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Les liens du sang




Lyon, à la fin des années 70. François, inspecteur de police, apprend la sortie de prison de son frère, Gabriel, qui vient de tirer dix ans pour meurtre. Entre le flic et son aîné, les retrouvailles ne sont pas évidentes, mais chacun a la volonté de tirer un trait sur le passé. Gabriel essaie de se ranger et François se met en quatre pour l'aider. Mais la réalité et les vieux démons finissent par les rattraper. Pour les deux frères, séparés par leurs choix, mais unis par le sang, le chemin parcouru semble étrangement aboutir à la même impasse.

Après la sortie de Nos vies heureuses en décembre 1999, Jacques Maillot a tenté d'acquérir les droits d'un roman américain, Blue River d'Ethan Canin, une histoire de retrouvailles tardives entre deux frères. Malheureusement, une adaptation étant déjà en cours, le cinéaste dut laisser tomber cette idée. C'est alors qu'il se pencha sur le livre Deux frères flic et truand des frères Papet. "Le sujet rappelait un peu celui du livre qui venait de m'échapper, explique-t-il. Je l'ai lu très vite et j'ai immédiatement demandé à mon producteur de se renseigner sur les droits. Le livre était inadaptable en lui-même mais il offrait une matière exceptionnelle. Il s'agissait de deux témoignages plutôt impressionnistes, sans véritable intrigue."

En février 2000, le réalisateur s'est entretenu avec les auteurs. "Comme je le subodorais, ce qu'ils m'ont raconté de leur vie et qui ne figurait pas dans le livre était vraiment passionnant. Au départ, j'ai donc eu l'idée, sans doute trop ambitieuse, de raconter leur vie depuis leur enfance. Je me suis rendu compte que cela débordait le format cinématographique habituel. On était dans un type de projet comme ont pu en faire Rainer Werner Fassbinder avec Berlin Alexanderplatz ou Ingmar Bergman avec une réalisation à la fois pour la télévision et le cinéma." Pendant les deux ou trois ans qui ont suivi, Jacques Maillot s'est alors mis en tête de développer le projet en pensant à une série télévisée de six ou sept épisodes d'une heure et demie. Cette saga s'est finalement révélée impossible à réaliser et il s'est donc à nouveau tourné vers un long métrage cinéma. "Il aura fallu quatre ans d'écriture pour en arriver là ! On a perdu beaucoup de temps à attendre les décisions", conclut-il.

Le choix des comédiens
Jacques Maillot souhaitait d'abord trouver l'aîné des deux frères - Gabriel dans le film - qui, un peu comme dans la réalité, avait un impact sur son frère. On lui a suggéré François Cluzet. "Il fallait qu'il puisse être à la fois ignoble et attachant, ce qui constitue un exploit, raconte le cinéaste. Il fallait aussi avoir le goût du risque, car le personnage ne fait pas grand-chose de valorisant. J'avais l'intuition qu'il avait cette capacité et il est allé bien au-delà de mes attentes. Il a très vite accepté car il était heureux de jouer pour la première fois un rôle de truand. Cela lui parlait parce que le truand est un personnage mythologique du cinéma et lui permettait d'exprimer deux ou trois choses personnelles qu'il avait envie d'aborder. " Guillaume Canet, lui, s'est montré partant dès qu'on lui a proposé le rôle. Il avait failli travailler avec Jacques Maillot sur Nos vies heureuses, ce dernier lui ayant fait faire des essais à l'époque. "Il venait de tourner avec François en étant frustré de ne pas avoir pu jouer avec lui puisqu'il réalisait", se souvient le réalisateur. "Tous deux sont crédibles en tant que frères. Le film bénéficie de leur complicité. Guillaume a remarquablement saisi le personnage et rend bien ce mélange d'angoisse et d'énergie. Il apporte en plus quelque chose de plus secret, une blessure sourde qui correspond tout à fait à son personnage."

