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Renan Luce - "Le Clan des Miros"




Après le phénoménal succès de Repenti, un premier album sorti en septembre 2006, Renan Luce voulait écrire la page suivante de son aventure. Tandis que le quatrième single extrait son disque, « Monsieur Marcel », tournait sur toutes les radios françaises, il a mis en chantier Le Clan des miros, son deuxième album.

Il avoue volontiers que « les trois premiers mois ont été un peu difficiles, sans doute parce que j’avais trop réfléchi. Puis c’est parti dans le plaisir. » Et cela se sent : Renan Luce n’a pas cédé à la tentation d’enregistrer un Repenti-bis. Quelques chansons avaient été écrites, déjà, lorsque le succès de la tournée avait conduit Renan Luce à rallonger sa setlist. Et, à la différence évidemment des chansons de Repenti, il a travaillé « avec une vision d’album. Je savais ce qu’il me fallait en chansons lentes ou rapides, en histoires et en chansons plus personnelles. Je pensais à l’équilibre, à ce que l’album soit homogène ou tout du moins cohérent. »

On retrouve évidemment son goût du portrait vécu, ses anecdotes abracadabrantes et ordinaires à la fois, ses coups d’œil délirants sur le quotidien, ses personnages résolument hors normes, ses confidences voilées de brume. Il avoue que « Aux timides anonymes » ressemble à un autoportrait (encore que…), que « La Fille de la bande » ou « Nantes » n’ont pas l’air d’être des histoires d’aujourd’hui mais pourraient l’être, que les émois de « Rue de l’Oiseau-Lyre » ressemblent aux siens… Ce sentimental pudique dévoile des confidences obliques et des sourires mélancoliques, dans des chansons-films qu’on imagine volontiers en noir et blanc.

Deux chansons de l’album, « Grand-père » et « Grand-père II », installent une sorte de comédie familiale autour du lit d’un aïeul à l’article de la mort, la première étant chantée en trio avec Alexis HK et Benoît Dorémus, « deux vrais amis avec qui je partage le même amour de la chanson. Au début, j’avais envie d’une sorte de respiration dans l’album, un peu à la Frères Jacques, en invitant les copains, d’avoir une bulle moins chargée en instruments, le temps d’installer un personnage qui allait vivre le temps de deux chansons. Et je voulais que ce soit cruel tout en restant poétique et drôle. »

Renan voulait des chansons écrites, jouées et enregistrées avec naturel. Après 750000 exemplaires vendus, il aurait pu demander des musiciens américains ou un studio à Nassau. Il a préféré prendre son temps et travailler avec les musiciens qui l’avaient accompagné en tournée (Antoine Dijol à la guitare, Martin Gamet et Guido Zorn à la contrebasse, Manu Feramus à la batterie, avec en outre Yohan Dalgaard aux claviers). « On s’est retrouvés une semaine par mois dans un petit studio pour découvrir les nouvelles chansons et les maîtriser. Il fallait que, pour enregistrer, nous ne soyons plus dans la recherche d’idées mais uniquement dans l’émotion, dans le jouage. » Il faut que l’enjeu ait été fort pour que cet amoureux de la langue exacte et du mot juste emploie un tel barbarisme ! Mais Renan tenait à ce que « la texture sonore de l’album soit chaleureuse et acoustique, qu’on sente la pièce où on enregistre et qu’on joue beaucoup de morceaux en live. » Mais il ne s’est pas privé, ici et là, d’un orchestre à cordes enregistré à Londres (sous la direction de Dickon Hinchliffe, ex-Tindersticks) ou de cuivres (arrangés par Rémy Galichet).

Musicalement, il voulait aller beaucoup plus loin qu’avec Repenti. Dès « Le Clan des miros », qui ouvre l’album, il fait se croiser une guitare brassennienne, les violons de la pop anglaise, une guitare électrique à la Morricone, des voix empilées avec une grâce rêveuse. Sur tout son nouveau disque, Renan affirme son ambition musicale, élargit son univers, enrichit sa langue… Pour l’aventure romanesque de « Nantes », pour la comédie domestique et amoureuse de « Chez toi », pour le conte sensuel et enfantin de « Rue de l’Oiseau-Lyre », pour le tableau amoureux de « Femme à lunettes », pour l’entrain farceur et hédoniste de « On n’est pas à une bêtise près », il entrelace cinq pistes de guitare, domestique avec ravissement d’étonnantes couleurs de claviers, s’installe dans un désir beaucoup plus vaste que la seule confirmation de son talent de conteur et de poète populaire.

Passionné de prise de son et de technique de studio, il n’a pas voulu, pourtant, réaliser seul son disque. Il a de nouveau fait appel à Jean-Louis Piérot, ex-Valentins, déjà producteur de Repenti ainsi que de Miossec, Yves Simon ou Ludéal. « J’aime la manière dont Jean-Louis prend du recul sur les chansons. Je les apporte avec une idée d’arrangements que je commence à mettre en place avec les musiciens. Il nous retient quand ça va un peu trop loin, quand l’énergie ne passerait pas forcément bien sur le disque. Nous formons une bonne équipe, Jean-Louis Piérot, son ingénieur du son Philippe Balzé et moi. »

Après quelques festivals dont les Francofolies cet été, Renan Luce retrouvera son public avant même la sortie du Clan des miros, pour une tournée d’une huitaine de grandes villes début octobre (dont deux Cigale à Paris). Puis, quelques semaines plus tard, commencera la « vraie » tournée – « Pour un an, je pense. » Et peut-être plus. La dernière fois qu’il a sorti un disque, personne n’imaginait la suite.

Vendredi 16 Octobre 2009 - 18:30



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