C'est une star, et pourtant il fait partie de ces comédiens indispensables au cinéma français dont la discrétion ferait presque oublier combien sa présence et son talent marquent un film.
André Dussolier est à l'image de sa ville natale, Annecy : modeste et serein.
Né en 1946, il fait pour la première fois l'acteur à l'age de 10 ans, lors d'une représentation scolaire… Mais il doit laisser de coté cette vocation naissante afin de mener à bien ses études et décrocher, pour faire plaisir à ses parents, deux licences de lettres et une maîtrise… Malgré tout, il trouve le temps de monter une pièce de Jean-Paul Sartre au sein même de l'université. Ses diplômes en poche, il monte à Paris pour suivre des courts d'art dramatique et entre au Conservatoire. C'est là qu'il se fait remarquer par François Truffaut qui l'engage pour jouer aux cotés de Bernadette Laffont dans « Une belle fille comme moi ».
Nous sommes en 1972, une année faste pour Dussolier qui décroche un premier prix de Conservatoire. Il entre alors à la Comédie Française, mais n'y restera pas très longtemps… Le cinéma lui faisant les yeux doux, les nombreuses propositions l'obligent à démissionner de la Scène Nationale. Télévision, théâtre, cinéma, les rôles ne manquent pas… De Claude Lelouch, en 1973, qui le fait tourner dans « Toute une vie », aux cotés de Marthe Keller et Charles Denner, à Eric Rohmer, en 1979, qui lui offre son premier rôle marquant, dans « Perceval le Gallois », où il a pour partenaire Fabrice Luchini…
Claude Chabrol, William Klein, Jacques Bral, Edouard Molinaro, Elie Chouraqui, sur grand écran, Marcel Bluwal, Nina Companez, Jean-Claude Carrière ou Serge Moati à la télévision, Pinter, Guitry ou Tchekov, au théâtre, Dussolier multiplie les genres… Il se sent à l'aise dans tous les univers, convainc avec tous les styles d'auteurs, et dit aimer se frotter à des expériences nouvelles à chaque fois.
Une curiosité qui l'amène à croiser la route d'Alain Resnais en 1983 pour « La vie est un roman ». Une rencontre qui encre durablement sa notoriété, et qui lui permet d'intégrer une famille à laquelle appartient également Sabine Azéma et Pierre Arditi. Un trio d'acteurs symbole d'un cinéma d'auteur exigeant mais populaire. « L'amour à mort », « Mélo », ou encore « Un cœur en hiver » en 1992, où il joue un luthier expansif, Maxime, amoureux de la belle Camille, incarnée par Emmanuelle Béart, et dont la romance va être troublée par son ami et collègue Stéphane, joué par un Daniel Auteuil totalement introverti. Une composition qui vaudra à Dussolier le César du meilleur second rôle…
Mais c'est en 1985 qu'il obtient la reconnaissance du grand public. Aux cotés de Michel Boujenah et Roland Giraud, il triomphe dans « Trois hommes et un couffin », de Coline Serreau, très gros succès du box office… La légèreté de son personnage séduit, tout comme sont attachantes ses interprétations d'hommes plus complexes… comme ce commissaire de police psychopathe et névrosé dans « Fréquence meurtre » d'Elisabeth Rappeneau. Il ose aussi les films d'époque, comme le magnifique « Colonel Chabert », ou le tout aussi poignant « La chambre des officiers », en 2001…
Il rayonne dans les comédies, comme « Les enfants du marais », « Quadrille », ou « Tanguy », d'Etienne Chatillez. C'est d'ailleurs avec une comédie qu'il décroche le César du meilleur acteur en 1998… « On connaît la chanson »… Une comédie signée de son réalisateur fétiche, Alain Resnais.
Dussolier, le boulimique de cinéma, n'en oublie pas pour autant le théâtre, et la télévision… Il multiplie les apparitions sur le petit écran et remonte régulièrement sur les planches avec bonheur, le sien et celui du public.
18 ans après le « Couffin », le revoilà donc à l'affiche d'un succès annoncé, ce qui ne l'empêchera pas d'être présent dans 4 autres films à venir, 4 films aux tonalités totalement différentes…
Après plus de 30 ans de carrière, André Dussolier ne vieillit pas… Toujours hors mode, il serait même plutôt indémodable, se bonifiant avec le temps… Modeste Dussolier, mais indispensable…