L'approche du personnage par Guillaume Canet
Guillaume Canet raconte comment il a approché son personnage : "J'ai d'abord besoin de comprendre sa trajectoire et ses intentions. Après, c'est une situation à jouer. Le personnage était si bien écrit que j'ai pu coller à lui, sans avoir beaucoup de propositions à faire à Jacques Maillot. Pour travailler un peu l'aspect technique du rôle, j'ai parlé avec quelques policiers et Bruno Papet. Dans plusieurs des films que j'ai tournés auparavant, j'ai rencontré pas mal de flics qui m'ont appris certaines choses, comme la manière de tenir un flingue, des attitudes, des façons de parler. Bien entendu, nous nous sommes adaptés aux exigences de l'époque, par exemple en changeant certains mots trop actuels. Les armes ne sont pas les mêmes non plus et la manière de les tenir a évolué. La culture cinématographique nous permet aussi de reproduire des choses que nous avons vues dans les films de Peckinpah ou Lumet."

Clotilde Hesme vue par Jacques Maillot
Pour le rôle de Corinne, Jacques Maillot a rencontré Clotilde Hesme après l'avoir vue dans Les Amants réguliers de Philippe Garrel. "Dans l'histoire, son personnage apporte quelque chose de droit malgré un passé assez sombre, explique le réalisateur. Elle a pu choisir François comme planche de salut. J'ai fait des essais avec Guillaume et quelque chose de magnétique s'est passé entre eux, une espèce de rapport d'égal à égal. Elle mène le jeu autant que lui. C'est ce rapport qui a déterminé ma décision finale. Elle a en plus une espèce de classe immédiate qui fait qu'on n'est pas surpris que quelqu'un puisse la suivre dans la rue."

Retrouvailles...
Pour Les Liens du sang, Jacques Maillot a retrouvé quelques "vieux complices" qui ont déjà travaillé avec lui, notamment dans son précédent film, Nos vies heureuses. Parmi eux, "Eric Bonicatto, le copain de Gabriel qui l'emmène sur sa moto, ou Fred Ulysse qui joue Louison, le patron du Rubis ; Marc Chapiteau qui fait Bouchet, Alain Beigel qui joue un des flics qui accompagnent Guillaume Canet..."

Clovis Cornillac pressenti
Clovis Cornillac a initialement été pressenti pour incarner François, rôle qui a finalement été attribué à Guillaume Canet.

L'histoire des frères Papet
Bruno Papet et Michel Papet ont beau être frères, ils ont suivi deux trajectoires diamétralement opposées. Michel, deux ans de plus que Bruno, a passé de longues années à Centrale pour meurtre, cambriolage, proxénétisme, fausse monnaie... Pendant que l'aîné se fait un nom dans le milieu du crime, Bruno entre dans la police par la grande porte en devenant en 1975 inspecteur au groupe de répression du banditisme à Lyon. Ayant rompu tout lien à partir de 1978, les deux hommes vont être amenés à se faire face pour finalement se retrouver en 1995...

Plongée dans les seventies
L'action des Liens du sang se déroule dans les années 70. "Une époque proche mais quand même très différente de la nôtre, à la charnière entre deux mondes, raconte Jacques Maillot. Ce n'est plus l'euphorie du début des années 70 où on croyait encore que tout pouvait changer, mais on n'est pas encore dans les années 80 avec leur côté toc. Une espèce de zone grise qui correspond à la période d'activité des frères dans la réalité. La drogue n'avait pas encore pris l'ampleur qu'elle a aujourd'hui. Le milieu était encore régi par des lois, des "codes d'honneur" et des principes hérités de la guerre. Nous voulions être vrais, sans "vendre" le côté 70, par les décors par exemple. Nous avons visionné des films de cette époque pour nous remettre dans l'ambiance. Nous avons tout fait pour éviter la caricature de ces années. A l'écran, elles devaient être réalistes pour ceux qui les avaient connues. J'en suis assez content parce que, chaque fois qu'on tournait, les gens reconnaissaient tel détail ou tel objet du décor, une sorte de madeleine de Proust qui leur rappelait des souvenirs oubliés."

Dates et lieux de tournage
Le tournage a débuté le 25 janvier 2007 et s'est déroulé durant 53 jours à Paris et sa région, Lyon et Annecy.

Mercredi 6 Février 2008 - 16:10
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