L’histoire de Charlie Chaplin débute dans un faubourg du sud de Londres, en 1889.
Il est né dans une famille habituée à la scène. Son père est chanteur de music hall, et sa mère, danseuse… Mais ce tableau qui paraît idyllique, va vite s’assombrir. Son père va mourir très jeune et sa mère est d’une santé fragile… De cette enfance difficile, Chaplin va s’en échapper en montant très tôt sur les planches où il interprète un grand nombre de pantomimes. A 18 ans il est engagé par la troupe la plus prestigieuse de Grande-Bretagne. Vedette de cette troupe, il est remarqué par un gros studio américain lors d’une tournée aux Etats-Unis en 1912.
Il signe son premier contrat l’année suivante, et figurera comme acteur dans un grand nombre de court-métrages dès 1914… En cinq ans, il changera plusieurs fois de studios et sera à l’affiche de plus de soixante films, comme acteur, mais aussi de plus en plus comme réalisateur, avant de produire lui-même ses projets. Ses films construisent déjà le personnage de Charlot. Il sera tour à tour pompier, vagabond, garçon de théâtre, boxeur, ou chef de rayon. Charlot sera aussi émigrant, musicien, usurier, soldat…
Il crée un personnage où chaque spectateur peut s’identifier… Il affine son jeu d’acteur en s’inspirant du mime et du clown. Ses compositions allient grâce acrobatique et gestes animés… Son visage, très expressif, rend ses compositions très parlantes, à l’heure du règne tout puissant du cinéma muet. Il symbolise l’individualité contre la persécution… Très stéréotypé à ses débuts, Charlot se complexifie de films en films… Il plonge dans le mélodrame et fait merveille.
Il faut attendre 1921 pour que Chaplin passe au long métrage avec « Le kid », une rencontre pleine d’affection entre un vitrier solitaire et un jeune garçon abandonné par sa mère. Viennent ensuite « Jour de paye » et « Le pèlerin », puis « L’opinion publique », en 1923, où Chaplin n’apparaît que très peu… Une histoire d’amour entre deux jeunes gens, contrariée par leur famille. En 1924 sort « La ruée vers l’or », puis en 1928, c’est « Le cirque », où il nous fait rire des situations les plus émouvantes.
Le cinéma parlant s’incruste de plus en plus, mais Chaplin refuse pour l’instant d’en faire cas. Il préfère se concentrer sur son art et sort en 1930 « Les lumières de la ville », où Charlot vagabond vient en aide à une jeune fleuriste aveugle en se faisant passer pour un homme riche. Une douce comédie, toute en finesse, teintée d’une grande tendresse.
Chaplin s’embarque alors pour un long périple en Europe, pour, dit-il, prendre le pouls de ses admirateurs. Ce voyage de plus d’un an et demi l’emmène dans toutes les grandes capitales européennes… Là, il va être frappé par les difficiles conditions de vie d’une bonne partie de la population. La crise est là, et touche les couches de la société les plus fragilisées par un système déjà très inégal.
Il va prendre conscience des effets dévastateurs de la révolution industrielle. En rentrant aux Etats-Unis, il se lance alors dans son premier film très politique. « Les temps modernes », où il dissèque magistralement ce monde industriel.
Ce sera aussi le dernier film muet tourné aux Etats-Unis. Chaplin, résistant à toute idée de faire parler ses personnages, trouva une parade ingénieuse au dictat du modernisme. Son film fut entièrement tourné avec une prise de son, les acteurs jouant leurs dialogues très écrits, mais au final, ce sont des panneaux intertitres qui situent l’action… L’ambiance sonore est intégralement retranscrite, et les seules paroles audibles sont celles du directeur de l’usine, véritable big brother déshumanisé. Ce chef d’œuvre cinématographique très prophétique rencontra immédiatement un immense succès.
Fort de ce triomphe, Chaplin va se lancer dans un autre film très politique, s’appuyant sur une triste réalité… En Europe, un certain Hitler accède, en Allemagne, à la chancellerie, et dispose rapidement des pleins pouvoirs. Les bruits de bottes se font entendre, et c’est l’Europe qui s’enflamme. Chaplin décide alors de parodier cet Hitler dans « Le dictateur », autre film majeur, où le despote est tourné en dérision… Un film d’une grande force, prophétique encore et humaniste. Chaplin s’engagea personnellement ensuite contre le fléau nazi et pris des positions radicales demandant aux USA de venir en aide à l’URSS. Une attitude qui lui sera très vite reprochée.
Il faut ensuite attendre 1946 pour son film suivant, « Monsieur Verdoux », adaptation tragi-comique de l’histoire de Landru. Mais Hollywood boude le réalisateur qui a maintenant à dos tous les milieux politiques. Il signera un dernier film sur les terres américaines… « Les feux de la rampe », une histoire d’amour impossible entre une jeune danseuse et un clown sur le déclin.
Chaplin en plein spleen, nous tire les larmes, et file en Europe, pourchassé aux Etats-Unis par la commission des activités anti-américaines… Il s’installe en Suisse, est décoré par la France, anobli par la Reine d’Angleterre, et peaufine plusieurs nouveaux projets… Il n’en tournera que deux… « Un roi à New York », en 1956, un pamphlet dans lequel il règle ses comptes avec le Maccarthysme, et « La comtesse de Hong Kong », une comédie sentimentale et ironique sur le thème de l’immigrant… Hollywood se rattrapera sur le tard en lui décernant, en 1972, un Oscar d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. Il a alors 83 ans.
Décédé en 1977, Charlie Chaplin laisse derrière lui une œuvre essentielle, une peinture des plus précises de l’humanité du vingtième siècle… Le petit bonhomme au chapeau melon reste, pour longtemps, le plus grand artiste de tout le patrimoine du cinéma mondial.