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Pepper Island - Popular

Sortie le 13 septembre 2010




Leur île est imaginaire et pourtant d'emblée leur son vous semble familier !

Concoctée à partir d'ingrédients inattendus, la musique de l'Ile au Poivre emprunte au doo wap fifties, aux bricolages ludiques du Tom Tom Club, à la plus pure tradition soul façon Aretha sixties. Le tout en parvenant à sonner "indé" dans la lignée de cette vague neo-folk venue d'outre atlantique et qui colore les BO des films des frères Coen ou de Jason Reitman.

Tant d'habileté pour un premier album ne saurait étonner lorsqu'on se plonge dans le CV des chefs-coq : un duo à la ville, en studio et bientôt à la scène...

AYELE LABITEY découvre un jour aux Puces un vieux cuatro, instrument vénézuélien à quatre cordes. C'est la révélation. Tout en apprivoisant l'instrument (qu'un ami luthier a "retapé") survient l'inspiration : les chansons naissent alors le plus naturellement du monde de petits riffs, de petites suites d'accords improbables. Les influences diffuses et enfouies renaissent à cette nouvelle vie.

Fille d'une maman Peuhle et d'un papa débarquant de son Togo natal au milieu des Golden Sixties dans le port du Havre une simple valise à la main, Ayélé possàde la fierté et l'exigence de ses ancêtres et parents. Son voeu le plus cher : échapper au catalogage "world". Après tout (ou avant tout), elle est française ! Née à Paris. Papa a fait Sup de Co et la jeune Ayélé a grandi dans cette communauté intellectuelle franco-africaine bien décidée à s'affranchir de tout complexe.

A la maison, elle flashe sur un disque de Bobbie Gentry : Ode To Billie Joe, autant pour la pochette que pour la simplicité et l'évidence de son contenu. Les frontières n'existent pas : la "Marie Jeanne" de Joe Dassin lui plaît autant que l'originale. D'ailleurs, elle n'établit aucune hiérarchie dans la collection de vinyles familiaux entre les Dylan, Cat Stevens, compilations Trojan, perles sixties de France Gall ou classiques de James Brown et Jimmy Cliff. Tout comme vont la marquer les musiques cubaines et afro-cubaines dont est si friande sa maman.

LAURENT GRIFFON a lui aussi un parcours désenclavé. Depuis douze ans fidèle compagnon de route d'Amadou et Mariam desquels il est devenu le directeur musical, Laurent est bassiste de formation. C'est au prestigieux CIM, l'Ecole de Jazz et de Musiques Actuelles de la rue Doudeauville qu'il a fait ses classes. Son papa chimiste rencontre sa maman brocanteuse et l'épouse autant que son métier. Laurent se délecte alors des chefs d'oeuvres des années 60, pop anglaise et R&B américain confondus. L'intemporalité des arrangements de "Popular" leur doit beaucoup.

Lorsqu'Ayélé lui montre ses premières ébauches, son expérience et ses encouragements seront déterminants. Le couple s'est construit un petit nid à Saint Ouen (les chats ne font pas des chiens) et c'est dans cette petite pièce de 10 à 12 m2 que vont se cristalliser toutes les influences, conscientes ou non. Dans cet endroit exigu et magique, Laurent l'alchimiste va mouliner la moindre idée, excluant tout dictat. Il faut l'avoir vu rebondir sur une mélodie fredonnée pour comprendre à quel point il est proche dans la démarche des glorieux aînés qui l'ont bercé. Multi-instrumentiste archi inventif (son banjo est autant une basse qu'un banjo), Laurent fait partie de cette lignée de producteurs/musiciens affranchis et libérateurs d'époques tels Ezra Koenig, David Byrne, Brian Eno, Steve Hillage ou Damon Albarn. A ce stade, il ne s'agit plus de fusion mais d'intégration.

Seul un couple peut parvenir à une telle alchimie, fusion indicible de deux héritages, deux cultures et trois vies : celles de chacun et celle qu'ils mènent au quotidien en famille.

Les histoires de vie enfouies pas si loin que ça réémergent. Les mots s'enchaînent comme par enchantement. Comme si ce studio de fortune agissait telle une lampe d'Aladin.

L'inspiration surgit de partout. Des aventures d'Aya, personnage de BD créé par Marguerite Abouet et Clément Ouvrerie, auquel "BOBBY FIREWORKS" doit la vie, lui dont la naissance incongrue a révélé un passé que d'aucuns auraient préféré voir resté enfoui. De l'amour immodéré d'Ayélé pour la Faye Dunaway de l'Affaire Thomas Crown pour "BORDERLINE".

Comme le proclame d'emblée MITCHELL FROOM, l'écriture d'Ayéléest avant tout celle d'une vraie soul woman : les love affairs qui naissent ("WICKED BOY") ou tournent au vinaigre ("GAME OVER"), la part sombre de chacun d'entre nous ("DEVIL"), l'hymne à la famille ("SUNNY ROAD"), la réconciliation de l'adulte et de l'enfant intrinsèque à tout être humain ("TAKE IT EASY"), la rédemption ("SEX APPEAL"), toutes les choses de la vie sont pour elle source d'inspiration. Et c'est sans doute pour cette raison que ces chansons portent en elles cette universalité.

PEPPER ISLAND a démarré son périple aux abords du périphérique et c'est à Santa Monica dans l’antre de Mitchell, producteur américain connu pour son parcours aux côtés de Suzanne Vega, Randy Newman, Crowed House et autres Los Lobos ou Latin Playboys, que ce dernier et DAVID BOUCHER, jeune ingé son formé à l'école Bob Clearmountain, vont apposer la touche finale. Celle que Mister Froom appellera pudiquement "11th hour production", sorte de cerise américaine sur un gâteau aux multiples saveurs.

PEPPER ISLAND est un groupe unique, autant que l'est leur son.
S'agit-il de world folk ?
D'indie pop ?
Who cares ?

Vendredi 27 Août 2010 - 13:44



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