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La Canaille: "Par Temps de Rage" - sortie le 28 février 2011




La Canaille n’a jamais été de ces groupes qui choisissent la facilité. Depuis la création de ce quatuor militant en 2003, la route a été sinueuse, mais jamais le renoncement n’a été au rendez-vous. Tremplins divers, concerts à l’arrache, premiers maxis, conception du premier album : La Canaille, derrière son chanteur et auteur Marc Nammour, a fait ses classes et prouvé que sa musique à la frange du hip hop militant était là pour dire des choses plutôt que de recracher des clichés éculés. Avec des morceaux comme « L’Usine », leur disque Une Goutte De Miel Dans Un Litre De Plomb (septembre 2009) a impressionné ceux qui ne croyaient plus à un rap ancré dans le réel.



Une trentaine de concerts plus tard, notamment avec La Rumeur ou Casey, le groupe est toujours là, malgré le contexte de plus en plus tendu pour ceux qui ont choisi l’indépendance et l’autoproduction. Marc le sait mieux que personne, les temps sont durs pour les musiciens exigeants. Mais il sait aussi qu’il est plus que jamais urgent de continuer le combat face à la machine à broyer les esprits. « La vie en autoprod’ étant dure, on a perdu des guerriers sur la route. Marc, le guitariste multi-instrumentiste qui avait composé le premier album, est parti, ainsi que Nico le DJ. Le bassiste Walter est toujours là, avec Mathieu Lalande à la guitare et François Malandrin à la batterie ». Une autre bande des quatre pour un son plus près de l’os, des rythmiques implacables et toujours ces textes ciselés dans l’urgence. Logique pour un disque intitulé Par Temps De Rage. « Le titre de l’album correspond à l’état d’esprit de La Canaille et au contexte dans lequel on évolue. Le visuel est l’œuvre d’un graffer qui s’appelle Run. Il est vif, dynamique, et assume une identité street art forte du au mélange de matières ».

L’ouverture musicale est symbolisée par les invités qui sont venus participer à ce Temps De Rage. L’unique guest vocal est un rappeur américain, Napoleon Maddox, rencontré pour une création jazz au festival M Pulse de Montreuil en mai 2010. Ses mots sensés en anglais illuminent « J’Ai Faim » et « Ma Poésie Ne Se Lave Pas ». Le contrebassiste de jazz Michel Bénita apparaît sur « Le Soulèvement » et le batteur Denis Charoles sur « La Colère ».

Dès les premières mesures, on comprend que si la démarche de La Canaille reste ancrée dans la lutte, le son a évolué. Marc : «On l’a composé d’une traite en 6 mois sur une même énergie. Je me suis concentré sur l’écriture. Walter, Mathieu et Nico ont proposé plein de sons, je les écoutais et je les faisais tourner pendant que j’écrivais. Au final, on a douze morceaux sur l’album, et chacun a connu deux ou trois versions. Par rapport au premier album, c’est plus épuré, plus incisif. Plus rythmique aussi. Mon approche de l’écriture est plus intimiste, plus centrée sur l’individu plutôt que de traiter des thèmes généralistes. Du coup, l’album est homogène, et a une griffe ».

Tous les textes sont écrit à l’encre noire par Marc, avec une plume métallique qui témoigne d’une maturité nouvelle. « On est des trentenaires dans le rap. Je voulais parler de cette génération charnière et un peu bâtarde qui n’a connu que le déclin, la fin des années Mitterrand et l’arrivée du sarkozysme. Je suis réaliste, mais je garde espoir dans la lutte. À force de semer la misère, les gens vont finir par réagir. Un morceau comme “J’Ai Faim“, qui parle d’aller puiser le savoir et la connaissance pour ne pas se faire manipulé, est porteur d’espoir, comme l’est “Ma Ligne De Mire“ qui dit comment on se positionne par temps de rage ».

« L’Eau Monte » est parti d’une réflexion : jusqu’où faut-il être fier de ses racines ? Et quelles peuvent être les dérives de cette fierté ? « Moi je suis d’ici et d’ailleurs, je ne revendique pas un endroit précis mais je croise plein de gens enracinés dans une identité locale, le 9-3 ou Montreuil par exemple. C’est un phénomène que je rencontre de plus en plus. Je respecte ça, mais je ne suis pas dedans. Et j’ai écrit cette histoire sur ce mec né quelque part, et ne se voit finir ses jours que là bas. Mais si son microcosme s’autodétruit, est-ce qu’il ne va pas passer à côté de sa vie ? La dernière phrase c’est “À trop vouloir s’accrocher à ses racines, on oublie de sauver sa peau quand la région est assassine“ ».

« Le Dragon » évoque les dérives nées du désespoir, la fuite vers le néant de ceux qui se détruisent. « Dans l’Est de la France, la crise a été très dure. Là où il n’y a que des usines basées sur la sous-traitance, ils se la sont prise en pleine gueule. Quand je revois ma petite ville de Saint-Claude, beaucoup sont au chômage, donc forcément misère, paradis artificiels. Combien sont restés sur le carreau à zoner, c’est glauque. Je voulais traiter ce thème là ».

« La Colère » est le bouquet final de l’album, une explosion libératrice qui monte en puissance. « C’est une colère saine, pas négative. La colère, il faut l’exprimer. Elle est légitime. C’est de ça dont se nourrit l’agneau pour trouver la force de défier le loup. L’ossature du morceau fait qu’on passe de quelque chose de très doux à une explosion de rage positive avant un retour à la douceur ».

Moraliste, La Canaille ? Surtout pas. « Je préfère raconter une histoire plutôt que de juger, je reste factuel, comme dans un film de Ken Loach. Je veux que mes chansons procurent des émotions avant tout, et c’est ça qui peut avoir un impact si c’est bien fait. Je déteste la morale. Comme le dit Férré la morale c’est toujours la morale des autres ».

Douze chansons de lutte pour une époque de crise, avec une lumière vacillante au fond du tunnel. Par Temps De Rage, c’est l’œuvre d’un groupe lucide et engagé, qui ne se résigne pas à accepter son époque, qui lutte pour imposer ses mots. Même et surtout par temps de rage.

Lundi 24 Janvier 2011 - 20:39



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