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RADIOSOFA - Le Souffle Court

sortie nationale Novembre 2010




Oeuvrer dans le rock français, lorsque vos idoles s'appellent Pete, Ray ou Mick, n'est pas chose aisée. Et comme bien d'autres avant eux, Radiosofa en aura connu, des grésillements, avant
de trouver la bonne fréquence.

Mais avant même de penser aux radios, il y a un groupe de lycéens, quelques références communes et l'envie d'en découdre. Comme un peu partout en France, c'est l'époque des reprises avec les Who, les Kinks, les Stones et quelques pétards sur scène. La fougue adolescente dépassée, reste une question vitale, la plus importante peut-être : le nom du groupe. Ce sera Radiosofa, à voir comme un hommage biaisé au célèbre quintet d'Oxford, qui permet également de s'affranchir des groupes en The et autres décalcomanies à la française.

Dès ses débuts, Radiosofa pratique l'art des crossover sans soucis des sous-titrages. Comme une profession de foi.

Car en dépit de son nom, le groupe rouennais n'a pas vécu l'adolescence avachi sur un canapé à écouter les ondes FM. Ce qui ne les empêche pas de se faire remarquer avec un premier
disque éponyme (PIAS, mars 2007) contenant un tube imparable ("Au milieu de toi") et plusieurs compositions qui brassent les influences anglo-saxonnes - des Beatles aux Black Keys
- chantées dans la langue de Bertrand Cantat. Mais entre rock'n'roll à guitares lourdes et refrains accrocheurs, le groupe n'a pas vraiment le désir d'être noir.

Parce que les rouennais font le grand écart entre rock radiophonique et songwriting intimiste, il eut été facile de les résumer à un énième groupe "le cul entre deux chaises", image
d'Epinal qui résume mal l'ambition de l'entre-deux rives.

Pour son deuxième disque, "Le Souffle Court", Radiosofa pousse un cran plus loin, réalisant -tel un équilibriste en cuir clouté, une parfaite démonstration sur le fil, entre urgence et intimité. Après quelques fritures sur la ligne et une indépendance retrouvée en mars 2008, Radiosofa rentre en studio la même année, aidé par un producteur et fan de la première heure, Antoine Gaillet, dont on avait déjà reconnu le travail chez M83, Arman Méliès ou Julien Doré. Et les gars de Radiosofa, après avoir longtemps rongé leur frein, d'enfoncer la pédale (d'effets, of course) pour accoucher d'un deuxième disque aux antipodes du rock "franco-klaxon" et des comptines de variété moraliste. Chanter sa rage en français, c'est déjà en soi un engagement : pour les pastiches du rock trituré, merci de vous adresser au guichet d'à coté.

A l'image du single "10.000 Brasses" et de son crescendo d'émotions à double tranchant, "Le Souffle Court" est donc un disque à deux lectures, sorte de Rouen Calling adapté au territoire.

Des tubes potentiels, on en trouve donc à la pelle, d' "Hiroshima" à "Les Portes", avec en guest Da Silva, passé "par hasard" au studio pour offrir ses mots à demi-murmurés sur un riff digne d'Interpol. Plus sombre, plus dense que leur premier disque composé voilà déjà presque trois ans, "Le Souffle Court" délaisse souvent l'adolescence pour montrer ses muscles, offrant plus de place aux guitares, aux claviers et à la voix androgyne de son chanteur. Un disque double-face aussi, avec quelques chansons au climat tempéré à écouter comme des éclaircies.

Sur "Voyageur Immobile", on regarde passer les nuages en compagnie d'Arman Méliès, l'ami de longue date venu prêter main forte le temps d'un featuring et sur "Les Pylônes", on tamise la lumière, pour clôturer l'album sur une berceuse 220V.

Comme l'explique Thomas, chanteur d'un groupe où pourtant personne ne possède de disques francophones dans sa discothèque, «on ne peut pas penser notre musique comme du rock anglais, on doit y intégrer la dimension chanson, comme Arno, Murat ou Bashung [...] moi j'arrive encore à croire que des gens qui ne nous connaissent pas puissent nous attendre, quelque part». Faire le pari du rock (en) français, est-ce un challenge, un combat ? En attendant le résultat du match, voilà un groupe qui saute la case du radio-crochet et livre un disque uppercut, un de ceux qui coupent. le souffle.

Mercredi 13 Octobre 2010 - 13:23



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