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MAURANE « Nougaro ou l’Espérance en l’homme »




MAURANE « Nougaro ou l’Espérance en l’homme »
Du velours dans la rocaille, de la soie dans le swing… Quand Maurane chante Nougaro, ce n’est pas uniquement Claudine qui interprète Claude, ou Bruxelles qui revisite Toulouse. S’il s’agit bien de l’hommage d’une grande chanteuse actuelle à un génie de la chanson contemporaine, rien à voir avec un quelconque disque de reprises : plutôt un album de surprises. Une rencontre aux sonnets, un panorama amoureux de la carrière du grand Nougaro, revue et caressée par celle qu’il considérait comme sa digne héritière.

L’idée a germé il y a plusieurs mois, à l’orée d’un anniversaire historique : Claude Nougaro aurait eu 80 ans cette année. Pour Maurane, l’occasion de célébrer à la fois l’ami et le maître, celui qui l’a accompagnée et parfois soutenue, de sa présence paternelle et amicale. Comme elle dit : « Il a failli plusieurs fois m’écrire des chansons. Sur son dernier album, « Blue Note », il m’avait demandé d’interpréter en duo avec lui le titre « L’espérance en l’homme ». Il est parti avant… »

Des affinités qui ne datent pas d’hier. Leur environnement familial, déjà, présente de troublantes similitudes : un père chanteur d’opéra et une mère pianiste pour Nougaro, une maman pianiste et un papa directeur de conservatoire pour Maurane. Qui avait à peine une dizaine d’années quand elle tomba littéralement amoureuse d’une chanson de Nougaro, entendue à la radio, une chanson pas facile pourtant, intitulée « La mutation », sorte d’ode au yin et au yang, évocation de la fusion d’un couple.

Plus tard, à l’occasion de concerts bruxellois, l’adolescente, auteur-compositeur en herbe, réussit à faire passer au maître des cassettes de ses chansons. En retour, le maestro lui écrivit une lettre, dans laquelle il détaillait avec sa verve légendaire les travers dont lui semblait souffrir les premiers essais de la future Maurane. Aujourd’hui encore, celle-ci peut en réciter par cœur de larges extraits… Cette critique aussi judicieuse que peu complaisante n’empêcha pas son auteur, un soir de 1980, de venir écouter la débutante, dans un café-théâtre montmartrois. Et de l’inviter à partager un récital à l’Olympia et au New Morning. Le début d’une longue amitié, jamais démentie : « Aujourd’hui encore, quand j’écris une chanson, raconte Maurane, j’ai souvent l’impression que Claude est là, derrière mon dos… »

Il est plus que jamais là, dans ce disque à lui consacré : seize chansons (dont un titre inédit sur la version digitale de l’album), triées sur le volet avec le soutien d’Hélène, l’épouse de l’artiste disparu. Un choix difficile dans un répertoire à la richesse foisonnante, qui devait à la fois pouvoir être chanté par une femme et représentatif des différentes époques. Avec les « incontournables » comme « Armstrong » (que Maurane interpréta un jour en duo avec Nougaro pour une émission de télé), « Dansez sur moi », « Le jazz et la java » « Toulouse », « La pluie » ou « Bidonville », sans oublier le fougueux « Tu verras », promesse partagée avec Calogero. Mais aussi des perles moins connues, comme « L’espérance en l’homme » qui donne son titre à l’album, « Allée des brouillards », « La danse » ou le voluptueux et comique « Gratte moi la tête ». En tout seize morceaux réalisés par Alain Cluzeau et habillés des arrangements foisonnants, guitares, cordes et cuivres entre big band élégant ou flamenco-jazz agile, de David Lewis (Paris Combo), Louis Winsberg (Sixun, Jaléo), Fred Pallem (Le Sacre du Tympan), et Dominique Cravic (Les Primitifs du Futur).

Un disque dense et émouvant, dans lequel Maurane n’a jamais si bien chanté, s’appropriant les mélodies avec une émotion contenue et une tendresse respectueuse : « Je suis toujours motivée quand je fais un disque, avoue-t-elle, mais je ne l’ai jamais été autant que pour celui-ci. Plus que motivée : investie... »

Velours et rocaille, swing et soie : Maurane chante Nougaro, et c’est beau.

Mardi 9 Juin 2009 - 18:17



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