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L'album de Charlotte Gainsbourg - IRM par Pierre Derensy




L'album de Charlotte Gainsbourg - IRM par Pierre Derensy
Dans les années 80, la France se coupait en 2 camps. En choix générationnel pour incarner la petite française de tous les français : soit vous étiez plutôt solaire avec Vanessa Paradis, soit vous étiez plutôt ombrageux avec Charlotte Gainsbourg. Comme le soleil et la lune vous aviez la blonde et la brune, ou plutôt la blonde ou la brune. La nantie génétique ou la variété générique. Charlotte Gainsbourg contrairement à Vanessa Paradis s’est plutôt consacré à une carrière cinématographique, n’ayant surement pas la carrure de jeune adulte assez imposante pour assumer une biographie sens cesse rappelé à la gloire de son père.

C’est, dans la trentaine qu’elle s’est (re)tourné vers le micro, comme par atavisme ou plus surement car on ne peut pas lutter contre la nature et contre sa nature. Le disque vaporeux qu’elle nous a proposé « 5 : 55 » avait « des Air ». Il flirtait dans leur univers et pas trop dans le sien, cet album ne pouvait pas contenter les amateurs « d’un style Charlotte » qui conjugue la douceur et la foudre. Avec ce premier opus come-back : il y avait bien trop de longueur et pas assez de fond dessinant sa personnalité. Elle nous offrait cette parcelle d’elle sur grand-écran mais se refusait à l’installer durablement dans une galette ronde.

Pour « IRM », est ce le temps qui a fait son œuvre ? Est-ce les coups durs de sa vie privée ou les récompenses offertes à son immense talent ? Est ce le fait de pourvoir et de vouloir ? Est-ce simplement le fait d’y croire ? quoi qu’il en soit : elle change sa manière de faire et conjugue le verbe et la musique dans un disque varié et composé de titres hétéroclites mais très bien tenus entre eux par un fil de voix, un fil d’Ariane amenant la jeune femme à prendre ses responsabilités et assumer ses (bons) gouts musicaux.

En confiant la majeure partie du labeur à Beck, ce disque ne pouvait qu’être bien. Son coté brillant looser, sa folle connaissance du territoire Gainsbourg sans en être enclavé, les chansons simples qu’il lui donne à chanter, sans un poil de grosse bouffée nostalgique mais avec une belle volute de fumée agressive aux yeux et aux tripes qui s’envole dans le ciel.

Encore fallait-il être assez intelligente de sa part à elle, pour lui laisser à lui la place d’œuvrer. C’était le deuxième devoir de classe de Charlotte… son devoir dirigé à rendre cette fois sur copie propre. « I.R.M » est rempli d’écriture déliée, d’odalisques et d’arabesques. Mi doux mi dur. « Gainsbourette » pousse sur ses jambes de fillette et se fait mal pour faire jaillir autre chose qu’une vapeur d’eau, « IRM » lui permet de se transformer, via la rosée des années, en fleur faites femme. C’est en bandant ses muscles sur des titres combatifs, accrocheurs et offensifs qu’elle modifie nos anciennes croyances sur son cas. Le contraste entre le noir et blanc des balades et les attaques en rock, est saisissant. La greffe du flamboyant Beck et de la craintive Charlotte : offre une remarquable rose aux 13 épines ou 13 pétales comme autant de chansons, comme autant de sentiments mélangés.

C’est en connaissance de cause qu’elle assume son aristocratie de la chanson française. Un pied en français, un pont vers l’Amérique. Pas question d’identité nationale mais bien un billet open international. Tel Lafayette à son époque, elle prend le Mayflower et le meilleur d’un compositeur génial pour retourner plaider sa cause en vieille Europe. Celle d’une femme libre qui n’a aucune obligation à pasticher un savoir faire ou une recette venant de son passée.

Lundi 18 Janvier 2010 - 16:32



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