Né à Kansas City en 1972, Eminem, de son vrai nom Marshall Mathers, grandit dans une banlieue pauvre de Détroit aux cotés d’une mère paumée, accroc aux médicaments, qui n’avait que 15 ans quand elle l’a mis au monde… Son père, lui, a pris le large dès les premiers pleurs… Peu glorieux… Un univers peu propice à grandir sereinement…
Marshall, le petit blanc, y côtoie principalement une communauté afro-américaine au sein de laquelle il va devoir trouver sa place, non sans mal… Nous sommes au début des années 80, années où commence à exploser le hip-hop comme culture identitaire de ces ghettos. Les grands noms de cette époque en sont issus : Grand Master Flash, Run DMC, Ice T ou encore Public Enemy…
La culture musicale de Marshall Mathers va se forger à l’écoute de ces symboles, et son destin lui semble désormais évident : il sera chanteur… Il écume alors les boites de nuit où il participe à des défis de rimes, commence à se construire une respectabilité, et participe à plusieurs groupes… Il sort ensuite deux albums solo, un peu confidentiels, mais salués par le milieu…C’est là que Marshall devient Eminem, en référence à ses initiales et à ses friandises préférées, les M & M’s.
En 1998, une de ses maquettes séduit Dr Dre, un des producteurs les plus en vue, qui décide de donner vie à l’album « Slim Shady »… Un album qui va devenir un énorme succès. La carrière d’Eminem est réellement lancée.
Il se façonne un personnage outrancier, qui n’hésite pas à injuriés toutes les icônes qu’il ne supporte pas, à commencer par sa mère, mais aussi Britney Spears, ou Ben Laden, lance des propos orduriers envers les homosexuels, affiche des idées franchement misogynes… Même si Eminem affirme que ses dérives ne sont qu’un jeu et qu’il a un humour noir ou morbide, il n’empêche que la star défraye la chronique du show-biz pour sa vie privée qui s’avère ne pas être des plus tendres… Attaqué de toute part par les associations familiales et la presse bien pensante, il se paye tout de même le luxe de faire récemment la Une du New York Times Magazine, à l’occasion de la sortie de son film. Le Times qui célèbre en lui l’idole américaine, adulée par le show-biz qui draine sur son seul nom un des plus gros chiffres d’affaire de l’industrie du disque… Il est l’un des rappeurs les plus rentables commercialement…
Aimé ou haït, il est considéré aux Etats-Unis, comme l’un des critiques les plus mordants de la société américaine, qui exprime dans ses albums, les désespoirs et les révoltes de tout un pan de la société, délaissée par les politiques et la loi du marché. Lui qui raille les icônes est devenu malgré lui un symbole, le porte-parole de toute une génération, une figure culte de la scène rap, le seul blanc à rivaliser en succès et en talent avec la plupart des groupes blacks.
Rendu fou par la notoriété, il se dit assagi depuis qu’il a risqué la prison. Au travers de son premier film, un peu autobiographique, « 8 Mile », Eminem, tente de mettre à plat son parcours et espère ainsi s’asseoir une véritable honorabilité.
Plus qu’un chanteur, Eminem est un show man qui entend porter très haut et pendant longtemps, les souffrances de son milieu d’origine en incarnant la mauvaise conscience de l’Amérique triomphante…