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MARTIN RAPPENEAU - 1800 désirs

Sortie le 9 Février 2009




Martin Rappeneau est définitivement a part dans le monde si formaté de la chanson. Ses deux premiers albums, La moitié des choses et L’âge d’or, parus respectivement en 2003 et 2006, jetaient déjà les bases d’une pop new look, classieuse et estampillée made in France. On se souvient par exemple de ces morceaux comme Les figures imposées et Julien qui avaient révélé au grand public un héritier inattendu de Véronique Sanson, William Sheller, et Michel Berger, comme eux fin pianiste et amoureux de la langue.

Pour ce troisième disque, Martin a pris son temps, (il a même cru souffrir d’une « laurent voulzyte »…). Après deux longues années sur les musiques, il contacte Régis Ceccarelli pour l’aider sur la direction musicale. Issu lui aussi d’une famille d’artiste, il devient un véritable complice à la double culture de batteur (Keren Ann, Tété, Jean Louis Murat) et de producteur (Henri Salvador, Abd El Malik), un esthète qui, en maître du tempo, a su capturer la pulsation intérieure du chanteur.

Puis c’est au tour des textes. Essentiels, ils traduisent sa musique et s’ils parlent d’amour c’est que ses partitions en sont pleines. Quand Martin écrit c’est à deux, avec ses « sages femmes » : Marie Richeux, Caroline Lesieutre, ou Benjamin Seilles. Mais pour la première fois quelques «spécialistes» se sont penchés sur ses mélodies : Jean-Loup Dabadie, Gérard Duguet Grasser, l’une des nouvelles plumes de Julien Clerc, et Didier Golemanas, un auteur qui écrit aussi bien pour Vanessa Paradis, Bashung, ou Johnny et qui voulait travailler pour Martin depuis qu’il l’avait vu il y a quatre ans à sa toute première émission de télévision…

En studio, les musiques s’enluminent en petit comité. Martin Gamet et Laurent Vernerey se partagent les basses, Eric Sauviat apporte sa guitare aux parfums folk, Julien Chirol ses cuivres raffinés. Au milieu d’arrangements et d’orchestrations sobres et imparables, la voix de Martin s’est affirmée. Sur les crédits, il se donne la paternité des « mélodies et harmonies », mais en réalité il est le maître concepteur de l’ensemble, un chef d’orchestre doublé d’un chef du verbe. Car si chaque texte est une esquisse d’une peinture sentimentale, Martin a voulu qu’ensemble ils forment le portrait d’un homme et d’une femme qui s’aiment et se déchirent…

L’album est construit avec un beau sens de la dramaturgie. Son épicentre est Ce n’était pas moi, seule chanson qui ne parle pas d’amour, mais de la réticence de Martin à chanter les malheurs du monde, non par indifférence mais par honnêteté.
Autour, on trouve d’abord des chansons au groove énergique : le morceau-titre chante la course aux désirs inassouvis et la perte de l’être aimé. Elle disait, elle disait s’écoute comme un court métrage mélancolique dont le cadre est un hôtel du sud de l’Italie où les temporalités se télescopent. Après l’orage est une ballade moite où on se cache sous les draps…, tandis que Julie & Sarah se parfume des odeurs des amours de lycée. Sans armure, en forme de chanson manifeste, prêche la fin des demi-mesures et ordonne de vivre à fond. Quant à On n’a pas fini de s’aimer, il évoque les tubes imparables et les grands hymnes « eltonjohnien » des 70’s.

Il y a des zones plus sombres : Pas ce regard là évoque les ruptures graves où tout redevient possible sur le pas d’une porte…Le vrai malheur cache sous un tempo élégant une ode aux amours perdues. …Et solitaire et solitude oppose deux mots ou deux personnages qui ne se ressemblent qu’en apparence. Puis accompagné de son seul piano, Martin détourne l’éternel « je t’aime », et l’inverse pour qu’il devienne Je me tais. Enfin, A l’Ouest est un sublime épilogue où le point cardinal est à la fois la métaphore d’un ailleurs et le symbole d’un soleil couchant qui clôt l’album avec une belle douceur pleine d’espérances.

Au fil de ces douze chansons, Martin Rappeneau est le metteur en scène et en sons de ses refrains imagés. Il veut que l’intime et le populaire s’y rejoignent, et il peaufine sa science d’artisan sonore et ce sens de la perfection qu’il porte haut et fort, à tel point que le mixage de l’album a commencé à New York, avec Michael Brauer aux manettes, le mixeur de Coldplay, KT Tunstall et James Morrison.
Aux antipodes du son compressé, Martin a d’ailleurs bien du mal à imaginer que son album puisse un jour s’écouter sur un téléphone portable !

« Connaître Martin c’est l’aimer », dit l’une de ses proches qui a bien compris que son public est avant tout féminin...
Trentenaire de son temps, il revendique sa fidélité à l’art de la variété et sa fascination pour la grande époque du rock et de la pop des années soixante-dix. Ses ardeurs autobiographiques viennent alimenter un monde onirique où la musique habille les mots, les complète, les renforce. On pense alors fugitivement à quelques grands orfèvres dont l’influence n’est pas si loin : Paul Simon, James Taylor, Jackson Browne…

Lorsqu’on demande à Martin quel est le « style Rappeneau », il répond sans hésiter : « être toujours solaire malgré les peines » ; puis il ajoute : « suivre son rythme, son harmonie, les battements de son cœur ». Une belle profession de foi d’un chanteur – philosophe qui avoue porter une carapace dans la vie mais s’ouvrir dans ses chansons, et plus encore lorsqu’il est sur scène. Car Martin est un show man capable de mettre un Casino de Paris debout dès les premières notes et qui depuis ses débuts a toujours su repérer et faire venir sur scène les talents à venir (Camille, Rose ou Emily Loizeau). Cette attitude éclectique va se poursuivre : pour ses concerts du début 2009, on annonce déjà la participation d’un quatuor à cordes.

Dans la tradition des grands mélodistes français que sont un Julien Clerc ou un Laurent Voulzy, Martin Rappeneau est un aristocrate moderne de la chanson. Avec talent et intégrité, il poursuit son combat poétique et musical, continue d’être indépendant et de n’appartenir à aucune école. Séducteur né, il met ses mélodies soyeuses et ses mots choisis au service d’une chanson élégante et racée qui n’a pas fini de nous faire frissonner. Pascal Bussy.

Lundi 17 Novembre 2008 - 12:51



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