste du bel canto, qu'il rencontre pendant des vacances à Lima. "Ce n'est pas seulement qu'il avait une belle voix", raconte Palacio. "Si quelqu'un lui demandait de faire quoi que ce soit, il se lançait sans hésiter. Il était un peu comme une éponge, tellement il était capable d'apprendre et de se mettre tout de suite à faire les choses. C'est cela qui m'a vraiment frappé."


Après s'être produit en Italie à l'invitation de Palacio, Florez débute officiellement en 1996 au Festival Rossini de Pesaro, où il est invité à prendre le rôle du ténor principal dans Matilde di Shabran au dernier moment. Il s'avère immédiatement capable d'établir un véritable rapport avec le public - et son matériau. Son physique de beau ténébreux, son manque d'affectation et ce que Palacio appelle "le naturel et la souplesse exceptionnelles de sa voix" font que Florez est bientôt très sollicité en Europe. Les contrats, dit-il, "pleuvaient presque". Dans le courant de la même année, il débute à la Scala dans Armide, à l'invitation de Riccardo Muti.

Il passe les deux années suivantes à étendre son répertoire (Rossini toujours, mais Bellini et Donizetti aussi, ainsi qu'un premier rôle verdien, celui de Fenton dans Falstaff). Le public européen est conquis par l'élégance et le naturel de son style. Ses débuts à Londres en 1997 dans Elisabetta de Donizetti sont à nouveau le résultat d'une invitation de dernière minute, mais personne dans le public ne se sent lésé pour autant.

"Il a absolument stupéfié tout le monde", explique Didier de Cottignies, directeur artistique chez Decca, qui a immédiatement proposé à Florez des séances d'enregistrement. Ses prestations à Paris dans L'italiana in Algeri confirment que c'était un bon choix. "Il a fait sensation", dit Didier de Cottignies. "Je n'avais jamais assisté à pareil feu d'artifice depuis que j'ai entendu Cecilia Bartoli pour la première fois."

Florez continue de mobiliser l'attention en Europe. Il débute à Vienne dans Semiramide en 1998 et à l'Opéra d'Etat l'année suivante dans Il barbiere di Siviglia. En 2000, il remporte deux prix importants en Italie (le Prix Abbati de la critique et le Rossini d'or à Pesaro) et fait grande impression lors de ses débuts à Covent Garden, en Rodrigo dans Otello de Rossini. Tant et si bien qu'un critique du Guardian, impressionné par la "perfection hallucinante de son timbre", annonce à ses lecteurs qu'un "très grand ténor est enfin arrivé".


En avril 2001, Florez signe un contrat d'exclusivité avec Decca, ainsi que l'ont fait avant lui de grandes stars internationales comme Luciano Pavarotti, Cecilia Bartoli, Renée Fleming, Barbara Bonney, Matthias Goerne et Andreas Scholl. Son premier enregistrement en soliste réunit des airs de Rossini interprétés sous la direction de Riccardo Chailly au pupitre de l'Orchestre symphonique Giuseppe Verdi de Milan.

Rossini est le choix qui s'imposait pour ce premier album de bel canto. "Je suis chez moi avec Rossini", dit le ténor. "C'est le compositeur que j'aime le plus et que j'interprète le mieux, à mon avis."
Chailly, grand interprète de Rossini, a découvert les aptitudes exceptionnelles de Florez pour ce répertoire lorsqu'il a travaillé avec lui pour l'enregistrement du second volet des cantates de Rossini pour Decca, et lors d'une récente production du Barbiere à la Scala. Selon Chailly, "les exigences de style rossinien n'ont guère de secrets pour lui". Le jeune chanteur a, dit-il, "le style, la voix, la virtuosité, et jusqu'à la bravura, qu'exige cet incroyable compositeur".

La réalisation de ce premier enregistrement solo avec Chailly est une expérience stimulante et pleine d'enseignements pour Florez. "Je crois que je n'avais encore jamais chanté tant de contre-ré", s'exclame-t-il en souriant. Il a été impressionné par "les tempi" de Chailly, "son sens du détail, de la perfection et de la dynamique" et les deux hommes ont dû, l'un et l'autre, se surpasser. En effet, les arias choisis, si différents les uns des autres et si peu conventionnels, illustrent ce que Chailly appelle "les différents styles d'écriture du compositeur", du grand "Che ascolto !" d'Otello au très difficile "Terra amica" de Zelmira, que le chanteur trouve "monumental, éclatant et incroyablement long".

Palacio verra avec plaisir son protégé briller longtemps encore dans le répertoire rossinien. "Il y a eu de nombreux grands interprètes de Rossini, mais il y a eu ceux qui montaient haut mais à qui il manquait une certaine beauté vocale, et il y a eu ceux qui avaient une voix magnifique mais imparfaite dans la coloratura. J'espère que Juan Diego continuera de chanter Rossini pendant le plus longtemps possible."


Rossini n'est cependant pas la seule passion de Florez. C'est un excellent guitariste, qui apprécie énormément la regrettée Chabuca Granda, grand auteur, compositeur et interprète de musica criolla. C'est aussi un passionné de football qui regarde les matchs, chez lui à Bergame près de Milan, aussi souvent que le lui permet son emploi du temps chargé. "Il aime le football", dit Palacio en riant. "Il aime manger, et il aime être en vacances. C'est quelqu'un qui adore s'amuser, et rigoler entre amis, quelqu'un de pas compliqué. Dans le travail, par contre, il est extrêmement sérieux."

Cet excellent équilibre entre le travail et les loisirs devrait permettre à Florez d'aller loin. "Il ne va pas abuser de ses forces et de son talent comme tant d'autres avant lui", dit Didier de Cottignies, qui voit déjà Florez maîtriser le répertoire du bel canto et briller ensuite dans les opéras de Haendel et de l'ère baroque. "Dans dix ou vingt ans, je le vois bien aussi dans le même répertoire qu'un Alfredo Kraus."
Ces prédictions ravissent Florez, qui compte Kraus et Pavarotti parmi ses plus grandes sources d'inspiration. "J'aime le style, le phrasé de Kraus et évidemment ce qu'il fait dans son registre le plus élevé", déclare-t-il. "En ce qui concerne Pavarotti, ce que j'aime c'est le naturel de sa voix, cette pureté naturelle."

Pavarotti encore et toujours. Comme le souligne Paul Moseley, directeur artistique, responsable marketing, chez Decca "dans l'aigu, la voix de Florez vous donne le même frisson que le Pavarotti des premiers jours". Pour le moment, Florez se contente d'écouter et d'apprendre. Lorsque Pavarotti chante, "sa voix", dit-il, "resplendit comme le soleil". C'est cette union de l'art et de la nature que Florez souhaite émuler progressivement, d'un rôle et d'un disque à l'autre.

Jeudi 13 Novembre 2008 - 20:46



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