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Larry Clark - Une expo interdite aux moins de 18 ans à Paris




L'exposition, à partir du 8 octobre, devrait faire événement : la première rétrospective en Europe du grand photographe américain Larry Clark, 67 ans, au Musée d'art moderne de la Ville de Paris. Mais c'est aussi une exposition qui fait peur. Car Larry Clark, également grand cinéaste, a photographié "sans concession la perte de repères et les dérives de l'adolescence". En termes plus crus, disons qu'il est question de sexe, de violence et de drogue dans les photos en noir et blanc ou en couleurs. Des garçons se piquent, d'autres arborent leur pénis en érection, des couples font l'amour, les pistolets virevoltent. Et comme les garçons semblent avoir entre 15 et 18 ans, et que les poses sont "très suggestives", on a pu parler de pédophilie.

L'exposition sera interdite aux moins de 18 ans. C'est très rare dans les musées. "Je ne vois pas d'autre exemple, peut-être un à la Bibliothèque nationale", avance Fabrice Hergott, directeur du Musée d'art moderne de la Ville de Paris. Des gardiens vérifieront les cartes d'identité. Selon M. Hergott, le service juridique de la Ville de Paris a brandi la loi de mars 2007 sur la protection de l'enfance. "C'est la meilleure décision, car le risque de conflit est avéré", ajoute Christophe Girard, adjoint à la culture (PS) à la Ville de Paris. Il ajoute : "L'essentiel est que cet immense artiste soit exposé à Paris."

Sans doute, mais l'oeuvre peut-être la plus forte sur l'adolescence est interdite aux adolescents. "Oui, c'est dommage", dit Fabrice Hergott, qui sait très bien que la loi est loin d'être la seule raison de l'interdiction aux moins de 18 ans. "C'est l'époque qui a changé." Les multiples révélations d'affaires de pédophilie, depuis dix ans, ont bouleversé la perception des images faisant dialoguer sexe et enfance. La Ville de Paris a déjà présenté une exposition Larry Clark en 1992. C'était dans le Forum des Halles. Il y avait des images très crues. "Nous n'avions eu aucun problème", rappelle Joël Brard, qui a travaillé à cette exposition. En revanche, "Présumés innocents", montrée à Bordeaux en 2000, avec pour sujet la représentation de l'enfance dans l'art contemporain, a donné lieu à dix ans de procédures devant les tribunaux. Les organisateurs, accusés de "diffusion de l'image d'un mineur présentant un caractère pornographique", n'ont finalement pas été poursuivis. Mais, dans le monde de l'art, le traumatisme reste profond.

Le catalogue Clark devait être réalisé par Paris Musées, lié à la Ville. Finalement, il le sera par la galerie Simon Lee, à Londres, qui représente Clark. Pourquoi ? On sent Aimée Fontaine, directrice de Paris Musées, embarrassée : "C'est un livre d'artiste, et son coût est élevé..." Le contenu des images n'a-t-il pas joué ? Mme Fontaine est alors plus directe : "On ne peut ignorer qu'il y a dans le livre des photos à caractère pédophile et pornographique." Six images posaient problème à l'éditeur, reconnaît M. Hergott. "Finalement, le livre est fait à Londres, sans censure, ce qui permet de protéger l'oeuvre de l'artiste."

Lundi 20 Septembre 2010 - 16:08



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