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Princess Erika: l'album ''Juste Erika'' en physique pour novembre




Princess Erika: l'album ''Juste Erika'' en physique pour novembre
Princess Erika est née en 1988. Avant, elle s'appelait Erika. Juste Erika.

C'est même elle, si l'on en croit K-Reen, choriste de luxe sur son nouvel album, qui en 1988 a lancé le reggae en France - en même temps que l'ego-trip féminin, d'ailleurs - avec "Trop de bla bla".

(Parenthèse. Pour fêter les 10 ans d'une fructueuse collaboration avec la mutuelle qui utilise "Trop de bla bla" pour sa communication, il serait question d'un remix, qu'opèrerait très bientôt un french dj en vogue…).

(Parenthèse bis. De ses deux grands tubes (quand on réécoute ses cinq albums, on se rend compte qu'en fait, on connaît plein de chansons d'elle), c'est "Faut que j'travaille" qui a le mieux marché, le plus tourné.)

Peut-être aussi que le clip de Dahan avec Romain Duris a joué.

Donc, "Trop de bla bla", 1988. Direct icône sexy. Branchée. Hype. Palace. Lunettes noires, Bergère Folies et Bains de minuit. Bizot la kiffe, Nova la joue (avant de laisser freestyler l'émergent hip-hop des NTM et Ministère AMER).

Car Erika a connu tout ça. Elle a vu, lu, écouté, regardé, rencontré, côtoyé, (été) détesté, (été) adoré et vécu tout ça.

Les années 90. Les Noirs et les Arabes accèdent au statut d'intermittents du spectacle : ils commencent à apparaître au cinéma, à la télé, au théâtre, dans les clips. Erika, toujours aux premières loges : des sound-systems de la Poterne des peupliers à l'académie française de la musique que sont les Enfoirés. Chez Paco Rabanne, où tant de pousses breakèrent, rappèrent et toastèrent. Comme chez Foulquier ou Nagui. Devant Beaubourg et sa pendule géante tendue vers l'an 2000. À Kingston pour faire un disque. Ou Bamako pour faire monter sur scène son assoce des "Voix de l'Espoir".

Les années 90, l'apparition des "blackeries", comme on disait en maison de disques et dans les médias, quand les artistes étaient pas là.

Reggae, hip-hop, world music et dérivés raffinés. Nouvelles esthétiques. Tendances urbaines. Génériques et travellings célestes de Spike Lee. Relecture de Frantz Fanon, Cheikh Anta Diop, Mohamed Ali et Zora Neale Hurston. Première expo Basquiat à Paris. William Klein, l'Affiche et Megamix.

Erika incarnerait assez bien tout cela si justement elle n'avait eu de cesse d'y échapper. De le traverser seulement. Chanteuse d'abord. Qui expérimente. Touche à tout et parle avec tous. Qui fera du cinéma avec Smaïn et Élie Semoun et, accessoirement Romain Goupil. Et du théâtre avec Peter Brook.

Mais participera aussi à La Ferme des célébrités. Comme Booba participera à La Star Ac'. Comme George Clinton voulait envoyer les Noirs là où ils n'étaient jamais allés, dans l'espace… (Avec en plus pour La Ferme une bonne excuse : faire gagner 30 000 euros à l'association d'Aminata Traoré).

Pendant toutes ces années, bonne cliente chez Arthur, Ardisson et Ruquier. Mais aussi sur Comedy. Facéties, pitreries et gauloiseries.

Reconnue dans les studios et les backstages par tous les jeunes artistes qui peinent à croire qu'ils jamment avec l'interprète de "Trop de bla bla" et de "Faut que j'travaille". La seule vraie grande soeur, si on regarde bien, dans tout le business français.

En même temps un nouveau genre de meuf. Qui devient maman mais pas madame. Toujours à la bourre, mais jamais en retard aux rendez-vous. Qui se bagarre dans le métro avec des connasses. Rigole avec les mecs. Cancane avec ses copines des plombes au téléphone.

Avec des amours, des amitiés chiantes comme des amours, des drames, des embrouilles et des deuils.
Beaucoup d'enthousiasme. Donc beaucoup de déceptions. Les sales coup(e)s de Fogiel, qui la brouillent bêtement avec Tonton David, manquent le faire avec Bernadette Laffont, et qui encore...

Qui écrit, compose, interprète, co-réalise et co-produit cinq albums. Chante pour une pub au Japon. Pose sur toutes les compiles rasta qui se présentent. Participe à des dizaines de festivals à cause. Chante en duo avec Marc Lavoine, France Gall, Catherine Ringer, Lio, Nigga Phy.

Reprend aussi bien "La vie en rose" que "Police and thieves" ou Myriam Makeba. Auteur pour les petites soeurs Nubians, pour Nâdiya. Et même tout près de l'être pour Carla Bruni.

Le virage des années 2000 l'a plutôt menée vers le théâtre, le ciné, la télé. Un deuxième enfant. Comme les copains, victime de la crise du disque et de ses maisons. Son dernier lp, en 2006, elle l'a produit toute seule, pas comme il aurait fallu, pas comme elle aurait voulu.

Quand elle en parle, elle n'est même plus très sûre qu'il soit sorti. Elle envisageait alors assez bien qu'il fut le dernier. Rentière assise sur ses droits d'auteur, attendant les sonnants et trébuchants revivals en jouant sur TF1 dans "Camping Paradis". (Branchée, oui, mais populaire quand même aussi)

Sauf qu'en 2007 déboule "Mariano". Mariano Beuve. Producteur. Producteur de rap, à la base. Une légende et un mythe. On lui doit les deux albums du Ministère Amer. Plus les découvertes de Doc Gynéco, Assia, G Squad ("Raide dingue de toi", c'était lui). Il toque chez celle qu'il appelle "Princess"… Il veut faire un vrai disque, tu comprends… une bête de disque, avec une bête de vraie chanteuse. Il connaît la musique alors il trouve les mots justes. Deux ans ils vont travailler ensemble. Et puis au moment où le disque est presque prêt à sortir, Mariano casse sa pipe, tout seul, en pleine rue, au petit matin.

On fait quoi, là, fin 2009… ? On enterre Mariano. On pleure. On s'engueule avec des ayants droits qui ne comprennent rien. On se demande à quoi bon… Ça commence à coûter cher la musique si c'est comme ça… trouver une maison de disques pour reprendre le deal…? ouais, ouais, d'accord, ok pars devant, je te rejoins… faut que je respire un an ou deux, là… j'ai pas juste perdu un bon copain…

À l'enterrement de Mariano, l'ingrat Hip-Hop n'était pas là. Y'avait juste G Squad, Jimi Sissokho, Stomy, Kenzy et puis Assia… et puis Khalil, le frère d'Assia…

Khalil, qui connaît tout Stevie et tout Michael au vibrato près… qui a réalisé le disque d'or de sa soeur… un autre pour Julien Clerc… qui fit ses premiers pas devant des manettes, chez Mariano.

Ça leur a tous semblé évident tout de suite… Khalil seul pouvait reprendre avec Princess Erika le boulot de Mariano. Et l'amener là où Mariano aurait rêvé qu'il soit. Variété stylée bien arrangée aux accents tantôt rock tantôt reggae.

Le disque aurait aussi pu s'appeler comme ça : chez Mariano.

Mardi 6 Septembre 2011 - 04:45



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