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Olivia Ruiz - Miss Météores

le 13 avril 2009




« Miss Météores », donc. La miss, c’est Olivia Ruiz, éternelle chipie canaille des bords de l’Aude qui, malgré la gloire et les honneurs, et parce que ce n’est toujours pas de son âge, refuse qu’on l’appelle « madame ». Le météore, c’est, selon la définition officielle, un corps céleste qui traverse l’atmosphère en produisant un phénomène lumineux. C’est un nom masculin. Mais le jour où le météore décidera de changer de genre, il pourra se rebaptiser Olivia Ruiz, parce que la définition va aussi très bien à la chanteuse.

Il y a quelques années-lumière, on l’avait découverte étoile fuyante, star pas très académique, ni forcément très heureuse, de la première édition d’un célèbre concours de chansons télévisé. Après ce passage un brin forcé en zone de turbulence, dans le trou noir de l’over médiatisation, Olivia Ruiz avait eu le courage de ramasser ses dents et de reprendre sa trajectoire : la passion du spectacle et du chant rivée aux tripes, celle d’une enfant de la balle, et fille d’un musicien, qui faisait de la radio, des chansons et de la scène à l’âge où les autres petites filles jouent à la poupée. Aujourd’hui, sur la pochette de « Miss Météores », c’est au tour d’Olivia Ruiz de jouer à la poupée – mais à sa façon bien particulière, on y reviendra.

Sur son premier album sorti en 2003, carte de visite chanson-rock, elle chantait « J’aime pas l’amour ». Ce ne fut pas réciproque. Ouh ! la menteuse : elle est bientôt amoureuse de Mathias Malzieu, le lutin chantant de Dionysos, avec qui elle mitonne « La Femme Chocolat », disque très personnel sur le fond et la forme. La suite, on la connaît : deux ans d’aventures pour « La Femme Chocolat », plus de 200 concerts, une pratique de la musique frottée à l’adrénaline de la scène, des rencontres importantes pour l’avenir, la reconnaissance du milieu et du public, des ventes de disques qui grimpent l’Everest… Olivia Ruiz au sommet, là où l’ivresse peut parfois s’accompagner d’un certain malaise. Elle a dégusté, le chocolat, le succès et d’autres choses moins douces au palais. Elle a parfois eu le chocolat las, un peu amer. D’ailleurs, elle raconte tout ça très bien à la toute fin de « Miss Météores », dans le morceau caché, un genre de performance slammée en duo avec l’ami Christian Olivier, sur un texte offert par Allain Leprest. Sur un arrangement de cordes tendu, la chanson dit l’angoisse et les doutes du coureur à l’approche de la ligne d’arrivée. « Plus que six mètres, plus qu’à s’y mettre ». Et s’il y a un morceau caché, c’est qu’il y a tout un nouvel album à découvrir.

Elle s’y est donc remise, Olivia Ruiz, et de plus belle, au plus profond. D’abord, avec des chansons écrites et rêvées en tournée. Ensuite, gonflée par la fierté d’en avoir composé une paire pour Juliette Gréco. Enfin, rassurée de retrouver le studio et l’équipe de « La Femme Chocolat ». C’est la suite, mais c’est aussi tout autre chose. Musicalement, c’est la feria, entre fiesta et féerie. C’est l’auberge espagnole, la tenancière (qui a pour la première fois écrit la quasi totalité de l’album) danse sur les tables, elle tape sur les casseroles et parfois casse des assiettes. La petite sorcière bien aimable est arrivée en studio avec une vision de l’album : des guitares du far-west (région des chevaliers cathares), des courants d’air violents et vivifiants, des instruments nomades, des ambiances baroques et rock à la Tom Hazelwood, à moins que ce ne soit Lee Morricone ou peut-être Ennio Waits. Elle chuchote en espagnol, rugit en anglais et chante en français, confirmant ses qualités d’interprète polyglotte. Elle ouvre les fenêtres, il pleut des orchestres à cordes, tout le monde se réfugie à l’intérieur. C’est encore une histoire de familles. Famille de sang – son père et son frère sont sur l’album. Famille de cœur – elle a co-réalisé « Miss Météores » avec les fidèles, Mathias Malzieu & Alain Cluzeau, ainsi qu’Olivier Daviaud pour tout arranger. Famille élargie aux musiciens croisés sur la route. Olivia reçoit : le rappeur-producteur canadien Buck 65, les Anglais félins et furax des Noisettes (rencontrés sur la tournée de « La Femme Chocolat », et il est sûr que le Chocolat avec des Noisettes, c’est bon), les Français américanophiles de Coming Soon, le groupe austro-espagnol de cabaret à ciel ouvert Lonely Drifter Karen…

« Je n’aime pas l’idée de faire un disque pour moi, j’avais envie de partager un truc, c’était aussi le moment d’inviter des gens que j’avais envie de soutenir », dit-elle. Alors tout va bien ? C’est le bonheur ? Hum… Dans les chansons, elle joue avec les mots, les notes, les ambiances, et aussi avec ses nerfs. Et sur la pochette, elle joue donc à la poupée. Option jeux interdits, avec une poupée à son effigie et une grande paire de ciseaux : un doudou ? Du vaudou ? Ou un vaudoudou ? Et la bouleversante chanson « Les Météores » qui a si gentiment donné son titre à l’album, ne laisse-t-elle pas penser que tout ne va pas si bien (mais que c’est sans doute encore mieux comme ça) ? Sur un petit motif de ukulélé presque africain, et un très bel arrangement de cordes, Olivia chante le doute, l’éclipse, le cœur qui saigne et le ventre qui se noue. Elle a tout gagné, mais se demande parfois si elle n’a pas perdu encore plus. Elle est complexe, humaine, profonde. Elle a grandi. Il y a dans ses textes et sa voix une maturité qu’on ne lui connaissait pas. « C’est la vie, une prise de conscience, j’aurai moins mal la prochaine fois, parce que je sais », explique-t-elle.

Avant d’enregistrer « Miss Météores », elle a fait un grand voyage humanitaire au Burkina-Faso avec son petit frère (un album est né du projet, et tout est dit sur www.fasoburkina.com) ; « un vrai chamboulement ce Burkina, ça m’aura beaucoup changée », dit la citoyenne Olivia Ruiz, avant d’expliquer qu’elle voudrait pouvoir résoudre les grands problèmes du monde, tout en continuant à dévaliser les boutiques de chaussures… Elle est comme ça Olivia Ruiz : ça ne s’entend pas, mais « Elle panique ». Ou plutôt si, ça s’entend, surtout à la radio, car « Elle panique » est le premier single extrait de « Miss Météores ». Vous le croyez, vous ? Un single qui s’appelle « Elle panique », en temps de crise et tout et tout ? Ça parle sûrement d’Olivia Ruiz : elle a des braises qui dansent et frissonnent au fond des yeux, mais vit avec la crainte qu’une larme ne les éteigne. C’est une flamme fatale.
Stéphane Deschamps
Olivia Ruiz - Miss Météores

Jeudi 19 Février 2009 - 13:14



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