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Où sont les femmes ? Filippetti esquive la polémique cannoise




Où sont les femmes ? Filippetti esquive la polémique cannoise
Sur la Croisette, personne n'imagine de quotas. Mais tout le monde déplore les flagrants déséquilibres d'une industrie très masculine dans la réalisation. Car cette édition 2012 du Festival de Cannes manque cruellement de femmes. A tel point qu'Aurélie Filippetti, la nouvelle ministre de la Culture attendue ce dimanche à Cannes, s'est vue rattrapée par la polémique. Interrogée samedi soir en marge de la Nuit européenne des musées, elle a refusé de se prononcer, en se disant "très soucieuse de l'indépendance des équipes de programmation, qui sont d'une très grande qualité". Elle a même voulu voir un aspect positif dans l'effervescence née autour de ce Festival largement masculin : "En plus, le fait qu'il y ait eu cette mobilisation va contribuer à les sensibiliser à la question".

Les chiffres sont, il est vrai, sans appel : au générique des 22 films en lice pour la Palme d'or 2012, pas une réalisatrice. Si l'on remonte plus loin dans le temps, le Festival, qui fête cette année ses 65 ans, n'a connu qu'une Palme d'or féminine dans son histoire : celle de la Néo-Zélandaise Jane Campion pour La Leçon de Piano, en 1993. La polémique a été lancée cinq jours avant le début des festivités par le collectif féministe La Barbe, qui, maniant l'ironie, déplorait dans une tribune parue dans Le Monde que, sur la Croisette, "les femmes montrent leurs bobines, les hommes leurs films".

"C'est stupide"

Thierry Frémaux, délégué-général du festival, chargé du choix des films en sélection officielle, avait aussitôt vu rouge et répliqué : le Festival de Cannes, avait-il assuré, ne sélectionnera "jamais un film qui ne le mérite pas simplement parce qu'il est réalisé par une femme". Et d'argumenter : "Dans le cinéma, nul doute que la place faite aux femmes doit être augmentée. Mais ce n'est pas à Cannes, ni au mois de mai, qu'il faut poser le problème, c'est toute l'année". Samedi après-midi, fait rare, le conseil d'administration du Festival a tenu à réaffirmer, Déclaration universelle des droits de l'Homme à l'appui, qu'il approuvait "pleinement" les décisions de Thierry Frémaux. "Pour tenir son rang et fidèle à des convictions ancrées dans le droit universel, (le Festival de Cannes) continuera à programmer les meilleurs films 'sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation'".

La question n'est pas, loin s'en faut, sur toutes les lèvres dans les couloirs de l'imposant Palais des festivals. Mais à chaque conférence de presse, elle revient. "C'est stupide", tranche l'Américaine Jessica Chastain, à l'affiche du dernier film de l'Australien John Hillcoat, Des Hommes sans loi, en lice pour la Palme d'or. "Je pense qu'un film doit être jugé sur ce qu'il est et non pas sur le sexe de la personne qui l'a réalisé". Même remarque de la part de la réalisatrice britannique Andrea Arnold, membre du jury 2012 : "Je n'aimerais pas que l'un de mes films soit sélectionné ici tout simplement parce que je suis une femme, comme un peu pour me faire l'aumône". Elle n'en regrette pas moins, sur le fond, qu'il n'y ait pas plus de femmes dans la réalisation. "C'est vraiment dommage parce qu'il est clair que les femmes représentent la moitié de la population et qu'elles ont quelque chose à dire".

Dimanche 20 Mai 2012 - 15:21



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