Connectez-vous S'inscrire

Nouvel album de Moby (2009)

Sortie depuis le 29 juin 2009




En entendant le discours de David Lynch aux BAFTA Awards en Février 2008, Moby a eu une révélation. Le message de Lynch – la créativité comme une finalité est une chose magnifique et formidable – était simple, mais il a frappé Moby avec la force de la canne du maître Zen. « À ce moment-là, j’ai décidé de faire des disques plus personnels », dit Moby, « peut-être plus expérimentaux, et un peu plus ambitieux, peut-être pas si faciles à aimer, mais des choses que je trouverai plus satisfaisantes créativement et artistiquement. C’était l’idée de départ de ce nouvel album ».

Wait For Me (sortie prévue le 29 Juin), est le résultat de cette révélation et une tangente radicale par rapport aux récents albums de Moby – Last Night,  l’hymne aux dancefloors de l’année dernière; Hotel, qui flirtait avec le rock moderne en 2005 ; 18, l’ambiante scintillante de 2002 ; et l’electronica mélancolique de Play, qui marqua son époque en 1999. Libéré de la pression d’avoir à se faire plaisir tout en charmant les programmateurs radio, les journalistes et le département marketing de son label, il a décidé de se passer des studios hors de prix, du matériel de pointe, des contributions d’artistes prestigieux, des teams de graphistes et autres consultants en image qui ont caractérisé quelques-uns de ses précédents albums. « Il y a quelque chose de tellement relaxant dans le fait de tout faire soi-même, et de ne pas essayer d’anticiper les réactions du marché », dit Moby. « Je ne sais pas si quelqu’un aimera ce disque, je ne sais pas si il se vendra, mais c’est tellement bon de faire les choses pour les bonnes raisons, sans se soucier des passages radio ou des ventes – juste faire un disque parce que tu as envie de faire un disque ».

En effet, cette approche « fait main » se ressent tout du long de Wait For Me, de l’enregistrement à la pochette de l’album. « Un ami à moi a pris les photos », dit Moby. « J’ai fait le graphisme. J’ai fait ce disque dans ma chambre, et je l’ai mixé avec un punk complètement fou qui se perdait sur le chemin du studio chaque soir ».

Ce « punk complètement fou » est le légendaire Ken Thomas, qui a travaillé avec tout le monde, des Buzzcocks à Wire, Boyd Rice, Chris & Cosey de Sigur Ros et M83. Travailler avec Thomas et faire Wait For Me à la maison ramène Moby à ses racines punk, quand il était membre du groupe hardcore Vatican Commandos au début des années ’80. La musique de Wait For Me a toujours ce caractère enivrant, planant et fort en émotions que l’on connaît chez Moby, mais on détecte tout de même ses influences punk dans certaines chansons. “Mistake“ est un hommage au post-punk émotionnel de Joy Division et Echo & the Bunnymen, alors que le titre éponyme de l’album est une description du désespoir muet inspiré de l’album Damaged de Black Flag.

Mais le son de Wait For Me puise son inspiration dans une époque plus douce, bien avant le punk, avant même l’aube du rock&roll. « Je voulais faire un album qui soit beau, chaud, ouvert et accueillant, et aussi un peu plus particulier et personnel », dit Moby. « De par la manière dont il a été enregistré et mixé, ce disque n’est pas sensé être grandiloquent. Le problème que j’ai avec les productions d’aujourd’hui c’est qu’elles sont toutes imposantes, agressives, exubérantes et accaparantes. Parfois ça peut être super, mais quand chaque instrument est mixé le plus fort possible et que les voix sont très imposantes, que tout est très vif et qu’il n’y a pas de subtilité, eh bien je n’ai pas envie d’inviter des disques comme ça chez moi. Ils sonnent très bien quand tu es dans une voiture de location et que tu écoutes le Top 50 à la radio, mais les disques qui m’attirent sont des productions très épurées de vieux blues, des disques assez austères et simples. Donc j’avais envie de donner cette austérité à ce disque ».

Wait For Me a bien cette qualité spartiate, mais c’est aussi un album chaud, intime et convivial.
Pour obtenir cette connexion intime avec l’auditeur, Moby a noyé Wait For Me de réverbes et d’effets de stéréo. « Je me suis inspiré des cœurs de “In the Ghetto“ d’Elvis, de “Surrealistic Pillow“ des Flaming Lips et de “I Only Have Eyes for You“ des Flamingos », dit Moby. « Et aussi de eBay, parce que sur eBay j’ai pu acheté plein de matériel merdique qui m’a bien rendu service : des vieilles réverbes, des vieux delays, des vieux amplis, des vieux claviers, des choses qui sont techniquement imparfaites mais qui m’allaient bien ».

On entend les fantômes de ces vieilles machines, et, combinées avec des réverbes caverneuses, des longs rifs de guitares, des cordes chaudes et quelques ballades sentimentales, Wait For Me évoque le catalyseur de l’album – David Lynch et son travail avec le compositeur Angelo Badalamenti. Lynch a réalisé la vidéo de “Shot In The Back Of The Head“, une chanson qui, avec ses vagues fracassantes de son, rappelle aussi Phil Spector. La boucle est bouclée quand on pense que Lynch a inspiré la renaissance créative de Moby puisqu’il avait samplé Twin Peaks sur l’album qui a lancé sa carrière, le hit planétaire “Go“ en 1991.

Plutôt que d’aspirer à l’ascension des charts ou de plaire à une cible marketing, Wait For Me vise à établir un lien individuel avec l’auditeur. « Par le passé, les maisons de disques et les musiciens ne s’adressaient pas aux auditeurs en tant qu’individus, ils s’adressaient à eux en tant que masse parce qu’ils vendaient des millions de disques », dit Moby. « Je crois que beaucoup de gens ont perdu de vue cette relation. Sans passer pour un illuminé new age, je trouve que c’est une vraie leçon d’humilité pour un musicien que de penser que quelqu’un va ramener votre album chez lui pour l’écouter. Je pense que beaucoup de musiciens à succès partent du principe qu’ils auront toujours un public, et cela rend leur musique complaisante et arrogante ».

Avec la musique douce, gracieuse et parfois désarçonnante de Wait For Me, Moby s’est efforcé d’éviter cet écueil.

Samedi 27 Juin 2009 - 22:50



Nouveau commentaire :

sur cette page