Connectez-vous S'inscrire

LA FÉLINE - EP Wolf & Wheel

Sortie digitale le 22 novembre 2010




Une chimère, sur les blasons médiévaux, c’était la tête et le buste d’une belle femme au corps de chèvre, aux pattes de lion, aux griffes d’aigle et à la queue de serpent.

La Féline, une fille et deux garçons, c’est une chimère musicale, qui a greffé le petit théâtre mental de Klaus Nomi sur le corps de Blondie, les textes dérangés de Gérard Manset et les ornements vocaux du jeune Polnareff sur de la cold-wave, du Alan Vega et du Paddy McAloon à la fois, une voix de sirène éplorée sur un corps organique de rock racé et des prothèses synthétiques.

Ici, pourtant rien n’est branché, programmé et comme il faudrait ; pas de fusion à la mode, tout est greffé main. C’est simple et pervers, ou peut-être innocent et compliqué. La Féline, comme son nom l’indique, femme-chat issue des cauchemars du grand Jacques Tourneur, évoque ici, des sanglots dans la voix, un loup conspirant avec une roue pour voler les ailes d’un innocent, comme dans les comics malsains de Jim Woodring, là, des enfants piégés par un gros rat – Hansel et Gretel rencontrant le solo magique du « Maggot Brain » de Funkadelic –, ailleurs, une Carmen électronique, suppliant un mauvais garçon de mettre un terme à ses « pirópos », petites flatteries insidieuses. Fragile et inquiétante dans le majestueux « Cœur bizarre », où l'on se love, à nos risques et périls, elle dompte les bêtes sauvages d’une humeur ambiguë dans le dernier titre vraiment pop et faussement léger.

En français, en anglais, en espagnol, on n’a guère entendu pareille chimère. Certainement pas un cross-over facile et conçu in vitro pour adolescents en quête de punk-funk ou d’electro-pop jetable : un chant et des sons d’enfant trop mûr et trop conscient, ou bien d’adulte trop jeune et innocent pour le monde de maintenant. Il faut écouter ces miniatures musicales précises, sombres comme « La Nuit du rat », lumineuses et bigarrées comme la chanson-titre, à la manière dont on détaille patiemment de beaux blasons fantastiques, des monstres parfaits, des chimères rêvées, qu’on n’avait jamais vues ni entendues. Cérébrale et charnelle, La Féline, musique chimérique, vous tend la main et – comme devant tout beau monstre – il vous faudra fermer les yeux, lui faire confiance et la suivre dans le labyrinthe, pour l’amour du beau... et du bizarre.

Mardi 2 Novembre 2010 - 13:31



Nouveau commentaire :

sur cette page