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Les filles revendiquent le droit à la jupe




Les filles revendiquent le droit à la jupe
Isabelle Adjani, un flingue à la main, hurle devant une classe d'adolescents médusés : "Je veux une journée de la jupe !" Pure fiction que cette scène du film de Jean-Paul Lilenfeld qui sera diffusé vendredi sur Arte avant de sortir en salles mercredi prochain ? Près d'un demi-siècle après l'instauration de la mixité à l'école, la question des relations filles garçons, des modes vestimentaires et du respect n'est pas réglée. Loin s'en faut.

"En 2006, dans un module santé, j'ai demandé aux élèves de quoi ils voulaient parler", explique Jean-Michel Durand, conseiller pédagogique d'éducation et enseignant à l'Ipssa de Vitré. "Ils m'ont répondu 'les relations amoureuses'. Et quand j'ai creusé, les filles m'ont avoué qu'elles ne pouvaient pas du tout s'habiller comme elles le voulaient sans se faire insulter'. Les quatre mois suivants, une association rennaise, Liberté et couleurs, est venue travailler avec les collégiens et lycéens sur le thème du sexisme, du respect de l'autre et des relations filles-garçons. Et la "journée de la jupe", journée où les filles de l'établissement étaient invitées à venir en jupe ou en robe, est née. En quatre ans, des ateliers de slam, des courts-métrages, expo photos, pièces de théâtre et un documentaire sur le thème ont vu le jour. Aujourd'hui, la journée s'est transformée en "Printemps de la jupe" et une quinzaine d'établissements bretons participent à l'opération du 16 mars au 3 avril.

"Faire jouir son copain en 10 minutes"

"La jupe est un symbole", analyse Julie Gaguant de Libertés et couleurs, "mais on ne s'est jamais arrêté au seul aspect vestimentaire". "Vous n'imaginez pas la violence verbale des garçons et même des filles envers celles qui osent s'habiller de façon féminine", assure Jean-Michel Durand. Au cours des ateliers, les élèves ont avoué l'influence jouée par le porno sur l'image qu'ils ont de la sexualité : tandis que leurs parents feuilletaient fébrilement les pages lingerie du catalogue de La Redoute, eux ont accès de plus en plus jeunes aux vidéos pornos sur internet. "Les filles sont vues comme des objets", renchérit l'enseignant du lycée professionnel.

"Je ne suis pas certain que l'hyper pornographie soit la cause de tout. La presse ado va très loin aussi", estime Thomas Guiheneuc, animateur des ateliers pour l'association Liberté et couleurs qui cite en exemple un magazine pour les 12-13 ans qui titrait sur "comment faire jouir son copain en 10 minutes". Brigitte Chevet a réalisé un documentaire sur le sujet, Jupe ou pantalon. Pendant un an et demi, elle a suivi les différents ateliers de Thomas Guiheneuc (lire encadré ci-dessous). Dans un extrait, on y voit une collégienne d'un établissement privé qui estime que si une fille "se fait tourner*, c'est qu'elle l'a cherché".

"Il faut avoir à l'esprit que les préjugés ne sont pas le seul fait des garçons, les filles peuvent être très dures entre elles aussi", juge Gérard Blot, chef d'établissement de l'Ipssa. "Ce qui me choque le plus lors des ateliers avec les collégiens et lycéens, ce ne sont pas les 'grandes gueules' qui affirment des points de vue tranchés mais la majorité silencieuse qui n'ose pas prendre le contre pied". La logique de groupe et de personnalités dominantes joue à fond chez les adolescents.

Et contrairement aux idées reçues, les préjugés dont sont victimes les filles sont valables dans tous les milieux. "Il ne s'agit pas non plus d'un phénomène spécifique aux établissements des quartiers sensibles ou auprès des populations pauvres, c'est plus général", estime Gérard Blot. Et les parents ? "Ils tombent de haut quand on leur en parle", raconte Thomas Guiheneuc. "Selon eux, ils n'élèvent pas leurs enfants comme cela. Mais à vrai dire, en famille, on parle peu de tout ça. La question du préservatif est plus facilement abordée que celle de la sexualité".

Vendredi 20 Mars 2009 - 12:50



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