Emmanuelle Béart est une enfant de la balle. Fille du chanteur Guy Béart, elle est élevée par sa mère, un ancien mannequin, en Provence. Née sous le soleil méditerranéen, en 1965, Emmanuelle n'a que 7 ans lorsqu'elle fait sa première apparition à l'écran, sous la caméra de René Clément, dans « La course du lièvre à travers les champs ».
En 1975 elle figure avec tous les enfants de son village, dans « Demain les Mômes », aux côtés de Niels Arestrup. La comédie l'attire déjà plus que l'école… Espiègle, elle s'amuse à singer ses copines de classe, en imitant leurs attitudes. Son bac en poche, elle monte à Paris pour s'inscrire dans une école d'art dramatique dirigée par Jean-Laurent Cochet. Rapidement elle décroche son premier vrai rôle dans un film de David Hamilton, « Premiers désirs », en 1983. L'année suivante, c'est Jean-Pierre Dougnac qui l'appelle pour « Un amour interdit », aux côtés de Brigitte Fossey.
La télévision utilise également sa grâce naturelle… Michel Favart, Stellio Lorenzi, Claude Grinberg ou Caroline Huppert lui ont tour à tour fait les yeux doux.
Mais c'est grâce à Edouard Molinaro qu'elle commence à percer au cinéma dans « L'amour en douce », en 1985, dans un rôle de call girl, où elle a pour partenaire celui qui allait être son compagnon dix ans durant, Daniel Auteuil. Un duo reformé un an après dans « Manon des sources », de Claude Berri.
Aux côtés d'Auteuil et de Montand, Emmanuelle irradie tout le film sous ses airs de sauvageonne décidée à venger la mort de son père. Son enfance provençale lui permet de se fondre totalement dans ce personnage qui lui rapportera le César du meilleur second rôle féminin… Reconnue du grand public, elle s'essaye alors au théâtre…
Marivaux, Anouilh, Molière… Les grands classiques ne l'impressionne pas… Au contraire, elle arrive à bluffer ses partenaires… Arditi, Weber ou Auteuil. Sa passion théâtrale, elle la transpose en 1989 dans le film de Yannick Bellon, « Les enfants du désordre », où elle campe une jeune détenue fraîchement libérée, en réinsertion par le théâtre…
Femme enfant, révoltée, fragile, Emmanuelle Béart poursuit son chemin dans des rôles qui laisse entrevoir des fêlures… Modèle nue pour Jacques Rivette dans « La belle noiseuse », face à Michel Piccoli, prostituée pour Téchiné dans « J'embrasse pas », on la retrouve en 1991 chez Claude Sautet dans « Un cœur en hiver »…
Elle est la jeune violoniste qui va semer le trouble entre deux amis, André Dussolier et Daniel Auteuil… Sautet qu'elle va retrouver en 1995 pour « Nelly et Monsieur Arnaud », un huit clos où face à Michel Serrault, elle affiche une lassitude et une indépendance séduisantes…
La femme enfant a mûrit… Elle séduit toujours autant les cinéastes qui jouent de sa fragilité et de ses exigences… Elle alterne les rôles sensuels à ceux plus en déséquilibre… E
Elle visite des univers aussi différents que ceux de Régis Wargnier, Claude Chabrol, Jan Kounen, ou Raoul Ruiz… Elle accepte même un petit rôle dans le « Mission impossible » de Brian de Palma… Entière, elle avoue ne vivre que pour le cinéma jusqu'à s'en brûler les ailes… Elle n'en oublie pas pourtant son rôle de mère, et s'implique également comme citoyenne dans des causes qui lui tiennent à cœur, comme aux côtés des sans-papiers de l'église St Bernard, ou comme ambassadrice de l'UNICEF…
Froide, bouillonnante, généreuse, engagée, Emmanuelle Béart est tout cela à la fois… Formidable dans les rôles dramatiques, elle excelle aussi dans la comédie… En 1999, elle se fait plaisir, et nous ravit par la même occasion, dans « La bûche », de Danièle Thompson, en bourgeoise coincée, aux côtés de Claude Rich, Sabine Azéma et Charlotte Gainsbourg.
En 2000, Olivier Assayas l'épanouie en femme amoureuse dans « Les destinées sentimentales ». Et l'an dernier elle fait partie de la symphonie des « Huit femmes », de François Ozon. Avec « Les égarés » d'André Téchiné, en compétition officielle cette année à Cannes, elle campe une mère de famille prise dans la tourmente de la débâcle de 1940…
Femme forte ou amoureuse, glaciale ou tourmentée, Emmanuelle s'incarne dans chacun de ses rôles, toujours à la limite de la cassure, sachant jouer la nuance… Séduisante, volcanique, elle sait nous emporter dans son univers, avec charme, élégance et passion.