Il sera son assistant sur plusieurs films, « Montparnasse 19 », avec Gérard Philipe, ou « Touchez pas au grisbi », film éternel au casting de choix : Jean Gabin, Jeanne Moreau, Paul Frankeur et Lino Ventura…
Avec de telles rencontres, difficile de ne pas se laisser séduire…
Il travaille ensuite avec Henri Verneuil sur « Le grand chef », en 1958, puis retrouve Jacques Becker pour le tournage du « Trou », l'année suivante, où il réalisera plusieurs scènes… Ce sera le dernier film de son père qui décèdera pendant le montage.
Jean Becker réalise son premier film en 1961 avec Jean-Paul Belmondo en vedette… C'est « Un nommé La Rocca », une adaptation d'un roman de José Giovanni.
Il retrouvera Belmondo deux fois… Dans « Echappement libre », en 1964, avec Jean Seberg, puis dans « Tendre Voyou », en 1966, une comédie où le Bébel est en pleine expansion, en tombeur de riches aristocrates…
Il fait ensuite une longue pause cinématographique. Pendant 17 ans, il se consacre presque exclusivement au film publicitaire. Sa seule incursion au cinéma s'est faite comme acteur dans « Dites le avec des fleurs », de Pierre Grimblat, en 1972.
C'est en 1983 que Jean Becker fait son grand retour sur grand écran. Et avec quel brio. Il réunit Isabelle Adjani et Alain Souchon, dans « L'été meurtrier », un drame éclatant, où Adjani irradie de son charme inquiétant tous les hommes du village. Portant le poids d'un douloureux secret de famille, elle est l'objet d'un désir vénéneux. Quatre césars pour cette adaptation du roman de Sébastien Japrisot, dont celui de meilleure actrice pour Adjani.
Becker réussi là sa résurrection cinématographique et livrera par la suite des films intenses, à l'atmosphère très particulière, entre peinture d'une époque et tensions familiales.
Il mettra tout de même plus de 10 ans avant de réaliser son film suivant, « Elisa », en offrant à Vanessa Paradis le très beau rôle de Marie, une fille écorchée vive, meurtrie par la perte de sa mère, qui va partir à la recherche d'un père qu'elle n'a jamais connu et qu'elle croit être le plus gros des goujats… Avant de se prendre d'affection pour ce père retrouvé. Gérard Depardieu, Clotilde Courau et Florence Thomassin complètent la distribution d'un film qui permet à Becker de retrouver le succès public et critique connu 10 ans auparavant.
En 1998, il revient avec « Les enfants du marais », film nostalgique, sur les amitiés simples et solides, dans la campagne française de l'entre deux guerres. Un film fait de poésie et de bonheurs simples, plein de pudeur et d'élégance… Michel Serrault, Jacques Villeret, André Dussolier, Jacques Gamblin, donne toute l'humanité à cette histoire intemporelle.
Jean Becker s'attèle ensuite à « Un crime au paradis », une adaptation de « La poison », de Sacha Guitry. Aidé de son scénariste Sébastien Japrisot, Becker livre une version inspirée de ce drame légendaire. Comment construire le crime parfait pour se débarrasser d'une épouse tyrannique ! Josiane Balasko, Jacques Villeret, André Dussolier, magnifiques, arrivent même à faire oublier, le temps du film, leurs mythiques prédécesseurs de 1951, Michel Simon en tête.
Dussolier, Villeret, Becker reste attaché à ses amis comédiens qu'il réunit pour ces « Effroyables jardins », à l'affiche cette semaine… Becker nous conte à nouveau un secret de famille, un acte de résistance dérisoire qui resurgit un jour, pour célébrer la fraternité et l'humilité.
La campagne, les amis, les racines, Jean Becker les exalte de film en film, sans jamais en faire des étendards. Il les dépeint plutôt en valeurs discrètes, mais essentielles, comme un socle qui permet de s'ouvrir aux autres, sans jugement, tout en tolérance…
Un cinéaste sensible, un peu trop rare, mais qui sait conter la vie quand il le faut, et où il le faut… Un peu comme le sage du village…