Lorsqu’en 1977, sa mère l’inscrit à un cours de théâtre, à Rouen, c’est avant tout pour lui permettre de surmonter ses peurs. Il a 12 ans, et va ainsi tenter de vaincre sa timidité. Admirateur de Bourvil, de Jean Gabin et de Lino Ventura, il ne rêve en fait que de devenir policier. C’est ainsi qu’en 1987, il entame les démarches pour passer le concours d’inspecteur de police. Alors qu’il attend son dossier, il tente le Conservatoire d’Art Dramatique à Paris, où il est admis immédiatement !
Daniel Mesguish, son professeur d’alors, lui conseil de rentrer à la Comédie Française. Ce qu’il fait en 1990. Il y reste 8 ans, devenant entre temps sociétaire de la Grande Maison, où il explore tout le répertoire classique.
Parallèlement, il fait ses premiers pas au cinéma, où il se frotte à divers métiers, assistant, aide décorateur ou figurant. C’est Claude Pinoteau qui lui donne son premier vrai rôle, en 1990, dans « La neige et le feu ». Mais c’est grâce à Bertrand Tavernier qu’il va voir sa notoriété prendre de l’ampleur. Le réalisateur l’avait remarqué sur scène dans « Le Malade Imaginaire ». Impressionné par sa prestation, il lui confie le personnage d’Antoine, un jeune inspecteur de police ambitieux dans « L627 ».
Olivier Assayas, Jean-Claude Brisseau et Noémie Lvovsky feront ensuite appel à lui. Mais c’est encore avec Tavernier, en 1995, qu’il retrouve un personnage fort, dans « L’appât », où il campe encore un policier… Film dérangeant sur la faillite morale de la société…
Puis vient pour Torreton un film essentiel, en 1996, toujours sous la direction de Bertrand Tavernier, « Capitaine Conan », un drame historique qui nous plonge dans les horreurs de la Première Guerre mondiale…
Au cœur des Balkans, Conan-Torreton défend avec fougue les horreurs perpétrées par ses soldats. L’énergie convaincante déployée par le comédien lui vaut alors le César du meilleur acteur, l’année suivante. Le plaisir que lui procure le cinéma tranche alors avec les lourdeurs qu’il ressent au sein de la Comédie Française. Attaché à cette belle scène nationale, c’est la mort dans l’âme qu’il claque la porte avec fracas, fustigeant au passage le trop grand poids de l’institution, et certaines jalousies qu’il commence à percevoir de la part de ses collègues…
Il se consacre donc avec encore plus de passion à la nouvelle aventure dans laquelle l’entraîne Tavernier… Il est Daniel dans « Ca commence aujourd’hui », un instituteur d’un petit village près de Valenciennes… Dans une région rongée par le chômage, Daniel va se battre contre les incohérences du système éducatif et se heurter aux lourdeurs administratives… Magnifique plaidoyer en faveur des enseignants, et belle aventure humaine… Au milieu d’un grand nombre d’acteurs non professionnels, Torreton a su se fondre dans cet univers et se faire accepter par les enfants, devenant pour eux, aussi familier que leur véritable professeur.
Très marqué par cette suite de rôles engagés, très militants, Philippe Torreton se tourne alors vers une aventure plus romantique… Sous la direction d’Anne-Marie Etienne, sous épouse, il tourne « Tôt ou tard », en 2000, où il joue au jeu du « chat et de la souris » amoureux aux cotés d’Amira Casar. Un jeu qu’il renouvelle ensuite face à Charlotte Gainsbourg dans une rencontre amoureuse plus tourmentée dans « Félix et Lola » de Patrice Leconte, puis dans « Vertiges de l’amour », de Laurent Chouchan, face à Julie Gayet.
Cette année, il renoue avec des compositions plus troublées. D’abord grâce à Antoine de Caunes, il endosse le costume de Napoléon, dans « Monsieur N », puis il vit une histoire d’amour fiévreuse avec Emmanuelle Seigner dans un « Corps à corps » cauchemardesque signé François Hanss et Arthur-Emmanuel Pierre.
A bientôt 38 ans, Philippe Torreton s’est construit, en une quinzaine de films, un parcours fait de passions, de rencontres, cherchant dans chaque nouvelle aventure des sujets qui le bouleverse où il puisse s’y plonger corps et âmes.
Bouillonnant, on vous dit le Torreton !